Les cases se sont multipliées en quelques années. (MJ)
En Guyane depuis plusieurs années, Jeanthy Petithomme et Ferdinand Iliobert espèrent toujours être régularisés. Leurs cartes de séjour sont périmées. (MJ)
(Marine Jacques)
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Les habitations spontanées se multiplient, route de Raban, sur la colline de Baduel à Cayenne. Des Haïtiens y vivent tant bien que mal, en espérant être régularisés un jour. Un incendie a détruit trois maisons mercredi soir. Et les autorités ne voient pas d'un bon oeil l'agrandissement de ce quartier...
Jonathan Madistin fait partie des premiers à s'être installés au-dessus des Terrasses de Raban, sur la colline de Baduel, à Cayenne. Fuyant la misère de son pays, Haïti, il est arrivé en Guyane après être passé par l'Équateur et le Brésil. Il se souvient de son arrivée, le 11 mai 2011 : « Il n'y avait que trois ou quatre maisons. Aujourd'hui, le quartier est très grand! » , remarque-t-il.
Les petites habitations de bois et de tôles sont construites les unes à côté des autres, à flanc de colline. De petites ruelles étroites permettent de circuler. C'est un vrai labyrinthe. Jonathan Madistin connaît le quartier par coeur. Il montre une porte bleue, c'est sa maison. À l'intérieur, Chiline, son épouse, donne le sein à leur fils de six mois. Chiline l'a rejoint il y a un an, laissant derrière elle, en Haïti, leurs deux premiers enfants qui vivent aujourd'hui avec leur grand-mère. « Ça fait cinq ans que je ne les ai pas vus, déplore Jonathan. Je veux être régularisé et trouver un travail pour faire venir mes enfants en Guyane, qu'ils fassent des études et soient utiles à la société car j'aime la France. » Un discours rôdé qu'il a livré plusieurs fois à la préfecture, en vain. Jonathan ne perd pas espoir.
« S'IL N'Y A PLUS DE PLACE, ILS VONT À BALATA »
Jeanthy Petithomme, lui, est dépité. Quand il est arrivé à Saint-Georges de l'Oyapock en avril 2012, les autorités lui ont remis un laissez-passer, valable deux jours. Un laps de temps qui ne lui a pas permis de régulariser sa situation. Il a trouvé refuge sur la colline de Baduel. Depuis, c'est le parcours du combattant. « À la préfecture, on me demande si j'ai un travail mais, sans papiers, je ne peux pas travailler » , s'agace-t-il. Jeanthy Petithomme, comme nombre de ses compatriotes haïtiens, est venu en Guyane en quête d'une vie meilleure. Il ne s'attendait pas à vivre dans un quartier insalubre pendant des années. « Je sais que l'argent ne fait pas le bonheur, je ne veux pas de BMW, juste de quoi me nourrir » , explique-t-il. Certains seraient prêts à retourner en Haïti, mais lui refuse d'y aller les mains vides. Les membres de sa famille s'étaient côtisés pour payer son voyage.
En attendant de pouvoir vivre dignement, Jeanthy Petithomme et Jonathan Madistin accueillent les Haïtiens en situation irrégulière qui continuent d'arriver. Ils les logent, les nourrissent, le temps que ces derniers trouvent les moyens de s'installer dans le quartier. « S'il n'y a plus de place, ils vont à Balata » , précise Jonathan Madistin.
UN PROBLÈME DE SÉCURITÉ
Ce turn-over n'est pas vu d'un bon oeil par les élus locaux. Pour la mairie, le quartier, construit à flanc de colline, pose un problème de sécurité (lire ci-dessous). Mais aucun projet de relogement n'est prévu. Ceux qui ont perdu leur maison dans l'incendie de mercredi soir, et qui ne peuvent être logés par des proches, sont invités par la municipalité à se « rapprocher des services sociaux » . Les autres habitants risquent d'être reconduits à la frontière en cas de contrôle. Pour Jonathan Madistin : « Retourner en Haïti, c'est se rapprocher de la mort. »
En Guyane depuis plusieurs années, Jeanthy Petithomme et Ferdinand Iliobert espèrent toujours être régularisés. Leurs cartes de séjour sont périmées. (MJ)
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L'incendie a dévasté les maisons de six familles
Le regard triste, Monette Docteur constate les dégâts de l'incendie qui a ravagé, mercredi vers 20 heures, trois habitations spontanées situées à proximité de la résidence Les Terrasses de Raban. Vingt-cinq pompiers ont été mobilisés. L'un d'eux a dû être évacué à l'hôpital après avoir fait un malaise lors de l'intervention. Six familles ont vu leur maison partir en fumée.
Monette Docteur en fait partie. Deux murs de sa maison sont encore debout, le reste n'est qu'un amas de tôles. « Au moins, j'ai récupéré mes papiers » , se rassure-t-elle, en posant la main sur un carnet de santé. Assis par terre, un homme trie un tas de feuilles. Il tient un document marqué du logo de la préfecture et noirci par les flammes. Contrarié, il tente de le défroisser. Pour lui, comme pour Monette Docteur et tous les autres habitants de ce quartier insalubre, les documents administratifs sont précieux. Tous sont en situation irrégulière.
« Un risque d'affaissement »
« Le quartier pose d'autant plus problème qu'il est construit à flanc de colline. Il y a un risque d'affaissement » , affirme Marie-Laure Phinéra-Horth. Le terrain appartenant à la Collectivité territoriale de Guyane (CTG), le maire de Cayenne dit « ne pas connaître le détail des opérations envisagées » . Des contrôles d'identité pourraient être effectués prochainement. « Si les personnes sont en règle, nous pouvons réfléchir à un mode de relogement » , souligne l'élue. Sur la route de Raban, la mairie de Cayenne et la Simko font construire des logements sociaux qui profiteront aux familles régularisées du quartier spontané du versant est du mont Baduel, vers Troubiran et la piste Tarzan. Pour les habitants du quartier insalubre de Raban, pas de projet pour l'instant.
Baduel, d'un versant à l'autre
Prise d'assaut depuis des années, la colline de Baduel continue de voir grossir les bidonvilles. Sur le versant est, des expulsions ont fait suite aux glissements de terrain de 2009. Maintenant, ça construit de l'autre côté.
(Marine Jacques)
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