Les responsables de Straatsolie, dont son directeur, ont visité la raffinerie mercredi matin. (LA)
La société surinamaise Straatsolie affirme qu'elle pourra, dès la fin de cette année, produire du carburant aux normes européennes. Et s'intéresse aussi par conséquent, au marché guyanais. Mais de là à remplir les réservoirs, il y a plus d'un pas à franchir.
De l'essence du Suriname dans les voitures guyanaises. Cela ne date pas d'hier. Depuis longtemps, les habitants de l'Ouest ont multiplié les sources d'approvisionnement. Mais est-il possible d'imaginer un approvisionnement à plus grande échelle ? La réponse est loin d'être très simple. Straatsolie, la société pétrolière du Suriname, lorgne sur le marché guyanais grâce à sa nouvelle raffinerie qui sera en état de produire dès la fin de cette année. Jusqu'à présent, le Suriname faisait raffiner son pétrole à Trinidad et ne pouvait pas satisfaire aux normes européennes exigées chez nous.
Pour Joëlle Prévôt-Madère, conseillère économique, sociale et environnementale (Cese) qui a longtemps travaillé sur la question des carburants, la possibilité de s'approvisionner au Suriname comme ailleurs existe. Mais elle s'accompagne de plusieurs obligations dont la première serait de créer une Société d'économie mixte (Sem), gérée par une ou des collectivités mais aussi des privés. Et elle aura surtout la charge de stocker le carburant vendu sur le territoire. « On pourra ainsi stocker le produit d'où qu'il vienne » , explique-t-elle. Cette Sem pourra ainsi acheter des produits pétroliers au Suriname ou ailleurs. « Et le carburant aux normes, ça nous coûtera moins cher qu'aujourd'hui » , glisse Joëlle Prévôt-Madère. Elle prévient toutefois que la décision finale de s'approvisionner ailleurs appartient à l'État, qui devra s'assurer de la « régularité et de la sécurité » de cette nouvelle source. Ce n'est pas l'unique obstacle...
LE HIC : L'ÉTAT EST ACTIONNAIRE
Pour la conseillère économique et sociale, il y a une « volonté manifeste de l'État de maintenir la Sara » . L'État, et ce n'est un secret pour personne, est actionnaire de la société de raffinage. Avant 2007 et les problèmes de carburant aux normes, la Sara n'approvisionnait pas la Guyane, son rôle se limitait à gérer les stocks pour les pétroliers. Mais au cours de ces dernières années, la société a certainement su apprécier les potentiels du département. Du coup, le retrait de la Guyane de son giron fera chuter drastiquement ses bénéfices. La Sara n'a donc aucun intérêt à laisser la Guyane lui échapper. « Aucun gouvernement n'a fait de demande pour l'adaptation des normes » , reprend Joëlle Prévôt-Madère, qui rappelle que l'Europe peut accepter l'utilisation de carburants pas aux normes. La demande de Marie-Luce Penchard, ancien ministre des Outre-mer n'est jamais parvenue jusqu'à Bruxelles alors que Saint-Martin a demandé et obtenu cette dérogation. La conseillère économique et sociale regrette que l'article L-349 du Traité de fonctionnement de l'Union européenne (qui prévoit la mise en place de dispositif propre aux régions ultrapériphériques) n'ait pas été utilisé dans le dossier carburant. C'est à croire que personne ne souhaite que la Guyane s'approvisionne ailleurs, aux normes européennes ou pas. Personne, surtout pas les Martiniquais, qui bénéficient du millier d'emplois offerts par la Sara. Si la Guyane obtenait un billet de sortie, la Guadeloupe pourrait s'empresser de lui emboîter le pas. La Sara n'aura lors plus de raison d'être...
LE CHIFFRE : 15 000
15 000 barils par jour, c'est la capacité de la future usine de la Straatsolie actuellement en construction. Ce volume sera supérieur au besoin du marché domestique, ce qui laisse de la place à l'exportation. « Nous savons que la Guyane a besoin de carburant aux normes, ce que les raffineries de la région ne peuvent fournir pour le moment. Nous le ferons. Et s'ils veulent, ils peuvent acheter notre carburant » , a expliqué mercredi Marc Waaldijk, directeur général de Straatsolie. Il vise également le marché martiniquais et guadeloupéen.
La conseillère dit ne pas avoir été surprise par les propos de Christophe de Margerie lors de son audition devant les députés. Pas surprise certes mais elle considère que le président-directeur général de la société Total a été « provocateur » . La conseillère économique et social estime que la baisse de la marge, qu'il dit être prêt à consentir, a comme contre-partie les permis d'exploration en cours d'étude. « On vend la Guyane pour obtenir cette baisse » , peste Joëlle Prévôt-Madère, choquée. Ces permis, poursuit-elle, couvrent la « totalité de la façade maritime de la Guyane » . Et couvrent aussi les zones de pêche, regrette-t-elle, prévoyant même des incidences sur l'activité spatiale, voire sa disparition. « L'or noir doit-il remplacer tous les autres secteurs d'activité économique de la Guyane ? » , questionne-t-elle.
(DR)
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