Le recteur Denis Rolland : « Il faut sanctuariser l'école »
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Le recteur Denis Rolland : « Il faut sanctuariser l'école »

Propos recueillis par A. S.-M.
« L'éducation ne va pas gérer le problème toute seule » (ASM)
« L'éducation ne va pas gérer le problème toute seule » (ASM)

Les services de l'État et les syndicats enseignants se sont réunis hier en préfecture pour lancer une série de réflexions sur les violences scolaires. L'occasion d'interroger le recteur sur ce sujet sensible.

Quel était l'objectif de cette réunion ?
Le but était de préparer une série de réunions par bassin sur les questions de violences des jeunes dans l'école et surtout aux abords de l'école. Après, il y aura un travail avec les syndicats et avec l'ensemble des équipes éducatives dans les établissements de manière à trouver les meilleures solutions pour mieux gérer ces violences en particulier aux abords des établissements.
La violence scolaire est un problème connu depuis longtemps, qu'est-ce qui a changé ces derniers temps ?
C'est un problème qui monte, il ne faut pas se leurrer. La violence scolaire existe mais elle est en train de changer de méthode avec les nouvelles technologies, les SMS, avec les possibilités d'alcoolisation rapide… La violence, à l'extérieur ou à la porte de l’établissement, a tendance à monter plus rapidement aux extrêmes. On se souvient tous que, quand on était jeunes, on se cassait parfois la figure à la sortie de l'établissement mais on n'utilisait pas de matériaux, on n'utilisait pas une bouteille, on ne prenait pas un casque de moto etc. On ne traitera pas tous les maux de la société par ce type de réunion et de plan, mais on peut essayer de juguler les nouvelles formes les plus dangereuses qui mettent en danger notre école et notre société.
Les violences se font principalement aux abords des établissements, donc sur la voie publique. Le rectorat a-t-il des demandes particulières en matière d'aménagement ?
Les abords des établissements sont des territoires complexes qui appartiennent à une collectivité mais qui sont aussi en partie gérés par d'autres structures d'État ou autre. Je n'ai pas de préconisations, il faut qu'on les trouve ensemble. Si c'est un collège, la plupart du temps le parking appartient au Conseil général. Donc c'est avec le Conseil général qu'il faut travailler pour essayer de trouver la meilleure solution et c'est lui qui doit être le donneur d'ordre. Mais on sait très bien que si on traite le parking, on ne va peut-être pas traiter le morceau de route qui est à 50 mètres. Là, c'est peut-être la police ou la gendarmerie qui doit gérer.
En interne, y a-t-il des consignes particulières du rectorat vis-à-vis des directions pour identifier plus facilement les auteurs de violences ?
Je ne vais pas vous parler de vidéosurveillance si ce n'est pas décidé par les acteurs, Conseil général, Conseil régional etc. Il faut réfléchir aux bonnes solutions, les trouver ensemble, pas séparément. L'éducation ne va pas gérer le problème toute seule, c'est un problème de société, de développement économique, de crise économique… Par contre, on peut essayer de sécuriser un peu l'école. Il faut arriver à sanctuariser l'école. Il faut surtout discuter, coopérer et ne pas dire "c'est de ta faute". Il faut trouver les solutions ensemble.
En 2012 le rectorat créait une équipe mobile de sécurité, l'EMS, qu'en est-il aujourd'hui ?
Le travail de l'EMS est un travail de prévention et de formation, notamment des surveillants. Elle fait un travail remarquable. Il y a deux ou trois ans, avant Noël, vous aviez des violences importantes devant les établissements. On avait des explosions de pétards avec des dangers importants non gérés ou difficilement gérés. Aujourd'hui, si on n'a plus ces violences-là, c'est parce que l'EMS coopère parfaitement avec les autres services pour maîtriser les abords, réguler les risques de violences. L'EMS, c'est plus de dix personnes dispersées sur le territoire de manière préventive ou réactive. Ils savent très bien maîtriser une bagarre comme former les jeunes pour qu'ils sachent réagir. Mais on pourrait en mettre dix ou vingt de plus, mais on n'a pas de moyens extensibles, cela n'empêcherait pas les départs de bagarre.
 
 
Le Steg-UTG part fâché

Alors qu'ils étaient venus avec une liste de dix propositions, les représentants du Steg-UTG ont quitté la salle après une heure de réunion. Ce départ fait suite à un échange avec le recteur et à ce que le syndicat considère comme "des attaques directement liées à notre organisation syndicale". Le Steg-UTG "regrette également l'absence des personnages politiques de Guyane, non conviés à cette réunion".
Les 10 propositions du Steg-UTG
• Les acteurs, mais aussi l’opinion publique, doivent être informés des violences subies par les adultes et des suites qui y sont données. Taire ces faits est une politique vouée à l’échec qui ne tient pas compte du traumatisme subi par la victime et ne permet pas de dégager une expertise de gestion de ces violences.
• Il est indispensable que l’institution éducation nationale protège de façon effective ses personnels. Création d’une cellule au Rectorat avec personnes ressources pour accompagner juridiquement et médicalement les collègues victimes.
• Création d’un numéro vert pour les fonctionnaires victimes de violence.
• Communiquer régulièrement sur les peines encourues par les auteurs de violence à l’égard des fonctionnaires, des intrusions sans autorisation dans les établissements scolaires. Communiquer sur une école « sanctuaire » qui devrait être à l’abri des conflits sociaux et/ou privés extérieurs. Inscription dans les règlements intérieurs des établissements scolaires des références légales sur ces sujets.
• Communiquer sur les peines prononcées à l’encontre de ces mêmes auteurs. Afin de réaffirmer l’autorité des personnels dans l’exercice de leurs fonctions.
• Convention Ecole – justice avec poursuite judiciaire automatique contre les auteurs de violence.
• Former les adjoints de prévention de sécurité à la sécurité des abords des établissements, en particulier dans les établissements difficiles ou de centre ville. La formation que ces adjoints ont eue interfère avec les missions des différents services au sein des établissements, en premier lieu les Vies scolaires.
• Rendre obligatoire au sein des établissements scolaires avec évaluation par le Rectorat les comités d’éducation à la santé et à la citoyenneté (CESC) pour tisser des liens avec les différents partenaires (associations, maisons de quartier, référent force publique, mairies, …).
• Utiliser l’Equipe mobile de sécurité (EMS) de façon plus pertinente. Ne pas attendre un drame avant de la mobiliser. Rondes régulières et répartition de cette équipe sur les différents bassins
• Compte tenu du contexte actuel, multiplier ces rondes préventives aux heures de sortie des établissements scolaires et présence de membres de l’EMS sur le terrain jusqu’à la fin du carnaval (prochaines vacances de février).?
 


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