Une baisse de 30 millions d'euros de subventions du logement social inquiète le BTP local
Après la commande publique, la baisse drastique de 34 % de la ligne budgétaire unique créée pour aider la production de logements sociaux outre-mer inquiète. Les acteurs locaux publient une tribune qui dénonce cette perte sèche
En Guyane, la pénurie de logements sociaux constitue une crise majeure, à la fois sociale, économique et territoriale. Dans ce contexte déjà extrêmement tendu, les acteurs du logement ont été informés d'une réduction massive de l'enveloppe de la Ligne Budgétaire Unique (LBU) pour l'année 2026.
Une rupture sans précédent
Alors que le maintien d'un investissement public massif est une nécessité absolue, les prévisions pour 2026 sont particulièrement inquiétantes. Après un niveau de consommation de 63 millions d'euros en 2025, ayant permis la mise en chantier de plus de 1 500 logements, les crédits annoncés font état d'une enveloppe en nette diminution à 23.9 millions d'euros, soit une baisse brutale de plus de 60 %, dont 10 millions d'euros restent réservés aux OIN (Opérations d'intérêt national).
Cette division par près de trois des crédits marque une rupture inédite dans le financement du logement social en Guyane, en totale contradiction avec les besoins du territoire et les dynamiques engagées ces dernières années.
Des milliers de familles pénalisées
Les besoins en logement restent considérables : 45 000 logements à construire d'ici à 10 ans, dont deux tiers en logement social ; 80 % de la population éligible au logement très social ; plus de 40 % de la population réside dans un logement informel
Avec plus de 17 000 demandeurs de logements sociaux recensés au 31 mars 2026, la Guyane fait face à une tension extrême, aggravée par l'absence d'alternative dans le parc privé.
La baisse massive des crédits entraînerait mécaniquement : un gel massif des opérations de construction et de réhabilitation ; un ralentissement des aménagements en secteur OIN, préalables à toutes constructions de logement ou d'équipements publics, faute de capacité à engager de nouveaux projets et à maintenir la programmation en cours ; une aggravation de la crise du mal-logement et des tensions sociales ; un allongement des délais d'attribution pour les ménages.
Un choc pour l'économie locale
Derrière ces chiffres, ce sont des milliers de familles privées de solutions durables, des parcours résidentiels bloqués et des situations sociales qui risquent de se dégrader encore davantage.
Au-delà de son impact social, cette diminution remet en cause la capacité même du territoire à produire du logement. Elle fragilise l'ensemble de la filière du BTP, fortement mobilisée pour répondre aux besoins en habitat. Les mises en chantier de logements sociaux représentent près de 40 % de la commande publique en Guyane. La filière compte à ce jour 5700 salariés et emploie, en plus, près de 1000 intérimaires.
Moins de LBU, ce sont : des marchés annulés ou reportés ; des entreprises fragilisées avec un niveau de défaillance record année après année ; des emplois menacés ; une perte de dynamisme pour l'ensemble du secteur.
Dans un contexte économique déjà contraint, une telle décision constituerait un signal particulièrement négatif pour l'économie locale.
Au-delà des enjeux budgétaires, c'est la capacité de la Guyane à rattraper son retard structurel et à construire son avenir qui est aujourd'hui en jeu. Une telle rupture de la dynamique de production est inacceptable au moment même où les efforts devraient être renforcés.
Nous appelons solennellement l'État à : aligner le niveau des crédits de la LBU aux besoins réels du territoire et aux projets prêts à être engagés ; renoncer à une baisse incompatible avec les enjeux sociaux et économiques ; garantir une visibilité pluriannuelle minimale afin de sécuriser les investissements.
Le logement social ne peut être une variable d'ajustement
Le logement social ne peut être considéré comme une simple variable d'ajustement budgétaire : il constitue un pilier essentiel du développement de la Guyane. Le fragiliser revient à compromettre durablement l'avenir du territoire.
ARMOS GUYANE
FRBTP GUYANE
MOUVEMENT DES ENTREPRISES DE FRANCE GUYANE
ORDRE DES ARCHITECTES GUYANE
La LBU c'est quoi ?
La Ligne budgétaire unique (LBU), portée par l'action UN du programme 123, finance :
- le développement du logement locatif social (PLS) et du logement locatif très social (LLTS)) et la réhabilitation de ces logements ;
- l'accession sociale via le dispositif " logement évolutif social " (LES) ainsi que l'amélioration de l'habitat des propriétaires via l'aide à l'amélioration de l'habitat (AAH) ;
- la résorption de l'habitat insalubre (RHI) et spontané (RHS) ainsi que l'aménagement et la viabilisation des terrains en vue d'assurer la constitution de réserves foncières grâce au fonds régional d'aménagement foncier et urbain (FRAFU)
La baisse de 471 millions d'euros d'AE (autorisation d'engagement) et de 314 millions d'euros en CP (crédits de paiements) entre la LFI 2024 et le PLF 2025, soit respectivement 36,7 % et 34,1 % de moins, est particulièrement inquiétante. L'impact de la baisse de ces crédits risque d'être fortement ressenti dans les territoires ultra-marins. Le programme 123 représente ainsi 810,8 millions d'euros en AE et 605,8 millions d'euros en CP au PLF 2025.
La baisse de crédits est supportée essentiellement par l'action 2 " Aménagement du territoire ", qui perd 132,8 millions d'euros, et par l'action 3 " Collectivités territoriales ", qui baisse de 124,1 millions d'euros.

La radio 100% Caraïbes

- Suivez-nous
-
-
-
-
-
-
S'inscrire aux newsletters