« Près de 1 200 signalements d'événements indésirables » ont été comptabilisés au Char (centre hospitalier Andrée-Rosemonde Cayenne) en 2013, indique Anne-Marie Simon, gestionnaire des risques. Derrière ce chiffre, des erreurs avérées mais la majorité, précise-t-elle, « n'ont pas eu d'impact sur le patient. Par exemple, une erreur d'identité mais qui a été repérée à temps » . Seulement deux à trois d'entre elles, poursuit Anne-Marie Simon, « ont eu des conséquences graves, comme un décès ou des séquelles importantes » . Maître Magali Robo se souvient avoir plaidé le cas d'une jeune femme, décédée deux à trois jours après son accouchement, parce que l'importance de son hémorragie n'a pas été correctement appréciée. Les erreurs médicales tuent ainsi deux fois plus que les accidents de la route : 10 000 morts chaque année. Un chiffre éloquent. Mais à l'échelle régionale : aucune donnée. Directrice de la santé publique, veille et sécurité sanitaire à l'ARS, Anne-Marie McKenzie reconnaît une « sous-estimation évidente. Très peu nous sont déclarées. On n'a pas de vue globale, hélas » . CHAMBRE DES ERREURS
Anne-Marie Simon y va de son explication : « C'est une culture encore récente. Ça émerge doucement depuis la sortie de textes de lois, dans les années 2000. » Pour elle, l'idée fondamentale « est non pas de trouver un coupable mais l'origine de l'erreur, pour la rendre pédagogique. » Ce travail passe, tout au long de l'année, par des simulations et des formations. Et, comme en cette Semaine de la sécurité des patients, par des exercices « ludiques » . La chambre des erreurs en est un. Une première à l'hôpital, qui a reconstitué l'histoire d'une maman qui accouché la veille. Les agents sont invités à passer dans la chambre pour repérer les sept erreurs de chaque thème (hygiène, médicamentation, identitovigilance), comme une seringue dans la poubelle de la chambre, des bijoux portés par la soignante, un médicament personnel de la patiente dans la chambre ou l'absence de bracelet au poignet du bébé. La règle des 5 B
La mauvaise prise en charge médicamenteuse est à l'origine de la majorité des incidents. « Ici comme dans l'Hexagone » , précise Flaubert Nkontcho Djamkeba, responsable de qualité des médicaments au Char. Mauvaise prescription ou appréciation ; historique du patient peu ou pas connu ; erreurs de choix du médicament (mauvaise lisibilité ou homonyme trompeur)... les raisons sont multiples. Selon lui, les erreurs les plus courantes se font au moment de l'administration du médicament. « Notre rôle est de veiller à la règle des 5 B : bon médicament, bonne dose, bon patient, bon moment, bonne voie. »
Gare au chik
Protéger les patients, c'est aussi prévenir l'arrivée d'infections : la charge de Aba Mahamat, infectiologiste et responsable de l'équipe opérationnelle d'hygiène hospitalière. « On récupère chaque jour une liste des malades pour prendre les précautions (scruter l'air, les eaux et surfaces) contre les bactéries multirésistantes. » C'est, d'autre part, protéger les patients les uns des autres. L'autre cible du moment est le gîte larvaire. De la plante d'intérieur aux gîtes extérieurs. Une vingtaine de pièges a été installée, pour éviter, comme ça a déjà été le cas « deux fois » , précise-t-il, qu'un patient ne contracte le chik à l'hôpital. Des pulvérisations de malathion ont aussi démarré autour des bâtiments.
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