Un nouvel apiculteur dans l'univers du miel local
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Un nouvel apiculteur dans l'univers du miel local

R.F
Nicolas Hibon explique l'extraction du miel. En médaillon, le logo de la nouvelle miellerie, aux couleurs de la Guyane (RF)
Nicolas Hibon explique l'extraction du miel. En médaillon, le logo de la nouvelle miellerie, aux couleurs de la Guyane (RF)

Touche-à-tout, Nicolas Hibon vient gonfler la petite liste d'apiculteurs professionnels guyanais. Depuis moins d'un mois, son atelier d'extraction est sur pied, avec un enthousiasme évident, néanmoins assombri par l'introduction du malathion, « un tueur d'abeilles » .

D'ici janvier, tous les samedis matins, les amateurs de miel local pourront s'en procurer une nouvelle variété au marché des producteurs (1), à Cayenne. Les plus impatients peuvent déjà se rendre à la source : la Miellerie de Macouria (2), à l'entrée de la Carapa. Nicolas Hibon, installé en Guyane depuis vingt-cinq ans, vient d'y aménager son atelier. Plongé dans le bain depuis près de deux ans, il présente son atelier avec passion, comme s'il manipulait le miel depuis des décennies.
Appareils pour fondre la cire, centrifugeuse, minifugeuse à opercules, décanteurs... tout est encore immaculé. Ou presque. Le parfum sucré des quelque 200 kilos de miel déjà produit investit bien la pièce. C'est en décembre que Nicolas Hibon terminera la première récolte de ce projet démarré il y a près d'un an.
DES DIFFICULTÉS SPÉCIFIQUES À LA GUYANE
Avec ses 60 ruches (le minimum pour être considéré professionnel sur le département), dispersées dans la commune, il propose un choix diversifié. « Macouria, c'est une zone qui est très bien parce que c'est très varié, il y a du palétuvier - et du bon! - de la savane arborée, de la forêt primaire, secondaire, des plantes et jardins de lotissements... C'est très riche. » De beaux espaces mais des difficultés, quand même, à trouver des coins où installer ses ruchers. « Malgré les distances de sécurité respectées avec les habitations, l'agressivité de l'abeille fait peur. Fin 2013, j'ai perdu un rucher parce que la personne qui me prêtait un coin de terrain n'en voulait plus. Je n'ai pas trouvé de remplaçant alors j'ai perdu 20% de ma production! »
Mais la vraie difficulté reste « l'accès aux terres » , poursuit Nicolas Hibon. Si l'enveloppe de la Daf (Direction de l'agriculture et de la forêt) de 180 000 euros suffit à financer l'ensemble de l'atelier, c'est sans compter le volet « forêt, le coeur du travail. La Guyane est tellement immense et vierge qu'il n'y a pas de réels chemins pour accéder aux ruches. Par exemple, en début de saison j'ai été obligé de faire un pont avec des arbres, louer une pelle mécanique, remblayer, etc. pour installer un nouveau rucher. » Soit un investissement de près de 2 000 euros de sa poche. Mais rien qui ne décourage cet amoureux de la nature.
Contacts : 05 94 38 54 55 ou apiculteur@mieldeguyane.fr.
(1) Sur le parking de Géant Casino.
(2) Miellerie de Macouria : 6, lotissement Beaussite, route de Carapa.
REPÈRES
Production en baisse
Prisé et d'une qualité reconnue par les spécialistes européens - la Belgique se montre intéressée par le miel de mangrove - le miel guyanais voit sa production chuter. Le responsable : un parasite coriace, le varroa (lire dans notre édition du 24 avril).
Trois professionnels
En vingt ans, le nombre de ruches n'a cessé de se multiplier, sous l'impulsion notamment de Bruno Gaucher à Sinnamary. Avec lui, ils ne sont que deux autres à exercer le métier dans le département : Arnaud Berthelot à Montsinéry et Nicolas Hibon, le nouvel arrivant.
Le local minoritaire
Sur 91 votants, hier, sur notre site, 55% ont déclaré acheter du miel local. Le secteur paraît porteur lorsque l'on sait que seules 4 tonnes sont produites localement pour près de 58 tonnes importées. L'activité d'exportation, elle, n'est toujours pas explorée.
« Ils vont tuer mes abeilles! »
Au-délà des quelques obstacles rencontrés par l'apiculteur professionnel, ce qui effraie par-dessus tout Nicolas Hibon, c'est l'utilisation prochaine du malathion, « 60 fois plus toxique que le précédent insecticide dispersé. Et quatre fois plus encore pour l'abeille! » Ainsi que s'en est alarmée l'association des apiculteurs de Guyane, l'Apiguy (lire notre édition du 11 septembre). « Les conséquences seront désastreuses, l'OMS elle-même a reconnu la menace sur l'abeille. » Les ruches ont beau être installées à 400 mètres des habitations, « les abeilles butineront quand même le pollen où s'est déposé le malathion, s'inquiète-t-il. Le problème, c'est précisément qu'elles l'ingurgitent directement. Ils vont tuer mes abeilles! Je vais en perdre beaucoup, c'est une certitude. C'est tellement plus facile - et peut-être plus économique - de déverser un produit chimique plutôt que de mettre en place un plan pour se débarrasser des carcasses, éduquer, faire des mayouri... » , peste-t-il.
L'apiculteur souligne le fait qu'en plus des abeilles productrices de miel, la Guyane perdra ses abeilles endémiques.
Mais quel danger direct pour l'homme qui consomme son miel ? « Le gros avantage du miel, explique Nicolas Hibon, c'est que c'est un produit qui est naturellement bactéricide et fongicide. Il arrive à réguler les molécules non compatibles avec lui. Il n'est jamais complètement pur mais par rapport à du blé, par exemple, ramassé dans une zone contaminée, la farine aura beaucoup plus de résidus de malathion que le miel. »
R.F.
(Henri Griffit)
(Henri Griffit)

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