Le site de Dorlin, un des plus prisés par les orpailleurs légaux comme illégaux, est depuis 2012 exploité par la société Auplata (ASM)
À peine arrivée sur place, la délégation a eu droit à un topo complet sur les opérations menées par l'armée dans un rayon de 20 km autour de Dorlin. (ASM)
(ASM)
(Arnaud Saint-Maxent)
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Mercredi, le préfet s'est rendu à Dorlin à la tête d'une délégation d'officiels à la rencontre de l'opérateur Auplata, sur place depuis 2012, et des forces armées réinstallées récemment.
Le timing est serré et, sans se faire au pas de course, la visite respecte les séquences au pied de la lettre avec une discipline quasimilitaire. D'ailleurs, si le site de Dorlin est occupé par la société minière Auplata depuis 2012, la présence de l'armée est de nouveau bien visible depuis peu. Un poste opérationnel y a été réinstallé le 16 septembre dernier, sorte de camp de base permettant de lancer des opérations sur un rayon d'une vingtaine de kilomètres. Une quinzaine de militaires y sont installés, actuellement soutenus par trois gendarmes. Les équipes restent sur place durant un mois avant d'être relayées. « Mais on peut monter brusquement à quarante ou cinquante hommes s'il s'agit de réaliser des opérations dans un rayon d'action de plusieurs dizaines de kilomètres et les résultats sont probants » , affirme le préfet Éric Spitz. Le chef de bataillon Dubois, du 9e Rima, insiste quant à lui sur la réactivité avec laquelle l'armée a réinvesti le site : « La décision a été prise le 10 septembre, le 16 nous étions sur place avec une opération héliportée qui comprenait 45 militaires et gendarmes. En moins d'un mois, nous avions éradiqué toute trace de garimpeiros. »
UN SITE EMBLÉMATIQUE
Composée de représentants de la gendarmerie, de l'armée, du Parc amazonien, de l'ONF et du Medef, la délégation ne visite pas le site de Dorlin par hasard. Situé à mi-chemin entre les bourgs de Maripasoula et Saül, isolé en pleine forêt, le lieu est emblématique de la lutte contre l'orpaillage illégal, avec ses succès et ses échecs. C'est dans la région qu'en 2012 deux militaires avaient trouvé la mort lors d'un échange de coups de feu avec la tristement célèbre bande de Manoelzinho. Une opération Harpie avait alors « nettoyé » le site occupé par les garimpeiros. Depuis, l'État a lancé une grande opération de réinstallation des opérateurs légaux sur les sites illégaux évacués. Et c'est dans ce cadre que la société Auplata a repris possession de Dorlin (lire ci-dessous). C'est d'ailleurs elle qui y construit actuellement des carbets destinés à loger les militaires en mission.
DES OPÉRATIONS « INVISIBLES »
La visite de mercredi n'est donc pas une simple visite de courtoisie mais a deux objectifs bien précis. « Cela nous sert à constater les progrès sur le terrain, explique le préfet, et savoir aussi si les adaptations du dispositif qu'on a mises en oeuvre sont efficaces. » Voilà pour le premier objectif. Le second tient plus de la communication. « La difficulté des grosses opérations dans les grands sites d'orpaillage, c'est qu'elles sont strictement invisibles par la population. C'est une réelle difficulté. C'est aussi pour cela que j'ai invité le président du Medef, pour qu'il puisse se rendre compte de ce qu'on fait sur le terrain. » Au final, la délégation sera restée un peu moins de deux heures sur place. Au retour, un survol permet de constater que les environs semblent en effet désertés pas les garimpeiros. De l'autre côté de la montagne Nivré, les traces de l'ancien site illégal s'estompent peu à peu. La nature reprend ses droits.
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À peine arrivée sur place, la délégation a eu droit à un topo complet sur les opérations menées par l'armée dans un rayon de 20 km autour de Dorlin. (ASM)
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Nivré, la montagne devenue « gruyère »
Vingt-cinq personnes travaillent actuellement pour Auplata sur le site de Dorlin. Pour le directeur général de la société minière, Didier Tamagno, la priorité est de réaliser un état des lieux.
