Zone Terca : Abchée rase gratis
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Zone Terca : Abchée rase gratis

Thomas FETROT

Raymond Abchée a ordonné hier matin la démolition de plusieurs dizaines d'habitations sur ses terrains de la zone Terca, à Matoury

A Terca, plusieurs occupants illégaux payent la taxe foncière et la taxe d'habitation

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Raymond Abchée a lancé hier matin une vaste opération de destruction des habitations illégales situées sur ses terrains de la zone Terca, à Matoury. Il laisse quinze jours aux derniers occupants pour évacuer.

Le dialogue a laissé place à l’action. Hier matin, ce n’est pas uniquement armé de son verbe mais accompagné de deux pelleteuses et d’un important service de sécurité que Raymond Abchée est allé à la rencontre des familles qui occupent illégalement ses terrains de la zone Terca, à Matoury. Déterminés, le chef d’entreprise (qui a obtenu en 2009 un jugement qui l'autorise à expulser les squatteurs) et ses équipes ont traversé le bidonville comme aurait pu le faire un ouragan, détruisant tout ou presque sur leur passage.
« Un signal fort »
Il un peu plus de 8 heures lorsque les deux imposants engins de chantier s’élancent vers le « village » de Terca. Raymond Abchée les précède, à pied. « On a donné un délai aux gens, aujourd’hui on vient pour détruire les maisons vides et les dalles, assure le propriétaire des lieux. Nous ne cherchons pas la bagarre mais il faut donner un signal fort. » Une escouade de quelques gendarmes est présente. Les militaires vont observer la progression des pelleteuses tout au long de la matinée, sans avoir à intervenir. La préfecture, par l’intermédiaire de son secrétaire général, est également sur place. Pour un court passage, des plus symboliques.
Dès son arrivée sur les hauteurs de Terca, Raymond Abchée donne de la voix, écarte les clôtures de tôle, désigne les constructions à raser. Vingt minutes plus tard, trois habitations sont déjà réduites en miettes. « Il y a du monde qui occupe on respecte, il n’y a personne on casse », lance l’entrepreneur. Résolu, Raymond Abchée prend toutefois le temps de jouer les médiateurs avec la population, qui demeure étonnement passive. Ou médusée, face à une intervention aussi fulgurante.
Vague destructrice
Certes, il arrive que les esprits s’échauffent. « Eh, Oh, attention, c’est habité là ! », s’écrient plusieurs hommes alors qu’une pelleteuse s’approche dangereusement d’une clôture. On se bouscule un peu, le ton monte, mais rien de plus. Systématiquement, Raymond Abchée s’interpose et explique en français, en créole, en portugais ou en anglais quel va être le déroulement de l’opération. Avec, à chaque fois, la même promesse : « Dans quinze jours, je casse tout. »
La vague destructrice traverse tout le bidonville. Du « quartier » haïtien au brésilien en passant par le guyanien, aucune bâtisse inoccupée n’échappe à la démolition. Seule une femme parvient à sauver la charpente de sa maison. « C’est du bon bois, on vous laisse jusqu’à demain pour le récupérer, lui affirme Raymond Abchée. Mais demain, si c’est encore là, excusez-moi mais je casse. » Les habitants ont désormais une certitude : bientôt, leur logement ne sera plus qu’un tas de gravas.
La question est désormais de savoir où ils vont « migrer ». Un homme se contente d’une réponse lapidaire : « Ailleurs ».
Squatteurs mais imposés
Certaines familles qui occupent illégalement des parcelles non-constructibles payent des impôts fonciers.
A Terca, plusieurs occupants illégaux payent la taxe foncière et la taxe d'habitation (TF)
A Terca, plusieurs occupants illégaux payent la taxe foncière et la taxe d'habitation
Tandis que les clôtures et les habitations illégales tombent les unes après les autres, une femme s'avance vers Raymond Abchée et lui tend des documents. Il s'agit de ses déclarations d'impôt sur la taxe foncière et la taxe d'habitation. Sidéré, le propriétaire du terrain lance à son interlocutrice : « Tout ça n'appartient pas à la mairie. Ici, c'est à moi. » Et l'entrepreneur le confirme : il s'acquitte déjà de la taxe foncière sur le non-bâti. Son terrain étant, pour l'heure, classé comme non-constructible. Pourtant, plusieurs familles qui occupent illégalement des parcelles se trouvent dans la même situation que la femme qui vient de l'interpeller.
Les « foyers » concernés présentent un profil similaire. Les occupants des logements disposent d'un titre de séjour, travaillent (en étant déclarés, assurent-ils), envoient leurs enfants à l'école, etc. De fait, leurs fiches d'impôts s'avèrent des plus officielles. Les documents mentionnent même une adresse en bonne et due forme. Un détail surprenant, particulièrement lorsqu'il est précisé qu'aucune des allées bordées de tôles du bidonville ne porte un nom.
« DURA LEX, SED LEX »
« On nous a fait croire qu'on pouvait s'installer là quand la mairie est passée. On paye des impôts mais on va casser notre maison, je ne comprends pas » , lance une femme, interloquée. Une situation pour le moins ubuesque à laquelle le directeur des finances publiques de Guyane, Jean-Claude Hernandez, apporte une explication. « Ce sont des personnes qui utilisent l'assainissement, les services techniques, qui empruntent les routes, déclare-t-il. Le droit fiscal est un droit de fait. Ces personnes vivent sur le territoire de la commune, elles utilisent les services publics et se comportent en propriétaires. Elles sont donc taxées comme telles. Dura lex, sed lex (la loi est dure mais c'est la loi, ndlr). »
T. F.
« Nulle part où aller »
Marouchka est âgée de 24 ans. Elle habite la zone Terca depuis deux ans. « Je suis venue parce que je ne trouvais nulle part ailleurs où habiter avec mes deux enfants. Je suis venue et j'ai construit ma maison. S'il la casse, je n'aurai pas d'autre endroit où aller. » De nationalité haïtienne, elle ne dispose pas de titre de séjour. Sa voisine, Ranise, est dans la même situation. « Beaucoup de gens ici n'ont pas de titre de séjour, assure-t-elle. Du coup je n'ai pas de travail, rien. »
Son bébé dans les bras, une autre femme intervient. « Moi je suis passée, j'ai vu le terrain, je l'ai nettoyé et je me suis installée, lance-t-elle. Si M. Abchée me met dehors, je suis à la rue. »
Reid, 32 ans, est arrivé du Guyana il y a cinq ans. Il habite Terca depuis deux ans. « Je ne comprends pas ce qui se passe » , murmure-t-il.
Arlène, de nationalité brésilienne, réside dans les hauteurs depuis dix ans. Quand Raymond Abchée vient à sa rencontre, elle sourit : « Merci de m'avoir permis de rester aussi longtemps. Mais je ne sais pas où on va aller... »
(HG)
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