Burn-out, dépression au travail : « Cela n'arrive pas qu'aux autres ! »
Romuald a connu deux épisodes de dépression et de burn-out au travail, à quelques années d'intervalle. Aujourd'hui, il témoigne pour alerter sur cette souffrance invisible mais ravageuse.
«J'en ai eu deux. Cela n'arrive pas qu'aux autres, on se dit toujours que l'on est plus fort que ça, et que cela ne peut pas nous arriver ! », s'exclame Romuald*. Il raconte qu'il était cadre, qu'il aimait sa fonction, qu'il accomplissait ses missions avec plaisir, qu'il était heureux d'aller travailler. Mais son environnement de travail est « problématique ». Alors, il fait une première dépression. « J'avais cette boule au ventre, je n'avais pas envie d'aller travailler, cela n'allait pas, je déprimais, je souffrais d'un grand stress. J'ai eu des plaques qui sont sorties sur mon corps », décrit-il. Il tente de parler à son manager qui n'écoute pas, ne fait pas remonter ses remarques et doléances.
« Mon corps m'a dit " Stop ! " »
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, quelques années plus tard, Romuald fait un sérieux burn-out. Il se souvient très bien du jour où il s'est rendu compte de son état : « J'étais assis devant mon ordinateur, j'avais des e-mails à envoyer, et je restais devant l'ordi et je n'y arrivais pas... Je n'avais plus qu'à appuyer sur " Envoyer à " et j'étais bloqué. Cela m'était impossible, j'étais dans l'incapacité, physiquement, d'envoyer ce simple e-mail. Je ne comprenais pas ce qui se passait. Et puis, au bout d'un moment, je n'ai même plus su comment me lever de ma chaise... » Romuald se retrouve chez son médecin qui lui annonce qu'il souffre de burn-out. Il est arrêté six semaines. « Mon corps m'a dit " Stop! " , il m'a dit " Je ne comprends pas pourquoi tu me fais souffrir autant ". » Il mettra beaucoup de temps à se remettre de tout cela et finira par changer d'employeur.
Romuald n'a pas vu, n'a pas compris les signaux que son corps lui envoyait, les symptômes d'une dépression en train de s'installer.
« Les salariés heureux travaillent beaucoup mieux »
« Le simple fait de traîner les pieds pour aller au travail est déjà un signe. Et aussi le fait de partir le soir, non de façon sereine mais en mode " cela me pèse ". Le fait de se réveiller la nuit et de penser au travail, le fait de ne pas se sentir à sa place ou de ne pas avoir l'impression que son poste est utile. Le fait de ne pas réaliser les tâches pour lesquelles on a été embauché », détaille-t-il. Lui, toutes les nuits, il se réveillait entre 2 et 4 heures du matin et pensait au travail, à ses problèmes avec sa hiérarchie. Pour Romuald, qui a pris le temps d'analyser la situation et d'échanger avec des professionnels et d'autres salariés, les causes de cette souffrance au travail sont claires. « Cela arrive tout simplement lorsque le manager ne te donne pas d'objectif clair mais énormément de tâches à accomplir. Toi, tu exécutes, tu exécutes, tu accumules jusqu'à l'épuisement. » Il insiste, un objectif doit être clair, mesurable dans le temps et pas interprétable. Parmi les causes de cette souffrance invisible mais ravageuse, il pointe aussi le manque de considération et l'injustice. « Je travaillais beaucoup, je sortais tard le soir sans savoir si j'allais avoir une gratification. Mais quand il y avait un problème ou que j'avais quelques minutes de retard le matin, on me menaçait de sanctions. L'entreprise doit avoir de la considération pour les gens qui portent le bateau. Les salariés heureux travaillent beaucoup mieux. »
* Le prénom a été modifié
Le burn-out
Selon la Haute Autorité de santé, « le burn-out - ou syndrome d'épuisement professionnel - désigne un état d'épuisement physique, émotionnel et mental qui résulte d'un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes sur le plan émotionnel ». Il se caractérise par un processus de dégradation du rapport subjectif au travail. Concrètement, face à des situations de stress professionnel chronique, la personne en burn-out ne parvient plus à faire face.

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