L'état de santé de la Société immobilière de la Guyane (Siguy) en inquiète plus d'un. Depuis le début de cette semaine, le dernier bilan de santé, sous la forme d'un rapport d'étape d'un audit encore à finaliser, laisse envisager au pire. Ce rapport d'une cinquantaine de pages tente de comprendre les raisons qui ont provoqué les difficultés financières de la société immobilière. Même si des erreurs de gestion ne sont pas pointées du doigt, la situation reste très alarmante. « La Siguy, explique le rapport d'étape, porte des engagements lourds non encore bouclés, qui amènent à chiffrer le besoin financier à terminaison à 74 millions d'euros » . Il prévient même qu'au 31 décembre dernier, « la trésorerie s'élevait à 17,6 millions d'euros » , ce qui correspond à près de deux mois d'activité. Pire, les prévisions pour l'exercice en cours laissent prévoir un déficit de 5 millions d'euros d'ici à la mi-décembre. En somme, la Siguy ne serait plus en mesure de tenir son rang. UNE RECAPITALISATION OBLIGATOIRE
« C'est impossible » , rétorque à chaud Olivier Mantez, président de la Fédération du BTP (FRBTP). Il rappelle que les entreprises du BTP ont déjà assisté à la réduction de moitié de la construction de logements sociaux ces dernières années. Du coup, une nouvelle baisse du carnet de commandes « n'est pas possible » . Le président de la FRBTP estime que les choses ne peuvent pas rester en l'état. « La gravité de la situation et les enjeux nous incitent à penser que la Siguy ne pourra pas échapper à un plan de restructuration complet nécessitant la mobilisation de tous » , poursuit le rapport d'étape. Il suggère une intervention de la Caisse de garantie du logement locatif social (CGLLS), société de financement chargée de prévenir les difficultés financières des bailleurs sociaux et aider au rétablissement de leur équilibre. L'audit préconise également que la Siguy récupère l'intégralité « des sommes dues par les collectivités locales » . Soit environ 2, 2 millions d'euros de créances de la part de ces collectivités. Et une recapitalisation de la société d'économie mixte car « le niveau de fonds propres actuels apparaît faible au regard du patrimoine géré et des enjeux de croissance » . LE PROJET DE RÉNOVATION URBAINE EN DANGER
Les décisions seront certainement prises avant la fin de cette semaine, à l'occasion d'une réunion des principaux actionnaires. Parmi eux : la Région, le Département et l'État, actionnaire majoritaire. Mais dans les rangs des collectivités, il est certain que personne ne souhaite voir disparaître la société immobilière. D'abord en raison de la crise du logement en Guyane. Et surtout à cause des garanties d'emprunt. Les deux collectivités votent généralement à tour de bras des garanties d'emprunt aux bailleurs sociaux qui ont besoin de leur soutien pour lancer des opérations immobilières. Sauf que si la Siguy venait à disparaître, les collectivités devront, comme pour la SA HLM liquidée en 2009, garantir les emprunts contractés par la société immobilière. Pour la SA HLM, cela représentait 118 millions d'euros pour le conseil général. Alors on imagine aisément qu'en cette période de crise, ni la Région ni le Département n'ont forcément envie de mettre la main à la poche. Puis il reste un dernier dossier épineux : le PDRU (Projet de développement et de rénovation urbaine). La Siguy gère une partie du PDRU de Cayenne et de Matoury. Et si la société cale, ces projets risquent de tomber à l'eau. La SA HLM ouvre la voie ?
Certaines mauvaises langues avaient estimé que la Siguy suivrait le chemin ouvert par la SA HLM en 2009. Avant la fin de cette année-là, le gouvernement avait décidé de mettre un terme à la gabegie constatée au sein de la société immobilière : impayés, contentieux et dépenses abusives. Devant ce spectacle, l'État a décidé de procéder à la liquidation de la SA HLM après avoir nommé un administrateur provisoire. Il s'agissait d'Alain Le Corre. Il a été nommé directeur général par intérim de la Siguy à la fin de l'année dernière.
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