Raymond Abchée (chemise bleu-clair, à droite) au milieu des occupants illégaux de son terrain de la zone Terca, hier après-midi à Matoury (TF)
Propriétaire d'un terrain de près de 24 hectares sur la zone Terca, à Matoury, Raymond Abchée tente depuis 2009 d'en expulser les occupants illégaux. Hier, il est allé à leur rencontre.
Raymond Abchée s'est jeté dans la mêlée. Littéralement. Hier après-midi, le chef d'entreprise est allé à la rencontre des personnes qui occupent illégalement ses terrains de la zone Terca, à Matoury, située derrière la zone commerciale. Entouré de plusieurs dizaines d'habitants, Raymond Abchée a fermement exprimé son intention de « casser » les constructions. Pourtant, c'est dans une ambiance joviale, pour le moins surréaliste, que s'est achevée la confrontation. Toutefois, avant d'embrasser des bébés et de plaisanter avec ses interlocuteurs, le propriétaire des lieux n'a pas véritablement déclenché l'hilarité de son auditoire.
« CINQ ANS QU'ON SE FOUT DE MOI »
Arrivé dans une vieille fourgonnette, Raymond Abchée lance immédiatement une première salve. « Depuis 2009 (date à laquelle il a obtenu un jugement l'autorisant à expulser les occupants, ndlr), je n'arrête pas de parler avec les gens, rappelle-t-il. Et ça fait cinq ans qu'on se fout de ma gueule. Alors aujourd'hui je viens vous voir gentiment. Mais je vous le dis, je reprends mon bien et on va casser. » Un homme s'insurge : « Mais ce n'est pas possible de mettre une population dehors comme ça! » Une femme renchérit : « Pour nous, ça va être impossible de trouver une maison. Ça fait cinq ans que j'ai fait une demande de logement à la mairie et je n'ai toujours rien. » Le dialogue s'installe. Sans éclat de voix, sans défiance ni agressivité. Raymond Abchée tempère : « J'ai en face de moi des hommes et des femmes et je vous respecte. C'est pour ça que je vous préviens, que je vous demande d'enlever vos affaires et ce qui a de la valeur. De combien de temps avez-vous besoin ? » Un homme s'inquiète : « Combien de temps vous nous laissez ? » Raymond Abchée réplique : « Si vous me demandez, moi c'est demain! » Éclat de rires général.
Le président de l'association des habitants du village, Jacques Sabatier, arrive avec un dossier sous le bras. Un échange vif s'installe entre les deux hommes. Néanmoins, ils trouvent rapidement un terrain d'entente. Le premier s'engage à veiller à ce qu'aucune autre construction illégale ne voit le jour. Le second à provoquer une rencontre avec le député-maire de Matoury, Gabriel Serville. « Il faut que les responsables trouvent des solutions, peste Raymond Abchée. Il y a 70 000 squatteurs en Guyane. C'est bien mais on fait quoi ? » Une réponse rapide et adaptée est désormais attendue.
(Thomas Fetrot)
•
Édition spéciale : Rétro 2025
Revivez toute l'actualité marquante de la Martinique
- Suivez-nous
-
-
-
-
-
-
S'inscrire aux newsletters