Une liste noire au sein du rectorat
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Education

Une liste noire au sein du rectorat

Gérôme GUITTEAU, g.guitteau@agmedias.fr
Bruno Niederkorn, de l'UTG avec en arrière plan, Patrick Antoinette, l'oncle d'un enseignant contractuel sans affectation, cette année, à cause d'un avis défavorable injustifié. La conférence de presse de ce mercredi matin dénonce l'existence d'une liste noire où des Guyanais seraient discriminés.
Bruno Niederkorn, de l'UTG avec en arrière plan, Patrick Antoinette, l'oncle d'un enseignant contractuel sans affectation, cette année, à cause d'un avis défavorable injustifié. La conférence de presse de ce mercredi matin dénonce l'existence d'une liste noire où des Guyanais seraient discriminés. • G. GUITTEAU

 L'Union des travailleurs guyanais affirme qu'une liste noire de professeurs contractuels qui ne pourraient pas obtenir d'affectation sur des postes disponibles existe au sein du rectorat. Un mail d'un inspecteur la mentionnant constitue une preuve irréfutable pour le syndicat. Le rectorat réagit.

 « Salut, Monsieur... n'est pas dans la liste noire. Fait-il partie du vivier des contractuels actuellement ? Si c'est cela, je vais lui répondre que les postes sont pourvus et que nous reprendrons contact avec lui en cas de besoin. »

Voilà le mail de l'inspecteur d’Éducation physique et sportive (EPS) reçue par erreur par un jeune Guyanais, révélé par l'Union des travailleurs guyanais (UTG), ce mercredi matin, lors d'une conférence de presse à la digue Ronjon, à Cayenne. Le nom cité par l'inspecteur, que l'on dissimule selon la volonté du jeune homme est bien le sien.
Le diplômé d'un master 2 en sociologie et management du sport a été professeur contractuel en 2020-2021 au lycée Elie-Castor à Kourou. Son rapport de tutorat est  favorable : "La présence et l'attitude en classe sont conformes aux attendus. La classe est brien prise en main. La sécurité assurée. L'enseignant répond positivement aux exigences", écrit le tuteur qui exerce dans l'autre lycée de Kourou. L'année d'après, il n'obtient pas d'affectation. Il se concentre sur ses études et des concours à passer.

Pour cette rentrée, il envoie des candidatures spontanées. Un établissement privé sous contrat de Saint-Laurent du Maroni, répond favorablement. Un contrat est signé d'après l'enseignant mais il doit être validé par l'inspecteur d'EPS. Les choses traînent en longueur et le 28 juillet, la directrice de l'établissement de la capitale de l'Ouest lui envoie un mail lui écrivant que le rectorat donne un avis défavorable. « Il faudrait tenter votre chance dans une autre académie », lui conseille la Saint-Laurentaise.
De son côté, le Cayennais tente de connaître les raisons de cet avis défavorable. Le rectorat lui répond que l'inspecteur à l'origine de cette note est parti à la retraite.

Il tente donc de nouveau sa chance auprès du nouvel inspecteur. Ce dernier connaît son prédécesseur. Il lui adresse donc le mail qui arrive à cause d'une erreur de manipulation dans la boîte du candidat, le 2 septembre. Il s'agit du mail cité par l'UTG.
« Cet inspecteur, pas encore arrivé en Guyane connaît l'existence d'une liste noire sur le territoire. Cela interroge sur les pratiques au sein du rectorat. L'existence d'une telle liste est illégale. Elle rompt l'égalité de traitement entre fonctionnaires. C'est d'autant plus scandaleux que le collègue a été bien noté, qu'il possède tous les diplômes requis. Il existe une discrimination envers les candidats guyanais. Pourquoi ? On n'en sait rien. Nous n'avons aucun élément solide sur lequel appuyer une hypothèse », confie Bruno Niederkorn, secrétaire adjoint de la branche fonction publique de l'UTG.
Une enquête réclamée et la menace d'une mobilisation plus forte
Ce dernier, quand il a eu connaissance du mail, a demandé à rencontrer le recteur et son secrétaire général. Un rendez-vous accepté. A l'issu de celui-ci, la directrice de cabinet a assuré le syndicat que le jeune homme discriminé aurait un poste. « Cela fait une semaine et nous n'avons aucune nouvelle. Nous demandons un nouveau rendez-vous. Si le problème n'est pas réglé, nous monterons d'un cran avec des mobilisations autour du rectorat », prévient le syndicaliste.
Il demande la suspension de l'inspecteur d'EPS et une enquête de l'inspection générale afin de faire la lumière sur cette liste noire. « De manière générale, nous demandons une enquête sur les conditions de recrutement des contractuels. Nous savons que les affectations des CDI a posé problème et qu'un pool ad hoc s'occupe de ça en ce moment. Le recteur nous assuré qu'il y aurait à l'égard de nos collègues de la bienveillance et de la bientraitance », rappelle Bruno Niederkorn.

Nous avons demandé au rectorat une réaction par rapport aux éléments apportés par l'UTG. Nous recevons un communiqué au lendemain de la publication initiale de cet article. Une centaine de postes n'était pas pourvue au rectorat, en début de semaine.

"Pas de liste noire", selon le rectorat, mais une enquête interne
Il aura fallu attendre le lendemain pour que le rectorat réagisse. L'académie de Guyane publie le communiqué cité ci-dessous : 
Le rectorat de l’académie de Guyane réfute avec force l’existence d’une prétendue « liste noire » « au niveau des recrutements » au sein de l’académie de Guyane et conteste avec autant de force l’accusation de « discrimination envers les jeunes guyanais ».

Il souhaite par ailleurs apporter la précision que l’enseignant auquel il est fait référence en appui de ces allégations est recruté depuis le lundi 13 septembre 2022.

Les « accusations » désormais publiques portées envers un personnel du rectorat font dores et déjà l’objet d’une enquête interne à l’issue de laquelle aucune hypothèse ne sera écartée.

Très attachée aux valeurs fondamentales de l’universalisme, soucieuse d’accompagner le développement et la formation des élèves et plus globalement des usagers du service public de l'éducation, la communauté éducative regrette qu’une polémique conduise à jeter l’opprobre sur une institution qui n’a de cesse de contribuer chaque jour à la construction du bien commun des guyanaises et des guyanais.