Travail le dimanche : les commerçants perplexes
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Travail le dimanche : les commerçants perplexes

T.F.
Pouvoir ouvrir 12 dimanches complets au lieu de 5, une mesure qui laisse les commerçants guyanais sceptiques (photo d'archives)
Pouvoir ouvrir 12 dimanches complets au lieu de 5, une mesure qui laisse les commerçants guyanais sceptiques (photo d'archives)

Le projet de loi « croissance et activité » du ministre de l'Économie, Emmanuel Macron, prévoit d'étendre les autorisations de commerce le dimanche. Une mesure qui ne semble pas convaincre les professionnels du département.

Douze dimanches au lieu de cinq. Telle est l'une des nombreuses mesures comprises dans le projet de loi « croissance et activité » , dite loi Macron, du nom du ministre de l'Économie. Une proposition qui laisse les commerçants guyanais quelque peu sceptiques. Notamment en raison du fait que rares sont les magasins qui ouvrent cinq dimanches pleins chaque année. Aussi, pour l'heure et sans connaître les décrets d'application, les commerçants de Guyane restent prudents.
Directeur de Carrefour, François Leboulanger estime qu'il est encore « trop tôt » pour avoir une vision concrète de ce que pourrait apporter la loi. « Quel serait aujourd'hui l'intérêt d'ouvrir le dimanche après-midi en Guyane ? » s'interroge-t-il. Carrefour, comme les autres magasins à vocation alimentaire, dispose déjà de l'autorisation d'ouvrir le dimanche matin. Celle-ci étant soumise à une convention collective nationale. « Et nous n'ouvrons pas dans la globalité que nous permet la loi » , précise-t-il. C'est-à-dire cinq dimanches complets par an. « Nous sommes à quatre maximum, principalement les dimanches de décembre. » Pour ces journées, à la différence des dimanches matin réglementés, les travailleurs bénéficient d'une majoration salariale.
Françoise Gimel, présidente de l'Union des commerçants de l'Ile de Cayenne, se dit « plutôt favorable » à la loi. Pourtant, elle déclare qu'elle n'envisage pas de s'en « servir » . Elle précise : « En Guyane, on n'utilise pas les cinq dimanches autorisés actuellement. On n'ouvre qu'au moment des fêtes de fin d'année, trois fois par an maximum. » Toutefois, elle ajoute : « Chacun est libre de gérer son commerce comme il le veut.
Ouvrir douze dimanches par an, ça peut permettre de créer de l'emploi. Mais il faut que tout cela se fasse sur la base du volontariat de l'entreprise et des salariés. »
Les salariés, précisément, n'ont été que peu consultés depuis l'annonce du projet de loi. Louis (1) travaille dans une grande surface. Un dimanche sur cinq. Sans compensation. « Que je travaille un dimanche ou un lundi c'est pareil, et c'est ce qui me gêne : que le dimanche soit banalisé. Je préférerais largement être avec ma famille ou mes amis ce jour-là. »
(1) Le prénom a été modifié.
ET AUSSI... La loi Macron en 4 mesures
- Douze dimanches et des compensations
Le projet de loi comprend une extension du travail le dimanche. Ainsi, les maires auront la possibilité d'accorder douze ouvertures dominicales aux commerces, contre cinq actuellement. De plus, le texte oblige les entreprises commerciales à verser aux salariés travaillant le dimanche une compensation salariale. Ce n'était pas le cas jusqu'à présent.
- Un cadre pour les tarifs des notaires et des huissiers
Le projet de loi doit permettre de revoir à la baisse certains tarifs réglementés (petit achat immobilier, constat d'huissier, par exemple). Il prévoit aussi de simplifier les démarches d'installation pour les notaires ou les huissiers.
- Délit d'entrave dépénalisé
Lorsqu'une entreprise empêche, de quelque manière que ce soit, un représentant du personnel d'accomplir sa mission, il s'agit d'un délit d'entrave.
Comme le fait de ne pas fournir des documents ou des informations. La loi Macron entend modifier la peine encourue pour ce délit (un an de prison et 3 750 euros d'amende) en simples sanctions financières.
- Délais raccourcis aux Prud'hommes
Le projet de loi entend raccourcir et encadrer les délais de procédure lorsqu'un litige oppose un salarié à son employeur. Notamment en sautant directement de la phase de conciliation à celle du jugement.
ILS ONT DIT
Natacha, 24 ans, Cayenne : Ouvrir les commerces, oui
Je suis pour mais tout dépend du secteur. En Guyane, l'économie n'est pas très satisfaisante, alors si ça peut apporter une amélioration, pourquoi pas.
Tout le monde est content de pouvoir aller faire ses courses au supermarché le dimanche. Mais on ne va pas ouvrir les mairies. Les commerces, oui. Il y a aussi beaucoup de chrétiens en Guyane. Le dimanche est réservé à leur culte. Mais pour d'autres, ce sera avantageux pour le salaire. Si ça peut aider des personnes qui en ont des difficultés financières, c'est très bien. Après, ça dépend du nombre d'heures et du salaire.
Marcia, 39 ans, Cayenne : Le dimanche, c'est bien payé
Pour tout le monde, le travail c'est important. On ne peut pas rester sans rien faire. Alors le dimanche, les jours fériés ou le soir, c'est important que des gens travaillent. Tu dois gagner ton salaire. Moi, je ne travaille pas le dimanche mais le samedi, oui.
J'ai des amis qui travaillent le dimanche et le soir aussi. Pourquoi pas ?
Et puis c'est bien payé, les dimanches comme les jours fériés.
Magomed, 34 ans, Kourou : Une excellente idée
Moi, je travaille tout le temps. Dans mon métier, on n'a pas de dimanche. Alors je pense que c'est très bien, c'est une excellente idée. Pour les commerçants, pour tout le monde. Il faut que ça tourne. Si personne ne travaille le dimanche, rien ne bouge. Ceux qui veulent aller à la messe, et bien ils n'ont qu'à y aller. Mais la Religion et l'État, ce sont des choses séparées. Surtout en France.
Mathieu, 28 ans, Cayenne : Il y a moyen de s'adapter
Je suis infirmier, donc je ne me suis jamais vraiment posé la question.
On travaille le dimanche, on n'a pas le choix. Mais si je n'avais pas été dedans, ça m'aurait peut-être plus interpellé. Ceci dit, ça ne me choque pas spécialement. En Guyane, le dimanche c'est sacré. Donc ça va peut-être poser des problèmes. Mais il y a certainement moyen de s'adapter. Même si je me demande ce qui pourrait ouvrir en plus. Après, si le salaire suit et que ça motive des gens, tant mieux. Mais il ne faut pas qu'ils soient obligés de travailler le dimanche.

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