Auplata et Dorlin, c'est une longue histoire...
Oui, Auplata s'était installé dès 2008 sur ce site qui représente des réserves importantes en or. Nous avions dû quitter la région avec précipitation puisque l'usine montée à l'époque avait été attaquée. Malgré l'obtention d'un permis d'exploitation en juillet 2010, nous n'étions plus revenus compte tenu de la présence massive de travailleurs clandestins. C'est l'opération Harpie de 2012 qui a nettoyé la région et nous a permis de redémarrer dans des conditions de sécurité satisfaisantes.
Où en est-on aujourd'hui de cette réinstallation ?
Nous sommes en train de réévaluer l'ensemble des ressources géologiques et nous étudions le mal qui a été fait par les clandestins pour être sûrs que notre exploitation, qui est toujours une exploitation primaire, puisse se dérouler dans de bonnes conditions. Dans l'attente, nous occupons le terrain avec des chantiers alluvionnaires pour lesquels nous employons des travailleurs en régie.
Concrètement, vous êtes en train de voir si vous exploiterez le site de la montagne Nivré, le site « d'origine » , ou si vous vous tournerez vers un autre site tout proche, celui de la crique Frère ?
Tout à fait. Le potentiel de Nivré est très bien connu. Les secteurs de Frère le sont un peu moins, donc c'est là que nous concentrons nos efforts de recherche afin de pouvoir mettre en place notre usine de gravimétrie au bon endroit et démarrer dans des conditions économiquement satisfaisantes. Nous prenons toutes les précautions parce que la logistique, sur Dorlin, est quelque chose de très coûteux et difficile, nous n'avons pas le droit à l'erreur.
Le problème de Nivré, c'est que le site est devenu un véritable gruyère...
C'est ce qui nous effraie un peu. On pense que la ressource n'a pas été vraiment entamée, mais c'est la façon dont elle a été travaillée qui nous perturbe. Les clandestins y ont creusé d'innombrables tunnels. Nous voulons être absolument sûrs de la topographie avant de pouvoir envoyer des engins avec des hommes sur cette montagne.
Propos recueillis par A.S.-M.
Les légaux retrouvent leur place
Lancée en 2012, l'opération qui consiste à réimplanter des opérateurs miniers sur les sites occupés par les clandestins et évacués dans le cadre des opérations Harpie commence à porter ses fruits. Selon le préfet, sept opérateurs sont désormais installés ou en cours d'installation sur différents sites. Parmi les gros opérateurs, Auplata a pu ainsi réinvestir le site de Dorlin.
REPÈRES - Dorlin en quelques dates
1975-89 : Recherches du BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) sur les ressources du sous-sol.
1994-98 : Début de l'activité minière. Deux sociétés s'installent sur place.
Début des années 2000 : Forte augmentation du nombre de garimpeiros dans le secteur. Lancement des opérations Anaconda.
2008 : La société Auplata s'implante une première fois sur place. Elle quitte les lieux suite à l'attaque de son usine.
2010 : Auplata obtient un nouveau permis d'exploitation mais ne se réimplante pas sur place en raison de la forte présence de garimpeiros.
2011 : Entre 1 000 et 1 500 clandestins sont recensés sur le secteur. Lancement des opérations Harpie.
Juin 2012 : Affaire Manoel-zinho. Deux militaires sont tués et quatre gendarmes blessés lors d'une opération Harpie.
Juillet 2012 : L'État décide « la reconquête » du site en y implantant un poste militaire avancé.
Août 2012 : La zone est désertée par les garimpeiros. Auplata se réimplante sur le site.
Février 2014 : Démantèlement du poste opérationnel. Plusieurs chantiers artisanaux illégaux se réimplantent.
Début septembre 2014 : Plusieurs centaiWnes de garimpeiros sont recensés dans la région.
16 septembre 2014 : Mise en place du nouveau poste opérationnel.
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Le site de Dorlin, un des plus prisés par les orpailleurs légaux comme illégaux, est depuis 2012 exploité par la société Auplata (ASM)
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(Arnaud Saint-Maxent)
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