Déni de grossesse en Guadeloupe : quand le corps et l'esprit effacent l'évidence
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Déni de grossesse en Guadeloupe : quand le corps et l'esprit effacent l'évidence

Rédaction Web - Christophe VERGER
Il est établi qu'il n'existe pas de "profil type" de femme concernée par le déni de grossesse.
Il est établi qu'il n'existe pas de "profil type" de femme concernée par le déni de grossesse. • SHUTTERSTOCK - COPYRIGHT (C)

Alors qu'une mère a été mise en examen après la découverte de son nourrisson sans vie à Petit-Bourg, son témoignage évoquant un "déni de grossesse" relance le débat sur ce phénomène méconnu.

L'affaire récente de Petit-Bourg, où un nouveau-né a été retrouvé sans vie et où la mère a évoqué un déni de grossesse, jette une lumière crue sur un phénomène aussi troublant que complexe. Comment une femme peut-elle ignorer qu'elle porte un enfant jusqu'à l'accouchement ? Loin des jugements hâtifs, le déni de grossesse relève d'un mécanisme psychique inconscient de protection, où le corps et l'esprit conspirent à nier la réalité. Contrairement aux idées reçues, le déni de grossesse n'est pas exceptionnel. Des études estiment qu'il concernerait 1 cas sur 475 naissances après 20 semaines de gestation. Parmi ceux-ci, une grossesse sur 2 500 n'est découverte qu'au moment de l'accouchement. Les experts précisent que le déni est un état transitoire pour la majorité des femmes. 

On distingue généralement le déni partiel du déni total. Dans le déni partiel, la grossesse est reconnue à partir du 5ème mois, permettant à la mère d'engager un processus d'acceptation et un suivi médical. Le déni total, en revanche, voit la grossesse rester ignorée jusqu'à l'accouchement. C'est dans ces cas que les risques d'accouchement non assisté, de néonaticide ou d'abandon sont les plus élevés. 

L'absence de profil type : un phénomène qui touche toutes les femmes

Depuis les années 2000, il est établi qu'il n'existe pas de "profil type" de femmes concernées par le déni de grossesse, souvent déjà mères, qu'elles soient étudiantes, salariées ou issues de tout milieu social. Seule une minorité présente des troubles psychiatriques ou des addictions. Le risque de néonaticide serait plus élevé chez les femmes jeunes, isolées, sans lien avec le géniteur et en situation de grande détresse sociale. 

Le déni de grossesse repose sur une double invisibilité. D'une part, l'absence de signes physiques évidents : pas de prise de poids significative, règles persistantes ou saignements interprétés comme tels, absence de perception des mouvements fœtaux. D'autre part, une position fœtale particulière où l'utérus se développe vers le haut, le long de la colonne vertébrale, limitant toute protubérance abdominale. Dans certains cas, le corps semble littéralement "coopérer" avec le psychisme pour maintenir le déni, ce qu'on appelle le "déni somatique".

Des conséquences médicales et psychologiques dévastatrices

Les conséquences médicales et psychologiques peuvent être dramatiques. L'absence totale de suivi médical signifie pas d'échographie, pas de dépistage, pas de préparation à l'accouchement. Sur le plan psychologique, la révélation brutale, souvent lors de l'accouchement, provoque un choc traumatique majeur. La mère n'a pas eu le temps de se préparer mentalement ou socialement à l'arrivée de l'enfant. 

S'il est fréquent d'associer déni de grossesse et infanticide, les chiffres montrent que l'immense majorité des dénis ne débouche sur aucun acte criminel. Les experts estiment à moins de 1 % les dénis de grossesse suivis d'infanticides. Les cas portés en justice, comme celui de Petit-Bourg ne représentent que la partie émergée de l'iceberg.

Vers une meilleure prévention et prise en charge

Face à ce phénomène, les professionnels plaident pour une meilleure formation des médecins, sages-femmes et travailleurs sociaux, une sensibilisation du grand public pour dédramatiser et mieux comprendre, et un accompagnement psychologique systématique des femmes concernées.

Le drame de Petit-Bourg rappelle cruellement que le déni de grossesse reste un phénomène mal compris, souvent jugé avant d'être expliqué. Pourtant, derrière chaque cas, se cachent une souffrance psychique profonde et un mécanisme de protection qui a dévié. Mieux le comprendre, c'est peut-être éviter qu'un drame ne se reproduise. 

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