Le malathion, insecticide et neurotoxique, interdit en Europe, sera pulvérisé en Guyane pendant près de six mois (photo d'illustration)
Le conseil régional avait invité hier une trentaine d'organismes à débattre de l'utilisation du malathion dans la lutte contre le chikungunya.
Cela n'a pas été le grand débat contradictoire auquel on aurait pu s'attendre. Et pour cause, la moitié des organismes invités n'avaient pas fait le déplacement. C'est donc presqu'en catimini que la Région a organisé, hier, une réunion d'information sur le malathion. Parmi les grands absents : le conseil général, pourtant opérateur dans la lutte anti-vectorielle contre le chikungunya. Peu de collectivités étaient d'ailleurs présentes. La quinzaine de sièges occupés l'étaient principalement par des organismes de recherche ou de protection de l'environnement.
Présidant cette réunion, Hélène Sirder, numéro 3 de la Région, a d'abord déploré le manque d'information sur le sujet. « Les seules décisions institutionnelles ne suffisent pas pour répondre aux interrogations ni aux inquiétudes de la population » , a-t-elle asséné à l'égard des services de l'État. Le manque d'information sur le malathion, sa toxicité et la manière dont il serait utilisé, a d'ailleurs été au coeur de la discussion. Chercheur au CNRS, Christophe Duplais s'inquiétait notamment du manque de recul suite à son utilisation en 2009. Autant de questions restées sans véritable réponse concrète.
L'absence d'étude sur la dynamique du moustique a aussi été relevée par Pascal Gombauld, entomologiste et directeur du PNRG. Au final, ce qui prévaut pour les services de l'État, c'est bien de lutter efficacement contre le moustique vecteur du chikungunya, une priorité également affiché par la Région.
UNE LONGUE LETTRE D'EXPLICATIONS
C'est assez rare pour être signalé, la veille le préfet Éric Spitz, le président du conseil général Alain Tien-Liong et le directeur de l'Agence régionale de santé Christian Meurin avaient cosigné une lettre de trois pages à destination des parlementaires et des maires de Guyane.
Une lettre dont le but est d'expliquer les raisons pour lesquelles la décision a été prise d'employer le malathion. « Si le malathion est utilisé dans le domaine agricole en Europe, son autorisation de mise sur le marché qui s'est arrêté en 2008 n'a pas été renouvelée pour le marché européen principalement pour des raisons administratives et économiques » , écrivent les trois hommes dans un effort d'explication. Ils espèrent ainsi « contenir au mieux la progression de la maladie » .
Enfin, hier, les trois ministres concernées, Ségolène Royal (Environnement), Marisol Toutaine (Santé) et George Pau-Langevin (Outre-mer) se sont fendues d'un communiqué commun dans lequel elles se veulent rassurantes. Elles évoquent « un examen approfondi de l'impact (du) produit sur la santé » , examen qui, assurent-elles, « a démontré que le malathion pouvait être utilisé de manière sécurisée » .
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