Stéphane Hayot : « Produire localement est un enjeu stratégique »
Le groupe Bernard Hayot (GBH) organisait, hier, jeudi, les 2èmes Rencontres de la production locale, à l'habitation Clément, au François. Son directeur général, Stéphane Hayot, fait le bilan des actions du groupe en faveur de la production locale, et présente ses nouveaux engagements comme le fonds d'aide à l'investissement et à l'installation.
Pourquoi avoir créé les Rencontres de la production locale ?
C'est la deuxième fois que nous organisons ces Rencontres de la production locale avec Carrefour Martinique. La première édition était en 2023. La production locale est une priorité pour GBH. Nous sommes acteurs dans le développement de la production locale et partie prenante dans toutes les filières animales, végétales et industrielles. Nos magasins ont toujours accompagné les producteurs locaux en facilitant le référencement de leurs produits et en les surexposant dans nos linéaires. Produire localement est un enjeu stratégique. Cela permet de réduire notre dépendance aux importations, de créer des emplois et des revenus localement.
En quoi consistent ces Rencontres et quels en sont les objectifs ?
Ces Rencontres permettent aux différents acteurs, producteurs, filières, interprofessions, collectivités d'échanger et de dessiner les pistes qui permettront d'augmenter encore la part des produits locaux dans les achats de nos clients. C'est aussi le moment de faire un bilan sur les engagements qui avaient été pris en 2023. Carrefour Martinique s'était engagé sur une augmentation de ses volumes d'achats de produits locaux de 30% d'ici 2028. Cet objectif sera dépassé. Avec nos opérations produits locaux sous le label « Avec Carrefour, je choisis la Martinique », nous avons collecté plus de 300 000 euros qui ont servi à alimenter un fonds d'aide aux jeunes agriculteurs et à récompenser l'innovation. Cela s'est fait en partenariat avec le Parm et la Chambre d'Agriculture. L'objectif de ces rencontres est double : rendre compte de manière transparente de ce que nous avons réalisé et construire collectivement, avec les acteurs du terrain, les priorités des années à venir.
"GBH est partenaire de 170 producteurs locaux"
Quels types d'actions concrètes avez-vous mis en place en soutien à la production locale ?
Nous agissons sur plusieurs leviers. Le premier, c'est le débouché commercial. C'est notre engagement historique dans tous nos territoires d'implantation, à travers nos enseignes de grande distribution. En Martinique, Carrefour commercialise aujourd'hui les produits de plus de 170 producteurs agricoles et industriels locaux. La production locale représente près de 25 % de nos achats alimentaires, soit environ 79 millions d'euros en 2025. Nous allons également au-delà du simple référencement : nous faisons le choix de donner à certains produits locaux une visibilité en rayon supérieure à leur poids de marché. En Guyane, nous travaillons avec 42 fournisseurs locaux. En Guadeloupe, la production locale représente près de 20 % de nos achats, avec 180 fournisseurs locaux.
Le deuxième levier, c'est la structuration des filières. Notre rôle ne se limite pas à acheter et à distribuer : nous sommes également engagés de longue date aux côtés des organisations professionnelles. En Martinique, mon père, Bernard Hayot, a été à l'origine de la création de l'AMPI, en 1972. De notre côté, nous siégeons depuis plus de 30 ans au sein des interprofessions agricoles. En Guadeloupe, nous sommes membres élus des bureaux d'Iguavie et d'Iguaflhor depuis plus de 30 ans. À La Réunion, nous assurons depuis plus de 20 ans la vice-présidence de l'Aribev, l'interprofession de la filière animale. En Martinique, nous sommes également vice-présidents de l'Amifel, l'interprofession de la filière végétale.
Enfin, le troisième levier est l'accompagnement direct des producteurs et des entrepreneurs locaux, notamment à travers l'investissement, l'installation et l'innovation. En Guadeloupe, le label Produits d'Ici, créé en 2016, rassemble aujourd'hui plus de 200 fournisseurs locaux et couvre 100 % de la production du territoire. Nous avons également lancé en octobre 2024 le programme Jeunes Pousses, qui a déjà accompagné dix jeunes entrepreneurs dans leur accès à la grande distribution. En Martinique, nous avons créé en 2023, avec la Chambre d'agriculture, le Parm et Cœur Martinique, un fonds destiné à soutenir les jeunes agriculteurs, l'innovation agroalimentaire et la promotion du label Cœur Martinique dans les surfaces de vente. Ce fonds est abondé chaque année à l'occasion de l'opération « Avec Carrefour, je choisis la Martinique », pour un montant cumulé de plus de 300 000 euros. Au fond, notre ambition est de jouer pleinement notre rôle dans l'écosystème local : permettre aux producteurs de vendre, contribuer à structurer les filières et accompagner leur développement dans la durée. C'est un engagement ancien, mais qui continue d'évoluer pour répondre aux enjeux actuels de souveraineté alimentaire, de renouvellement des générations et de développement économique des territoires.
