Le BTP au bord de l'asphyxie
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Le BTP au bord de l'asphyxie

Thomas FETROT
La crise frappe désormais de plein fouet les entreprises de construction (TF)
La crise frappe désormais de plein fouet les entreprises de construction (TF)

La crise annoncée depuis des mois par la Fédération du bâtiment et travaux publics frappe de plein fouet l'ensemble des professionnels du secteur de la construction. Les artisans et les intérimaires sont les premiers à en souffrir.

Des chantiers à l'arrêt, des artisans sans contrat, des intérimaires sans mission et, bientôt, des salariés au chômage technique. Telle est la situation vers laquelle l'ensemble des professionnels du secteur de la construction se dirigent lentement. Une crise annoncée depuis des mois par la Fédération de Guyane du BTP (bâtiment et travaux publics) et qui a désormais franchi le stade de la simple perspective. En effet, chaque branche de la filière sent ou commence à ressentir les effets néfastes du ralentissement global de l'activité dans le département, principalement lié à la diminution notable de la commande publique.
En première ligne avancent toujours les sacrifiés. Dans le cas présent, il s'agit des intérimaires. « On fait de moins en moins appel à eux » , confie Patrick, responsable de chantiers. Une tendance confirmée par plusieurs entreprises d'intérim. Ainsi, au sein d'Adecco, le service commercial explique que « de plus en plus de candidats » à une mission font appel à leur service. « Ils passent d'agence en agence, ce qui ne se voyait pas avant, confirme la responsable. C'est révélateur du fait que les autres agences n'ont rien à proposer. » De fait, le discours est le même chez Fiderim, autre société d'intérim.
APRÈS LES INTÉRIMAIRES, LES SALARIÉS AU CHÔMAGE TECHNIQUE
« Sur Cayenne, nous avons pu équilibrer la situation car nous avons tous les secteurs d'activités, explique une salariée. Mais sur Saint-Laurent et Kourou, ils souffrent beaucoup. Avant, nous proposions des missions pour trois ou quatre mois. Aujourd'hui, nous en avons parfois pour trois ou quatre jours. » De plus, les ouvriers qualifiés bradent leurs compétences. « Certains me disent qu'ils sont prêts à accepter un poste de simple manoeuvre » , assure-t-elle. Désormais, les intérimaires sont dans une position de demandeurs. Un changement qui concerne également les artisans.
« Les grosses entreprises arrivent à s'en sortir, affirme un professionnel. Mais les artisans, non. Ils frappent à notre porte tous les jours alors qu'avant, on ne les voyait pas. Ils avaient du boulot, tout allait bien. Artisans, architectes, tout le monde est impacté. Pareil pour les grossistes de la place. Leurs commerciaux nous appellent toutes les semaines. » Bientôt, ce sera le tour des salariés.
Christian Deyrat est le gérant de la société Safor, dont la principale activité se situe dans le bâtiment (fondations). « Nous n'employons plus d'intérimaires, assure-t-il. Et on va être amené à nous séparer de nos salariés. Dans quinze jours, nous serons en arrêt total. Sur les 20 salariés, 5 ou 6 vont continuer à travailler. Pour les autres, on va épuiser les congés, et après on verra. » Mais le chef d'entreprise l'annonce : « Notre activité est sinistrée et va l'être de plus en plus. On n'a pas de visibilité. »
Directeur commercial de la Socomat (vente d'engins de chantier), Karl Ganteaume s'efforce de conserver son optimisme. « On se dit que les choses vont bouger, assure-t-il. Mais on subit indirectement la crise. » De fait, il constate une diminution des ventes de matériel. « On investit, on stocke, on bloque de la trésorerie pour répondre aux demandes des clients, explique-t-il. Mais en ce moment, il n'y a pas de marché et les machines ne sortent pas. » Et le directeur de conclure : « On est en bout de chaîne. On ne peut rien planifier. »
Pour l'heure, plus d'une vingtaine de chantiers sont arrêtés ou n'ont pas commencé. Faute d'argent. « Quand le bâtiment va, tout va » , affirme le dicton. Et lorsqu'il est asphyxié, que se passe-t-il ?
« Le système actuel est à bout de souffle »
Président de la Fédération de Guyane du BTP (bâtiment et travaux publics), Olivier Mantez (notre photo) annonce depuis le début de l'année que le secteur de la construction se précipite dans une crise. « Globalement, on connaît les problématiques, insiste-t-il. On sait que l'on est arrivé au bout du système actuel, qui est à bout de souffle. Il n'est plus adapté aux enjeux de la Guyane de demain. » Il avance plusieurs phénomènes pour expliquer la situation : « Les restrictions budgétaires auxquelles on ne peut pas grand-chose. Les changements à la tête de certaines mairies, comme Kourou et Matoury qui ont lancé des audits et donc ne peuvent pas investir. Au niveau du logement social, l'audit de la Siguy bloque les investissements et les problèmes avec la Senog (société d'économie mixte de l'Ouest guyanais) n'ont pas été réglés. Et puis il y a le décalage du projet Ariane-6, même s'il n'est pas remis en cause. »
Olivier Mantez évoque également le secteur privé qui, en raison de la réduction du système de défiscalisation, enregistre une diminution de 30% des constructions de logements.
« Sans oublier le fait que les gens ont de plus en plus de difficultés à accéder aux prêts » , souligne-t-il. Pour permettre à la filière de relever la tête, le président précise que « la Fédération milite pour la création d'une opération d'intérêt national (OIN) » . Une mesure qui implique des efforts financiers et humains de l'État afin de suppléer aux compétences et aux capacités des collectivités. Le dossier, validé par la CACL, est en attente depuis deux ans. « Ça devient urgent, prévient Olivier Mantez. Il faut que le gouvernement tranche. » D'autant que « les projections 2015 ne sont pas bonnes » .
Selon le président de la Fédération, « il faut une mobilisation générale pour relancer les projets arrêtés » . Il ne s'agira que d'une première étape.
REPÈRES
- Chute des constructions
Selon les prévisions de la Fédération du BTP, seuls 800 logements seront construits en 2014. Il s'agirait du total le plus faible depuis 2009. Loin des 1 200 enregistrés en 2013 et de l'objectif annuel de 1 800.
- 10 000 salariés
La filière emploie plus de 10 000 personnes en moyenne. Un peu moins de la moitié des personnels est embauchée en intérim, en contrat à durée déterminée ou en contrat de chantier.
- Jeunesse sur le carreau
Le BTP organise chaque année des opérations destinées à attirer les jeunes Guyanais dans la filière.
Avec la promesse d'un emploi stable et d'un salaire convenable. En 2014, le secteur réunissait près de 24% des promesses d'embauche. Un chiffre qui va sans aucun doute être revu à la baisse. Sans même évoquer les probables réticences de certains jeunes à se lancer dans une filière en difficulté.
Christian Deyrat, gérant de la société Safor
Nous n'employons plus d'intérimaires.
Et on va être amené à nous séparer de nos salariés.
(Thomas Fetrot)
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