Dix ans de Danses métisses
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Dix ans de Danses métisses

R.F.
C'est sur un live de Régine Lapassion et Clara Nugent que Cyrielle et Ronny dansent en duo (RF & DR)
C'est sur un live de Régine Lapassion et Clara Nugent que Cyrielle et Ronny dansent en duo (RF & DR)

Le festival Danses métisses, qui démarre aujourd'hui, célèbre sa 10e édition. Un festival qui au fil du temps a pris du poids et voit danser désormais sur sa scène l'un des plus grands noms de la danse internationale : Carolyn Carlson.

Afrique du Sud, Algérie, Brésil, États-Unis, France, Guyane, Italie, Madagascar, Martinique... près d'une quinzaine de compagnies internationales et pas loin de 45 artistes assureront spectacles, stages et initiations jusqu'au 30 novembre, pour la 10e rencontre de Danses métisses.
Parmi cette pléiade de professionnels, de jeunes talents se dévoilent... Cette année, Norma Claire a donné sa chance à Cyrielle Vie, 18 ans, et Ronny Roberts, 26 ans. La première, qui a commencé la danse à l'âge de 6 ans à l'Adaclam, concilie depuis trois ans danse et études à Genève (Suisse), suivant une formation pré-professionnelle. Ronny, de son côté, s'épanouit à Paris, à l'AID (Académie internationale de danse). « La danse je l'ai commencée à 20 ans, dans ma chambre devant YouTube. » Et puis, par le biais d'amis, le jeune homme découvre l'Adaclam, gagne le concours régional et s'envole pour l'Hexagone.
Tous deux ont quitté leur nouvelle ville d'adoption, le temps du festival, pour danser devant la Guyane, sur une chorégraphie contemporaine de Norma Claire. « Une chance, reconnaît Cyrielle, c'est un événement conséquent en Guyane. »
- Le programme complet sur compagnienormaclaire. com ou au jour le jour dans notre agenda, page Sortir.
- Tout est gratuit, sauf les spectacles qui ont lieu à l'Encre (5 et 10 euros ou 25 euros pour le pass 3 jours, en prévente) et au théâtre de Macouria (5 et 10 euros, en prévente). Et 5 euros pour les masterclass.
Contacts : 05 94 28 25 93, 06 94 20 36 73 ou antipodes.guyane@gmail.com.
Water Lady foule la scène de l'Encre
Le festival accueille cette année l'Américaine Carolyn Carlson, figure emblématique de la danse contemporaine mondiale, aujourd'hui directrice du Centre chorégraphique national de Roubaix. Immersion, c'est le solo que présente l'artiste vendredi prochain. À 71 ans, « elle incarne le geste pur et unique comme une émanation du mouvement aquatique » . Le lendemain, elle animera une conférence et une masterclass.
( RF & DR)
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Danse avec une pelleteuse...
Ça sera la grande curiosité de cette édition. Sur le parking de Family plaza (Matour y) ce samedi, Thomas Lebrun et Cristina Santicci dansent en improvisation, sur, et autour, d'une pelleteuse mécanique. « Moi aussi ça m'intrigue, confie Thomas Lebrun avec humour. Le souci c'est que j'ai le vertige (un danseur grimpe sur plus 5 mètres de haut, ndlr) donc c'est surtout Cristina qui va grimper. » Le chorégraphe et danseur explique : « C'est Dominique Boivin qui a créé ce spectacle qui marche beaucoup et qui fait le tour du monde depuis huit ans mais il n'a pas pu venir alors on essaie de reprendre l'idée de ce rapport à la machine. »
( RF & DR)
(PHOTO : RONAN LIETAR)
Ils ont fait le choix de revenir au péyi
Steve et Yohan en répétition. Les danseurs, de retour en Guyane, sont en spectacle vendredi à l'Encre. (RF & DR)
Steve et Yohan en répétition. Les danseurs, de retour en Guyane, sont en spectacle vendredi à l'Encre. (RF & DR)
C'est l'un des chevaux de bataille de Norma Claire. « L'idée que les jeunes talents ne reviennent pas en Guyane commence à changer » , affirme-t-elle. « La Guyane mute et ceux qui se disent Je peux prendre ma place sont de plus en plus nombreux. Et je pense que c'est aussi le festival qui favorise ça. »
