Économie Outre-mer : la banque centrale prévoit encore des « dégradations »
Confrontés à une inflation pénalisante, les territoires ultramarins doivent composer avec une consommation en baisse et des investissements insuffisants. L'Institut d'émission d'Outre-mer (Iedom), filiale de la Banque de France, diagnostique « une fragilisation des entreprises » et craint « un recul de l'activité » dans certains territoires et notamment en Guyane.
La Guyane devrait-elle se réjouir d'avoir échappé à une crise économique majeure ? Le territoire peut au moins se féliciter d'avoir « évité une spirale inflationniste » selon l'Institut d'émission Outre-mer (Ieom). Malgré des indicateurs qu'il décrit lui-même comme « dégradés », le p-d-g de l'Institut d'émission d'Outre-mer (Iedom) veut à tout prix éviter « l'alarmisme ». Selon Yvan Odonnat, « l'inflation reflue, elle a été réduite de moitié. Nous n'avons pas eu d'effondrement de la consommation. Le but premier de notre politique monétaire est de contenir l'inflation : c'est ce que nous avons réussi à faire. »
« Pas d'effondrement », mais une baisse sensible de la consommation : l'indice d'évolution des paiements par carte bleue (CB) est en recul de plus de 2% depuis le début de l'année, à l'échelle de tous les territoires ultramarins. Et l'inflation alimentaire ne connait, elle, aucun répit, elle atteint 10%.
Dans son rapport annuel, rendu public hier mercredi lors d'une conférence de presse à Paris, on peut lire que les défaillances d'entreprises sont « en nette hausse ». Dans le même temps, le « climat des affaires » s'est dégradé et « le taux de chômage reste élevé ». Selon l'Institut, qui joue le rôle de banque centrale des territoires de l'Outre-mer français, la perspective est celle d'une « fragilisation des entreprises et d'un recul de l'activité dans certains territoires ».
"Dépendance de l'économie aux évolutions du secteur spatial"
Pour compléter ce tableau peu réjouissant, « les effectifs salariés de la construction et du commerce ralentissent ». En Guyane, ces deux importants secteurs d'activité perdent même des emplois. Contrairement aux autres collectivités du bassin antillo-guyanais, les effectifs de l'emploi salarié dans son ensemble y sont en baisse. En cause, « la dépendance de l'économie aux évolutions du secteur spatial », déplore Yvan Odonnat.
Les facteurs conjoncturels et les crises successives du Covid et de la hausse du coût des matières premières, ne sont pas pour autant à négliger. Le prochain sujet de la banque centrale est de relancer une économie guyanaise en fort déficit d'investissements. « Depuis déjà quelques mois déjà, nous avons stabilisé le niveau des taux d'intérêt, poursuit Yvan Odonnat. Même si je formule des propositions, je ne suis pas décisionnaire en la matière : un premier paramètre à considérer, c'est ce que la Banque centrale européenne (BCE) pourra décider en matière d'inflexion des taux d’intérêt. Les marchés anticipent une baisse de ces taux à l'horizon de juin 2024. »
Amélioration des délais de paiement des collectivités locales, innovation sur la transition énergétique, meilleure intégration régionale, les remèdes que suggère l'Iedom à ces économies ultramarines sinistrées sont connus de longue date. Le chemin à parcourir paraît encore long : selon les indicateurs compilés dans ce dernier rapport, moins de 10% des fournisseurs des entreprises Guyane se trouvent dans le bassin régional. 60% d'entre eux sont dans l'Hexagone.

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