Jean-Luc Marron, président de l'Observatoire des prix, et Pascal Chaudrin, rapporteur du « bouclier qualité prix » (TF)
Lancé en mars 2013, le bouclier qualité prix n'a pas eu les effets escomptés sur le tarif des produits. Ni dans le secteur alimentaire, ni pour le prix du carburant à la pompe. Une inefficacité que le rapporteur du dispositif attribue à un manque de contrôle des agents de l'État.
Une arme défensive, un moyen de protection. Telle est la définition d'un bouclier. Il va sans dire qu'elle correspond aux objectifs fixés en mars 2013 lors de l'instauration du BQP (bouclier qualité prix). Protéger les consommateurs en dressant une liste de produits dont le prix ne peut excéder un certain montant (voir encadré).
Toutefois, à en croire Pascal Chaudrin, rapporteur du « bouclier qualité prix » en Guyane, son efficacité est encore loin d'être convaincante.
L'ALIMENTATION, LA PLUS TOUCHÉE
Mardi, au sortir d'une réunion qui a rassemblé différents acteurs du monde économique, ainsi que le président de l'Observatoire des prix et un représentant de la préfecture, Pascal Chaudrin, rapporteur du BQP, n'a pas caché sa déception. « Le secteur alimentaire est le plus touché par les augmentations, a-t-il pesté. C'est inquiétant, car nous avions fait des recommandations au préfet qui devaient être transmises aux commerçants. Aujourd'hui, on constate que peu de choses ont été faites. À commencer par des contrôles du prix des produits compris dans le bouclier. Si nos recommandations avaient été suivies, les produits alimentaires seraient en nette baisse. »
Jean-Luc Marron, président de l'Observatoire des prix, se montre plus tempéré. « Pour le moment, nous en sommes au stade du bilan » , rassure-t-il. Il concède néanmoins que « malgré une stabilité, les prix alimentaires augmentent trois fois plus » que ceux des autres secteurs. Pour exemple, les produits frais ont enregistré en deux ans une hausse de 15 à 20%.
Pour Jean-Luc Marron, ces chiffres « laissent transparaître la faiblesse du marché et le manque de structuration des producteurs » du département. Il souligne également le « manque de retour » sur « les volumes de produits vendus dans le cadre du bouclier qualité prix. »
Quant au carburant, Jean-Luc Marron souligne que les « évolutions favorables » , toutes relatives, sont principalement « liées à la baisse du marché mondial » . La possibilité de s'approvisionner au Suriname (la raffinerie Staatsolie sera inaugurée le jeudi 13 décembre) reste, pour l'heure, hypothétique.
ILS ONT DIT
Renatta, Cayenne : Je trouve que le marche de Matoury est plus cher
C'est toujours aussi cher. Maintenant je ne viens plus qu'une seule fois au marché, je préfère aller au supermarché, j'y trouve des légumes et des fruits un peu moins chers. On nous dit d'en manger beaucoup, mais vu les prix... Rien que la dachine, elle est plus chère sur le marché que dans les grandes surfaces. Sans parler du citron! La viande, le poulet, le poisson, j'en achète moins. On est six à la maison, alors je sélectionne. Pour les marchés, je trouve que c'est encore plus cher à Matoury.
Corine, Matoury : Pas de contrôle
Sur le marché de Cayenne, on trouve toutes sortes de prix. C'est l'inflation. Le panier de la ménagère en prend un coup. Le melon d'eau, le citron, quand on voit leur prix au kilo, on se dit qu'il ne faut pas exagérer. Du coup, je consomme moins. Je suis obligée. Il faut faire attention, réduire les coûts. Ils (les producteurs) ne font même plus de prix en fin de marché. Ils préfèrent repartir avec leurs produits et les jeter alors qu'ils pourraient les brader. Surtout les légumes. Le bouclier prix ? En Guyane, on ne connaît pas. Il suffit d'aller chez le Chinois et de regarder les différences de prix. Il n'y a pas de contrôle.
Jocelyn, Cayenne : Mêmes habitudes
Il n'y a pas de service de l'État qui régule les prix. Le local coûte plus cher que les produits importés. Il faudrait savoir si les prix sont encadrés ou s'ils sont libres. Parce que s'ils sont encadrés, je crois qu'il y a un problème. Personnellement je ne change pas mes habitudes. Quand c'est la saison de la papaye et que j'en veux, j'en achète. Pareil pour l'avocat. Mais ce n'est pas normal que le prix des avocats locaux soit plus élevé que celui de l'extérieur. C'est vrai que si on veut manger sainement, il nous faut une agriculture saine. On sait que nos produits sont très onéreux. Mais le problème est plus profond que ça.
Corine, Macouria : Aller chez le producteur
Quand on gagne 3 000 euros par mois, c'est sûr que les produits ne sont pas chers... mais si ce n'est pas le cas et qu'on veut manger cinq fruits et légumes par jour, ce n'est pas possible. Je viens moins souvent au marché. À peine deux ou trois fois par mois. Je préfère aller au supermarché, pour congeler par exemple : quand je vois que je trouve du chou-fleur à 50 centimes le kilo.
Aujourd'hui, le prix du kilo du melon d'eau, du citron ou de la mandarine est trop cher.
Des citrons à 3 euros le kilo, ce n'est pas possible! Notre solution, comme on habite à Macouria, c'est d'aller directement chez les producteurs, à Matiti.
Le bouclier qualité prix
Ce dispositif consiste en une liste de produits de consommation courante ; le « panier » , dont le montant total ne doit pas dépasser une certaine somme ; 90 produits pour 305 euros dans les supermarchés ; 46 produits pour 149 euros chez les discounters et 22 produits pour 80 euros dans les commerces de proximité.
À chaque fois, la liste des produits concernés doit être affichée à l'entrée du magasin et tous doivent être identifiés dans les rayons.
(photo d'archives)
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