Des exemples des propos de la chorégraphe et professeur de danse existent. Ils pourraient s'appeler Steve Guimaraes (41 ans) ou encore Yohan Faubert (32 ans)... Deux Guyanais, qui après des années passées dans l'Hexagone, ont décidé de rentrer en Guyane pour « transmettre tout ce qu'(on) a appris » .
Yohan, lui, a essentiellement travaillé son talent sur les scènes d'Orléans. Entre les planches du cirque, du théâtre, des sports urbains... il a dansé et aussi formé des professeurs. Aujourd'hui, il enseigne dans son école de Montjoly, Abondance, le hip-hop et bientôt les claquettes. « J'ai participé à l'une des premières éditions de Danses métisses en 2003. Ça m'avait permis à l'époque de danser pour le festival d'Avignon. »
Steve, pour sa part, a fait ses débuts à l'incontournable Adaclam, jusqu'à ce qu'un concours national de danse l'emporte à Montpellier à l'âge de 21 ans, puis à Paris où il participe à de nombreuses scènes, parmi lesquelles celle de la comédie musicale Roméo et Juliette. Professeur, il enseigne le modern jazz depuis six mois, là il a débuté : l'Adaclam. « La boucle est bouclée, sourit-il. Je pense que j'ai aussi voulu contredire ceux qui disent que les Guyanais ne reviennent jamais. »
Sous la direction de Thomas Lebrun, directeur du Centre chorégraphique national de Tours et pour la première fois en Guyane, ils ouvrent le bal des soirées de spectacles vendredi prochain, à l'Encre. Sur une petite pile de CV envoyés par Norma Claire, ce sont ces deux-là qu'a choisi Thomas Lebrun pour assurer une représentation d'une vingtaine de minutes. C'est au rythme quotidien de 9-13 heures que les danseurs répètent depuis une semaine sous le regard averti du chorégraphe.
R.F.
3 QUESTIONS À ...Norma Claire, chorégraphe, professeur, à l'origine du festival : « Créer cette identité guyanaise moderne »
(RF & DR)
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Lorsque vous vous replongez dix ans en arrière, quelle(s) évolution(s) observez-vous ?
Il y a dix ans, on était sur un festival de deux jours, beaucoup moins professionnel et beaucoup plus tourné vers les autres Dom et l'Afrique. L'évolution est énorme mais toujours dans la continuité de la démarche que j'ai voulu créer : ma bataille, la qualité, la pro-fes-sion-na-li-sa-tion. Avec le temps, on a réussi aussi à faire comprendre que c'est par l'écriture chorégraphique qu'on crée cette identité guyanaise moderne qui parle de sa créolité - je dis bien moderne, car l'identité traditionnelle est déjà bien existante. C'est s'interroger sur comment on passe le cap de la modernité sans se faire écraser par d'autres cultures. Le festival commence à prendre sa place : les compagnies professionnelles nous sollicitent maintenant pour y participer.
Comment est-ce qu'on parvient à faire venir une figure comme Carolyn Carlson ?
Justement, faire venir Carolyn Carlson, c'est un signe évident de l'ampleur qu'a pris le festival. C'est une grande dame de la danse (lire ci-dessus, ndlr). Ça a été trois ans d'approche. En 2012, on a d'abord accueilli des danseurs de sa compagnie, comme Cristina Santicci, qui lui ont donné un retour très positif.
Vous êtes présents cette année dans cinq communes. Pourquoi le festival n'atteint aussi les sites isolés ?
C'est malheureusement l'éternelle problématique du pays. C'est très difficile d'amener le festival (et surtout des professionnels) là où il manque des structures. Avec le CDC (Centre de développement chorégraphique), on travaille à favoriser des rencontres dans les communes. Je pense à Saint-Laurent du Maroni par exemple. À Mana cette année, les jeunes ont la chance extraordinaire de suivre des stages avec Alex Benth, du collectif Jeux de jambes. Dans les années 80, il a été l'un des pionniers à Paris, dans le développement de la danse hip-hop. C'est une façon de montrer à notre jeunesse que les choses ne tombent pas du ciel.