Pêche : « Partager plus que des problèmes »
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Pêche : « Partager plus que des problèmes »

Pierre ROSSOVICH
L'acoupa est le poisson plus consommé en Guyane (photos d'archives)
L'acoupa est le poisson plus consommé en Guyane (photos d'archives)

On entend généralement parler d'eux lorsqu'ils sont en colère. Les pêcheurs ont décidé d'aller vers la population pour faire connaître leur filière.

Le Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins (CRPMEM) Guyane organise depuis peu des conférences-débats pour présenter la filière pêche, première exportatrice guyanaise et troisième secteur économique, derrière le spatial et l'orpaillage. Vendredi soir, les membres du comité étaient à la cité Massel, à Cayenne, pour participer à la soirée organisée par l'association Gepog (Groupe d'étude et de protection des oiseaux en Guyane)...
1. BESOIN DE STRUCTURES
« Les gens pensent que la filière de la pêche manque de structuration. Mais c'est un milieu très réglementé. Ce qu'il nous manque, ce sont plutôt des infrastructures » , explique Patricia Triplet, directrice du CRPMEM. Il existe par exemple dix points de débarquement de poissons en Guyane mais aucun port adapté à la pêche côtière. Plus de 50% des poissons pêchés (légalement) sont ainsi débarqués à la Crique de Cayenne.
2. PÊCHE ILLÉGALE : UN VRAI MANQUE À GAGNER
Les pêcheurs côtiers guyanais pêchent 3 200 tonnes de poissons par an (70% d'acoupas rouges), alors que la pêche illégale représente 9 000 tonnes de poissons. Une pêche clandestine doublée d'actes de piraterie à l'encontre des pêcheurs légaux. « Les efforts de l'État ne sont pas pérennes. Tant que de vrais moyens ne seront pas mis en place, il n'y aura pas de vrais résultats » , estime Patricia Triplet. Chaque extrémité de la côte guyanaise serait ainsi « contrôlée » par les navires étrangers illégaux (d'Iracoubo à Saint-Laurent et à partir de l'embouchure de Kaw). Les pêcheurs guyanais ne s'y aventurent pas. Une solution possible et validée par le CRPMEM : installer des radars au large des côtes afin de contrôler les mouvements de navires, avec un poste de contrôle à terre. Un projet prévu pour 20 17.
3. LE VIVANEAU : PREMIER PRODUIT D'EXPORTATION
C'est un poisson que goûtent peu les Guyanais, qui lui préfèrent l'acoupa ou le machoiran. C'est pourtant dans nos eaux que l'on vient le chercher. Si aucun bateau guyanais n'est équipé pour attraper le vivaneau, une flotte vénézuélienne le pêche avec pour obligation de débarquer 75% de leurs prises en Guyane. C'est grâce à ces 75% que la pêche se place premier exportateur du secteur primaire. Des bateaux antillais viennent également pêcher le poisson rouge dans les eaux guyanaises. Par contre, aucune obligation pour eux de débarquer une partie de leurs prises dans le département.
4. LA PÊCHE ARTISANALE LARGEMENT PRATIQUÉE
La méthode de pêche la plus répandue est le filet maillant. Une pratique artisanale utilisée par 283 navires, dont moins de la moitié - 105 bateaux - sont sous licence. Ceux-ci couvrent le marché local à 100%, ce qui fait de la pêche le premier secteur auto-alimentaire en Guyane.
5. ATTIRER LES JEUNES
Bien que précaire, la filière a donc de l'avenir. Notamment au regard des chiffres. Patricia Triplet relève un paradoxe significatif : plus de 50% des chômeurs guyanais ont moins de 25 ans, alors que 90% de la main d'oeuvre de la pêche est étrangère. Le CRPMEM recense actuellement 500 marins pour 2 000 emplois indirects.
6. RÉGLEMENTATION INADAPTÉE
À l'heure où l'Europe cherche à lutter contre la surpêche, la Guyane est dans le cas inverse. Ici, « les crevettes meurent de vieillesse » , pour reprendre les propos d'un pêcheur de la place. « La réglementation européenne est complètement inadaptée à la Guyane, commente Tony Nalovic, biologiste de la mer. Beaucoup de pays ont perdu la capacité à nourrir leur population en poissons. C'est loin d'être notre cas. »
C'est au Vieux Port de Cayenne, à la Crique,que plus de la moitié des pêches est débarquée. (photos d'archives)
C'est au Vieux Port de Cayenne, à la Crique,que plus de la moitié des pêches est débarquée. (photos d'archives)
REPÈRES
Espèces
Les eaux guyanaises comptent près de 200 espèces de poissons et de crevettes sauvages. Sur ces 200 espèces, à peine 20 sont débarquées : 80% d'entre elles sont de l'acoupa. Les rejets représentent 20 à 30% des captures.
Navires
41 navires pratiquent légalement la pêche au vivaneau au large. La pêche côtière, elle, concerne 283 navires, qui chaque année ramassent 3 300 tonnes de poissons entiers, distribués sur les dix points de débarquement. Les crevettiers (22 navires) pêchent environ 750 tonnes par an.
Emplois
Plus de 2 000 emplois indirects pour 500 marins actifs.

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