Caractériser l’impact du dérèglement climatique à partir de différents paramètres physiques et concrets, c’est l’objectif du rapport GuyaClimat. Restitué au grand public le 20 octobre dernier lors d’un « Café des Sciences » (organisé par la Canopée des Sciences) le rapport est le fruit d’un partenariat scientifique entre le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) et Météo France. C’est un travail mené depuis 2020 et qui vient de s’achever en aout 2022.
Certains des résultats avancés sont frappants. « D’après les projections, le réchauffement climatique sera d’ici à 2100 en Guyane de + 1,5 ° C à + 4 ° C » a indiqué à l’AFP Ali Bel Madani, climatologue de Météo France Antilles-Guyane. Un accroissement revu à la hausse par rapport aux données qui avaient été avancées dans le rapport GuyaClimat de 2013 qui projetait une augmentation maximale de 1° C d’ici à la fin du siècle.
La Guyane sera, elle aussi, impactée par la montée du niveau des eaux, conséquence directe du dérèglement climatique. D’ici à 2100, le niveau de la mer aura augmenté d’environ 0. 84 cm (un intervalle d’incertitude est compris entre 0.59 m et 1.17 m ndlr) dans un scénario possible où les émissions de gaz à effet de serre s’accélèrent.
Autre point rapporté par Guyaweb : la diminution de la pluviométrie en Guyane. « Dans notre scénario médian, explique encore le climatologue Ali Bel Madani, la diminution porte sur - 3 % à - 26 % d’ici à 2100, - 10 à - 34 % dans le scénario du pire. » Concrètement, la baisse des précipitations interviendrait principalement pendant la période dite du « petit été de mars », tandis que la saison sèche deviendrait… encore plus sèche.
La biodiversité directement impactée
Si les conséquences de ces changements sont déjà visibles, ces évolutions impacteraient encore la biodiversité guyanaise. Au centre du débat, la disparition des tortues marines présentes sur le territoire. Début octobre, une quinzaine d’associations lançaient un cri d’alerte à ce sujet. Pour cause, en un peu plus de 10 ans, les pontes de tortues luths sont passées de 9 516 en 2009 à 828 en 2022. Et les autres espèces ne se portent guère mieux : -75 % de pontes de tortues olivâtres, et 60 à 80 % des tortues vertes femelles marquées par le Centre national de la recherche au cours de la dernière décennie ont disparu.
L’augmentation de la température mise en avant par GuyaClimat aurait des effets d’autant plus néfastes. Car chez les tortues, c’est la température du nid qui détermine le sexe. « Plus le nid est chaud, plus il y aura de femelles. Avec la hausse des températures, on assiste à une féminisation des populations qui met en péril la reproduction », s’inquiète Benoît de Thoisy, président de l'association Kwata.
Cette hausse des températures perturbe également la forêt qui recouvre 97 % de la Guyane. « Quand la chaleur est importante, les arbres ont tendance à fermer leur stomate, ce petit orifice qui permet de respirer et d'échanger avec l'atmosphère », indique à l’AFP Olivier Brunaux, directeur du pôle recherche à l'Office national des forêts de Guyane (ONF). « Résultat, les arbres transpirent moins, font moins de photosynthèse et grossissent plus lentement ».
Or, d'après une étude de l'UMR EcoFog (Unité mixte de recherches Écologie des Forêts de Guyane), passé 31 °C, la forêt tropicale humide évolue en forêt tropicale sèche.
Pour l'instant, l’horloge tourne même si le compte à rebours ne fait que de s’accélérer car : « la Guyane est plutôt préservée, contrairement à d'autres endroits du bassin amazonien, notamment l'État brésilien du Roraima où hausse des températures et baisse des précipitations ont transformé la forêt qui est devenue, aux extrêmes, une savane », selon le chercheur de l’ONF.
Un vent jusqu'à 30 % plus puissant
Guyaclimat prévoit également un renforcement de la vitesse du vent et une diminution de la hauteur des vagues qui déferlent sur notre littoral. La force du vent passerait de « 9 km/h aujourd’hui à 11,6 km/h d’ici à 2100, soit 25 à 30 % d'augmentation » selon les propos avancés par Ali Bel Madani à Guyaweb.
Une augmentation qui ne serait pas synonyme d’une houle plus importante, car les vagues qui arrivent en Guyane naissent loin, au nord de l’Atlantique, et sont donc indépendantes du vent local. La baisse de la puissance des vagues s’expliquerait plutôt par le changement de la circulation atmosphérique dans l’Atlantique nord. « L’anticyclone des Açores remonte au nord en raison d’une expansion des tropiques, due au réchauffement climatique », précise encore le climatologue de Météo France à l’AFP.
Les résultats de GuyaClimat ont bien été restitués, mais le rapport est actuellement encore « en cours de finalisation avec les partenaires », confie enfin le BRGM.
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