Démantèlement inédit d'un vaste réseau logistique d'orpaillage illégal en Guyane
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ENQUETE

Démantèlement inédit d'un vaste réseau logistique d'orpaillage illégal en Guyane

Richard Garnier et Gaëtan Tringham
Les saisies ont été réalisées sur plusieurs sites dont un principal, à Matoury
Les saisies ont été réalisées sur plusieurs sites dont un principal, à Matoury

C'est la première fois que les enquêteurs arrivent à "matérialiser l'existence d'une logistique centralisée", explique la gendarmerie.

C'est une saisie d'une ampleur rare que les gendarmes de la section de recherche de Cayenne ont réalisé la semaine passée en Guyane. Plus de dix tonnes de matériel ont été interceptées, dans le cadre d'une opération ciblée contre un réseau d'approvisionnement de sites d'orpaillage illégaux.   

Parmi les éléments saisis sur plusieurs sites, dont un entrepôt principal à Matoury : cinq moteurs hors-bord, trois groupes électrogènes, une génératrice, une pirogue de 16 mètres, quatre véhicules, 3 700 litres d'essence, 13 téléphones, ainsi que sept tonnes de vivres et de diverses marchandises.

Cette logistique imposante visait à ravitailler les exploitations clandestines disséminées sur les bassins de la crique Nationale et de la crique Bagot, dans la forêt guyanaise, précisent les autorités. “Cette opération marque un tournant dans la lutte contre l'orpaillage clandestin” souligne la gendarmerie. “Pour la première fois, les enquêteurs sont parvenus à matérialiser l'existence d'une logistique centralisée, planifiée et professionnalisée, visant à soutenir en profondeur l'économie souterraine de l'orpaillage clandestin dans l'est de la Guyane”. 

Trois Brésiliens et un Français arrêtés 

Cette enquête avait débuté en février dernier et faisait suite à une commission rogatoire délivrée par un magistrat instructeur. Trois ressortissants brésiliens et un Français ont été interpellés. Trois d'entre eux ont été mis en examen : deux ont été placés en détention provisoire, le troisième sous contrôle judiciaire.

C'est la première fois qu'un tel réseau logistique, structuré et transfrontalier, est entièrement démantelé dans le département. "Cette affaire met en lumière la manière dont l’orpaillage illégal fonctionne sur le territoire guyanais", estime la procureure de la République Aline Clérot. " "On passe au niveau au-dessus. On interpelle les organisateurs de la logistique. Ça nous permet de mieux comprendre le fonctionnement des réseaux. Dans ce cas, le matériel provient de l'extérieur, mais l'organisation est bien en Guyane."

Une information judiciaire se poursuit des chefs de complicité d’exploitation d’une mine avec atteinte à l’environnement en bande organisé et association de malfaiteurs.

Jusqu'à 10 tonnes d'or extraites illégalement chaque année

Outre les enjeux sécuritaires, l'orpaillage illégal a un impact environnemental désastreux. Le mercure utilisé pour extraire l'or contamine durablement les sols et les cours d'eau, tandis que les abattages massifs d'arbres pour dégager les sites creusent des cicatrices béantes dans la canopée. 

Malgré les opérations régulières des forces de l'ordre, la tâche reste immense : environ 500 sites clandestins sont toujours actifs à travers la Guyane, selon les dernières données. Ces exploitations illégales, souvent contrôlées par des réseaux mafieux transnationaux, s'approvisionnent depuis les pays voisins, notamment le Brésil et le Suriname. En 2023, Arnaud Blanc, un gendarme du GIGN avait perdu la vie lors d'un raid contre l'un de ces campements. Chaque année, on estime que plus de dix tonnes d'or sont extraites illégalement sur le territoire guyanais.

 

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