[RÒT BÒ A] Benoît Léoté : le trop bon tromboniste
France-Antilles Téléchargez l'application France-Guyane Installer

La radio 100% Caraïbes
CARNAVAL RÒT BÒ A

[RÒT BÒ A] Benoît Léoté : le trop bon tromboniste

Stéphane FLORICIEN, à Paris

La caravane du carnaval guyanais à Paris est un petit village. Les orchestres se partagent certains musiciens pour leurs concerts. Au trombone, un seul nom résonne : Benoît Léoté.

« Des trombonistes qui maîtrisent la musique guyanaise ? Je suis le seul ici. En cas de besoin, c'est pour moi ! » résume Benoît Léoté, 39 ans, ni trop fier, ni trop modeste. « Il est trop bon, lui ! » est la phrase qui revient dans les dancings de Paris. « Cette musique-là, c'est à nous ! Même si je suis clair de peau, que je suis métissé, c'est un héritage qu'on a », insiste-t-il.

Né à Compiègne (60) d’un père guyanais et d’une mère picarde, Benoît Léoté grandit autour de Paris. Ado, il apprivoise les rythmes de la Guyane en y allant pour les congés bonifiés de son père, employé de mairie. Depuis 2011, il fait partie de l'orchestre de l'Association Musicale et Culturelle Dokonon, le groupe phare du carnaval guyanais en région parisienne.

 

 

Son trombone met tout le monde d'accord

« Au début, le fondateur de Dokonon, Martial Fontellio, n'était pas chaud. Je jouais à cette époque-là pour le groupe rival "Wassay". Il y avait des petites guéguerres autour de l'organisation des bals du samedi soir. » Grâce à sa façon de jouer, ces ponctuations de cuivre typiques en biguine et en mazurka, Benoît s'impose.

 

Quatorze ans plus tard, le climat s'est assaini entre les orchestres guyanais de l'Hexagone. Benoît Léoté est passé du paramédical à chauffeur de super-lourds (44 tonnes avec remorque). Il dirige la section cuivre du groupe et partage sa saison du carnaval entre Dokonon et New O'Dass. D'humeur égale, jovial en créole guyanais, il fait l'unanimité dans les coulisses. Il rencontre ici et là des amateurs de musique réticents à sa couleur de peau, mais, une fois sur scène, son trombone met tout le monde d'accord.

« Ce n'est pas une oreille qu'il a, c'est un radar ! »

Lors du week-end de fusion Dokonon / Pa Gain Nom à la mi-février, Benoît Léoté terminait ses trois heures sur scène avec Dokonon puis intégrait Pa Gain Nom pour trois heures de plus, jusqu'à 5 h 30 du matin. Sans répétition ni partition, à l'oreille. Les musiciens de Pa Gain Nom ne s'en étonnent plus. Orlane Jadfard l’invite chaque année à les rejoindre à Cayenne pour le carnaval, mais le tromboniste refuse, car Dokonon joue à Paris à cette période.

« Ce n'est pas une oreille qu'il a, c'est un radar ! » sourit Antony André, un des guitaristes de Dokonon, pas manchot lui non plus dans son domaine. « Je joue tous les morceaux au trombone sans partition. J'ai un répertoire entier dans la tête ! Le trombone, c'est comme le violon, il faut avoir une excellente oreille », explique Léoté. « Les notes ne viennent pas d'un jeu des doigts, mais du mariage entre l'inclinaison de la coulisse et le pincement des lèvres. C'est un instrument ingrat qui requiert beaucoup de travail personnel. »

Il bouge le bassin en rythme pendant son solo ou celui d'un autre musicien. La musique, il la respire. Il l’expire. Fort. Héritage de son père Gérard Léoté, tromboniste émérite du groupe carnavalesque francilien "Wassay" avec Franck Rosemain au tournant du siècle. « J'ai des photos à 1 ou 2 ans sur scène avec mon père. Jeune, j'étais souvent en répétition avec lui. »

 

« Le public vient danser sur de la bonne musique ! »

La musique lui est d'abord venue par les percussions. « Je voulais faire de la batterie, mais mon père m'a dit : "Non, tu feras du trombone !" Il m'a mis le trombone dans les mains et m'a inscrit au conservatoire. Il me répétait : "Le trombone ne t'aime pas, travaille ton son !" »

 

Le jeune Benoît y prend goût, met vite des noms sur les rythmes. Comme il est doué, les profs du conservatoire l’invitent à suivre des cours de jazz et de classique : une formation éclectique.

Aujourd'hui encore, les observateurs peuvent apercevoir Benoît Léoté avec le chacha ou le tibwa en main sur certains morceaux. « Si mon collègue est fatigué ou que ça manque sur un morceau, comme une épice dans le colombo, je prends le relais. C'est important parce que le public des bals parés masqués vient danser sur de la bonne musique ! »


« Mon groupe de cœur, c'est Dokonon. »

En fin de semaine, le routier passe d'une formation musicale à l'autre, de l'est au nord de la région parisienne. La musique est pour lui un autre travail dans lequel il s'investit : salsa, kompa, tout y passe. Mais seuls les orchestres qui travaillent aussi dur que lui peuvent espérer sa présence. « Mon groupe de cœur, c'est Dokonon », déclare-t-il. « Mais si on me demande, que c'est sérieux et que je peux, je viens. »

 

Infos pratiques

Samedi 22/02 : Bal paré masqué de Dokonon. After tanbou. Gratuit pour les Touloulous de 22 h 30 à 23 h 30. Royal Palace, 21 rue Nicolas Copernic, 93600 Aulnay-sous-Bois.
Tarifs : Touloulou 15 €. Civil 20 €. Location de tenues Touloulou sur place.
Infos dernier week-end :
Vendredi 28/02 : Soirée Tololo.
Samedi 01/03 : Soirée Touloulou.

 

Édition spéciale :
Rétro 2025

Revivez toute l'actualité marquante de la Martinique

Voir la boutique

Suivez l'info en temps réel
sur l'appli France-Guyane!

Télécharger