"Kouté vwa" : Maxime Jean-Baptiste explore la mémoire et l'oralité guyanaise dans un premier long-métrage poignant
Inspiré par le meurtre tragique de son cousin Lucas Diomar en 2012, Maxime Jean-Baptiste signe Kouté vwa, une œuvre hybride entre fiction et documentaire. À travers le parcours de Melrick, un adolescent confronté au deuil familial, le film plonge dans les mémoires blessées de la Guyane, tout en célébrant la puissance de l'oralité et du tambour.
Le film s'ouvre sur des archives télévisées du meurtre de Lucas Diomar en 2012, un règlement de comptes entre jeunes réduit à un fait divers. Mais Kouté vwa choisit de tourner le dos au sensationnalisme pour suivre Melrick, 13 ans. Ce Parisien découvre lors d'un été chez sa grand-mère Nicole l'héritage de son oncle disparu, notamment à travers la pratique du tambour. Sélectionné dans des festivals prestigieux comme Locarno et Rotterdam, ce long-métrage soulève des questions universelles sur la transmission et l'identité. Le point de départ de Kouté vwa est profondément ancré dans le vécu de Maxime Jean-Baptiste. Le réalisateur, issu de la diaspora guyanaise, revient sur le meurtre de son cousin Lucas Diomar, un événement qui a marqué la Guyane en 2012.
Initialement envisagé comme un documentaire, le projet a évolué vers la fiction pour créer une distance nécessaire avec cette histoire douloureuse. "Nous voulions conserver un regard intimiste tout en permettant aux personnages de s'exprimer librement", explique-t-il.
Fiction ou documentaire ? Un choix artistique assumé
Le passage à la fiction s'est imposé comme une évidence pour Maxime Jean-Baptiste et sa sœur Audrey, co-autrice du film. "La tragédie prenait une dimension plus forte dans un cadre narratif", confie-t-il. Les personnages, interprétés par des proches comme Nicole Diomar (la tante du réalisateur) ou Yannick Cébret (un ami de Lucas), jouent leur propre rôle avec une liberté remarquable. Sans dialogues scriptés, le film repose sur l'improvisation et la gestuelle, renforçant son authenticité. Une scène clé montre Nicole confrontée à l'un des meurtriers de son fils, un moment d'une intensité rare, tiré de la réalité mais retravaillé pour la fiction.
L'oralité et le son au cœur du récit
La question de l'écoute est centrale dans l'œuvre de Maxime Jean-Baptiste, comme en témoignent les titres de ses films (Écoutez le battement de nos images, Kouté vwa – "Écoute les voix"). "Le cinéma est un espace où l'on peut enfin entendre", souligne-t-il. En Guyane, où la transmission orale est primordiale, le tambour incarne cette tradition. Pour Melrick, il devient un moyen de renouer avec ses racines. La bande-son, mêlant compositions originales et musiques de Floating Points ou Pharoah Sanders, amplifie l'immersion.
Une Guyane plurielle, loin des clichés médiatiques
Kouté vwa évite les écueils d'une représentation misérabiliste de la Guyane. " Les medias veulent faire croire qu'il n'y a que de la violence là-bas, mais s'il n'y avait que ça, tout le monde s'entretuerait. Il y a aussi de la vie ! ", insiste Jean-Baptiste. Les adolescents du film, filmés avec une grande sensibilité, expriment leur rapport au monde sans victimisation. Pourtant, le réalisateur nuance : "Ça parle d'une Guyane, mais pas de toute la Guyane. La Guyane est multiple et complexe, il y a tellement de territoires qui ont leur propre realite, et je revendique aussi le fait que j'ai grandi en France. Je me sens Guyanais, mais pas totalement en même temps". Une démarche revendiquée pour un cinéma qui refuse les cases.
Un parcours festivalier remarqué
Produit entre la Belgique et la France, Kouté vwa a séduit les festivals internationaux, décrochant des mentions spéciales à Locarno et Rotterdam. Maxime Jean-Baptiste, déjà primé pour ses courts-métrages, confirme son talent avec ce premier long-métrage. Soutenu par des institutions comme la Région Guyane ou le New Dawn Fund, le film incarne aussi une nouvelle génération de cinéastes diasporiques, capables de mêler héritage culturel et langage cinématographique innovant.
Avec Kouté vwa, Maxime Jean-Baptiste offre bien plus qu'un récit de deuil : une méditation vibrante sur la mémoire, portée par les rythmes du tambour et les silences éloquents de ses personnages. Une œuvre nécessaire, à l'intersection du personnel et de l'universel, qui résonne bien au-delà des frontières guyanaises. Reste une question lancinante : quelles voix écoute-t-on vraiment dans Kouté vwa ? Celles des disparus, des vivants, ou cette Guyane intérieure que le réalisateur, comme son jeune héros, continue de découvrir à travers son art ?

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