Le poulet guyanais déplumé
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Le poulet guyanais déplumé

Kerwin ALCIDE
Malgré la production locale, les Guyanais optent souvent pour le poulet congelé (HG)
Malgré la production locale, les Guyanais optent souvent pour le poulet congelé (HG)

La volaille produite localement connaît aujourd'hui le plus grand mal à concurrencer le poulet d'importation qui arrive congelé en Guyane.

« Le poulet frais bas de gamme de Guyane est bien meilleur que le poulet bas de gamme de France. » S'il officie aujourd'hui comme directeur du marché d'intérêt régional dédié au poisson, Robert Cibrélus, ancien homme politique, travaille encore dans le poulet frais. Il peste contre le système imposé en Guyane. D'emblée, il estime que le poulet frais vendu en Guyane ne pourra jamais concurrencer le poulet congelé qu'on trouve chez nos commerçants. Le principal défaut de notre poulet c'est son prix. « Les poussins importés de France coûtent plus chers, trois fois plus cher tout comme l'aliment donné aux poulets qui coûte deux fois plus cher » , explique-t-il. Conséquence, les quelque 300 tonnes de poulets frais produits chaque année en Guyane connaissent une vente assez confidentielle car tout le monde ne peut pas se permettre de payer un poulet de 1,5 kg à 12 voire 15 euros alors que le « congelé » est vendu, pour le même poids, à 8 euros. Une logique commerciale et économique que l'intéressé comprend fort bien et l'oblige même à comparer la lutte entre le poulet guyanais et le poulet congelé à une course entre une mobylette et une moto.
UN MARCHÉ LIMITÉ
Les règles et les moyens ne sont pas les mêmes. Selon Robert Cibrélus, le poulet congelé vendu en Guyane serait interdit à la vente sur le territoire français et est essentiellement destiné à l'exportation. « La France nous considère comme un pays d'exportation » , peste-t-il. Notre poulet congelé est destiné notamment à l'Afrique du nord, les inscriptions sur les emballages en attestent. L'agriculteur va encore plus loin indiquant que ces poulets sont abattus au bout de 34 jours de vie alors que les poulets destinés à la consommation de la France vivent jusqu'à 44 jours. « Dix jours, c'est important » , assène-t-il. Quand elle faisait du poulet, Chantal Berthelot gardait ses bêtes jusqu'à 90 jours. « On doit pouvoir offrir aux Guyanais un poulet frais et de qualité » , explique la députée qui a mis un terme à ses activités il y a quelques années. « Il faut provoquer l'envie d'acheter » , reprend Robert Cibrélus qui a essayé plusieurs méthodes pour mettre le poulet guyanais entre les mains des consommateurs. La découpe en était une. Mais l'homme ne perd pas de vue une réalité implacable : « On travaille pour une ville de 100 000 habitants » .
LA BATAILLE PERDUE DES OEUFS
Il estime que hors des grandes agglomérations, le consommateur se tourne machinalement vers le poulet congelé pour des raisons de convenance. Sans oublier le prix. Impossible donc de rivaliser avec le poulet congelé et surtout impossible de s'en passer.
Mais est-il possible de réduire un peu son impact ? Chantal Berthelot tout comme Robert Cibrélus estiment qu'il sera difficile de connaître la même révolution que pour les oeufs. Il y a encore quelques années, les Guyanais consommaient essentiellement des oeufs importés, présentés comme frais mais qui étaient en réalité réfrigérés. « On recevait des oeufs qui avaient 45 jours » , explique la députée.
Les agriculteurs ont réussi à faire appliquer une réglementation européenne sur la date limite de consommation (DLC). Désormais, ce sont les oeufs guyanais qui tiennent le haut du pavé. « Pour le poulet, c'est beaucoup plus compliqué car on ne peut pas appliquer cette réglementation car le produit est congelé » , annonce Robert Cibrélus qui estime qu'on risque de taxer la Guyane de « protectionnisme » .
REPÈRE - LA COOPÉRATIVE EN STAND-BY
Depuis cinq ans, la Coopérative avicole et cunicole de Guyane (CACG) ne produit plus de poulet. En cause, l'absence d'un outil d'abattage sur le territoire.
Pour mémoire, la Coopérative réalisait jusqu'à 120 tonnes de volailles par an en Guyane.
Dans une étude du ministère de l'Agriculture sur les années 2004 et 2005, on faisait remarquer que « la production de viande de volaille connaît un développement considérable ; ce phénomène est dû en grande partie à l'arrêt d'importation d'oeufs réfrigérés intervenu en juillet 2005.
Les producteurs avicoles y ont fait face en anticipant par l'importation de poussins. Le bénéfice est double, la production de viande de volaille a fortement augmenté et le marché de la consommation locale d'oeufs n'a pas connu de rupture » .
Joint hier par téléphone, Patrick Labranche, président de la CACG a confié qu'une reprise de la production de volaille sera possible dès qu'un outil d'abattage sera disponible.
Aujourd'hui, ce sont les producteurs locaux qui se chargent d'abattre eux-mêmes leurs poulets dans le cadre d'une tuerie. La tuerie comme l'abattage sont soumis à autorisation.
LE CHIFFRE 2 495
C'est en tonnes, le nombre de viande de volailles, qui ont été importées en Guyane à la fin du premier trimestre dernier.
Ce chiffre comprend toutes les volailles mais essentiellement le poulet d'importation. Et le poulet sous toutes les formes : cuisses, ailes, abats ou entiers.

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