"GBH lance le fonds Producteurs d'avenir "
En quoi consiste le fonds « Producteurs d'avenir » ?
« Producteurs d'avenir » est un fonds d'aide à l'investissement et à l'installation de producteurs locaux. Nous le lançons sur la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane et la Réunion. Nous allons allouer 100 000 euros par an et par territoire sur une période de trois ans. Au final ce seront 1.2 millions d'euros, financés par GBH qui seront apportés en soutien à nos agriculteurs et producteurs. Sur chaque territoire une filière prioritaire pourra être définie en collaboration avec les filières et les institutions. Les bénéficiaires de ces fonds seront sélectionnés par un comité réunissant ces mêmes acteurs et non par GBH seul. L'appel à candidatures s'ouvre le 30 septembre 2026 sur les quatre territoires. Les premiers lauréats seront révélés à la fin de l'année. C'est un investissement très important. S'il permet à de jeunes entrepreneurs d'initier de belles histoires, de créer de l'emploi et de l'activité sur nos marchés, alors nous aurons atteint l'objectif recherché.
Augmenter les achats en local, c'est louable. Mais se font-ils au prix juste pour les producteurs ?
Nous nous efforçons dans notre contractualisation avec nos partenaires locaux de garantir à la fois des logiques de volumes mais également de prix d'achats permettant de garantir la rémunération des producteurs tout au long de l'année. Par exemple nous sommes en mesure de nous engager sur un tarif unique à l'année pour un volume donné permettant à l'agriculteur d'avoir un revenu stable quelle que soit la saisonnalité. Le prix payé au producteur ne se résume pas au prix d'achat ponctuel : c'est l'ensemble de la relation qui doit lui permettre de vivre de son métier et d'investir. C'est le sens de nos trois leviers d'action : un débouché garanti et stable, à travers le référencement en magasin - avec une place en linéaire souvent supérieure au poids de marché du producteur - ; une participation à la programmation des volumes et à l'équilibre économique des filières, au sein des interprofessions où nous siégeons depuis plus de 30 ans ; et, désormais, avec Producteurs d'avenir, un soutien financier direct à l'investissement productif, qui allège les charges d'exploitation et renforce la capacité des producteurs à se moderniser dans la durée.
"La production locale représente 25 % de nos achats alimentaires"
Mais les produits locaux sont souvent plus chers que les produits importés...
Nos marchés ultramarins sont restreints. Les producteurs ne peuvent pas produire à grande échelle et écraser leurs coûts comme peuvent le faire les industriels dans l'Hexagone. C'est une vraie contrainte. Mais les produits locaux sont de bonne qualité. Plus nous en consommerons, plus les quantités produites seront grandes et plus les prix pourront baisser. Souvenons-nous que le développement de la production locale génère la création d'emplois locaux. C'est un moyen important de développer l'activité économique et de créer du pouvoir d'achat.
Vous annoncez deux autres nouveaux engagements, quels sont-ils ?
Carrefour Martinique prend deux engagements dans le cadre de ces 2èmes Rencontres de la production locales. Passer notre volume d'achats locaux alimentaires de 80 à 100 millions d'euros à l'horizon 2030. La construction avec le rectorat d'un dispositif visant à susciter de nouvelles vocations pour la production locale. Il s'agira de rapprocher progressivement les élèves du monde de l'entreprise et de la production, de leur faire découvrir les métiers et les parcours possibles, et de mieux leur faire comprendre les enjeux économiques, sociaux et environnementaux liés au développement des filières locales.
En quoi consiste ce dispositif avec le rectorat de la Martinique ?
Le dispositif est actuellement en construction et pourra notamment s'appuyer sur des rencontres avec les professionnels, des visites d'exploitations agricoles et d'entreprises, des témoignages de producteurs et d'entrepreneurs, ainsi que sur des actions de sensibilisation adaptées aux différents âges. Parce que l'avenir de la production locale ne se joue pas uniquement dans les exploitations, les entreprises ou les magasins. Il se joue aussi dans les écoles, dans la capacité que nous aurons à transmettre, à donner envie et à faire naître des vocations.
Est-ce que GBH s'engage sur les questions environnementales ?
Nous agissons beaucoup sur ces sujets. Nous réalisons tous les ans des bilans environnementaux qui nous permettent d'identifier les actions prioritaires pour atteindre les objectifs de réduction de notre empreinte environnementale. Nos actions portent sur l'amélioration de la performance énergétique de nos bâtiments et de nos installations mais aussi sur les enjeux liés à la gestion des déchets en participant à des projets d'économie circulaire et de recyclage. Nous sommes à l'origine de la création de filières de recyclage et de collectes pour des produits tels que les VHU, les pneumatiques ou les batteries. Le respect de l'environnement fait partie des engagements du groupe. La dimension environnementale fera donc naturellement partie des critères de sélection de l'appel à projet et les pratiques agroécologiques (eau, sol, climat) devront être clairement identifiées par les candidats.

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