L'an dernier, avec une mauvaise saison sèche, 72 000 m3 de bois sont sortis de forêt. Quelles sont les perspectives cette année ?
C'est la même. L'amont est toujours soumis à la saisonnalité. Cette année, la saison sèche a commencé début septembre, mais on ne sait pas si les forestiers auront le temps de sortir assez de bois. C'est tous les ans le même problème. Il faudrait au moins de quoi tenir pendant huit mois, c'est-à-dire 40 000 m3, dont les 10 000 m3 exploités en régie par l'ONF. Cela reste un volume modeste. Dans les Vosges, une scierie moyenne sort 30 000 m3 par an. Environ 80% de vos débouchés proviennent de la construction et du bâtiment. Ressentez-vous les effets de la crise du BTP ?
Non. Depuis longtemps, le BTP s'est orienté vers le résineux pour la construction de logements sociaux. Les perspectives de vente sont stables. Il y a encore de la demande pour les villas individuelles, mais on ne voit pas non plus d'amélioration. Il faut savoir rester à l'échelle de la Guyane. L'importation de résineux vous pose-t-elle problème ?
Elle compense un peu le manque de gonfolo. Elle compense en volume, mais pas en qualité. Nous n'arrivons pas à concurrencer les importations de sapin. Le résineux coûte 30% moins cher que le gonfolo. Il est plus facile à travailler, c'est donc autant de coût de main-d'oeuvre en moins. Le sapin importé n'est-il pas soumis à l'octroi de mer ?
Non, parce qu'il est transformé localement. Mais en pratique, il est déjà travaillé avant d'arriver. Vous avez commandé une étude sur l'utilisation de l'angélique dans la construction de logements sociaux. Cela peut-il être un débouché ?
Nous sommes dans des zones où il y a de l'angélique. Le but est donc de fournir des pièces en angélique dans le logement social. Cela permettrait d'écouler les parties aubieuses (partie du bois la plus tendre, située sous l'écorce) des scieries. Cela nous permettrait aussi d'avoir une visibilité sur l'avenir et de faire du préstockage. Actuellement, nous ne savons pas quoi scier, car nous ne savons pas ce que sera la demande. On est censé faire 3 000 logements sociaux. Nous avons demandé les débits, les sections de bois nécessaires, afin de prédécouper. Nous n'avons jamais reçu de réponse. L'étude estime le surcoût à 8% ...
Il faut que l'on essaie de faire quelques bâtiments, pour voir si c'est valable. Mais il faut que les bétonneurs soient volontaires, qu'un projet pilote sorte de terre. Le surcoût de 8% concerne l'ensemble du chantier. Normalement, on peut les résorber, notamment sur la partie administrative puisque nous proposerons des produits standards, que les bureaux de contrôle connaîtront déjà. Le 26 septembre, vous avez présenté les conclusions de l'étude et organisé la Nuit du bois, avec environ 200 partenaires. Il n'y avait qu'un aménageur - l'Épag - qu'un maire - celui de Montsinéry - et aucun président de collectivité. Les pouvoirs publics vous soutiennent-ils ?
En théorie, ils essaient. On veut faire la Maison du bois et de la forêt, mais on nous mène en bateau. On ne sait pas non plus si l'Europe continuera de financer les pistes qu'aménage l'ONF (dans le cadre du programme opérationnel 2014-2020, actuellement en discussion, l'Europe exige des financements locaux qui demeurent incertains, ndlr). Y a-t-il des perspectives de développement pour la filière bois en Guyane ?
Ce qui devrait booster les scieries, c'est la biomasse, qui demande de gros volumes. Mais tous les projets ne verront pas le jour. Pour que ça aille mieux, il faudrait un vrai accès à la matière première et aux essences voulues : de l'angélique, du gonfolo, de l'ébène verte et des bois de couleurs. Les certifications CE et PEFC ont-elles amélioré les choses ?
Cela valorise l'image, mais ces normes n'ont aucune rentabilité économique. Il y a du bois qui rentre du Suriname, sans normes ni octroi de mer. EN CHIFFRES
70 000 m3
Récolte moyenne annuelle de grumes en forêt. L'angélique représente 60% de la matière. À la sortie des scieries, il reste environ 30 000 m3 de produit, dont 10% sont exportés.
900 emplois
Nombre d'emplois liés à la filière bois en Guyane, pour 70 à 80 millions d'euros de chiffre d'affaires. L'ONF emploie 80 personnes, les exploitants forestiers une centaine, les scieries environ 200. Le département compte environ 500 charpentiers, menuisiers et artisans. Le dernier secteur est la biomasse, avec Voltalia, onze salariés, qui exploite l'usine de Kourou.
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