Quand les touloulou portaient des chaussettes à la place des gants
France-Antilles Téléchargez l'application France-Guyane Installer

La radio 100% Caraïbes

Quand les touloulou portaient des chaussettes à la place des gants

Pierre-Yves CARLIER
Début février, Marly a présenté des collections de robes de touloulou de toutes les époques, lors du Karnafolie de Rémire-Montjoly (PYC)
Début février, Marly a présenté des collections de robes de touloulou de toutes les époques, lors du Karnafolie de Rémire-Montjoly (PYC)

Ces quarante dernières années, les robes des bals paré-masqué ont beaucoup changé. Marie-Line Brachet-Cesto raconte cette évolution.

Sa première robe de touloulou, Marie-Line Brachet-Cesto s'en souvient bien : « On m'avait passé un costume de zombi bareyo. À l'époque (fin des années 1970, ndlr), les étudiants ont commencé à aller au bal paré-masqué. Une fois par an, quand ils rentraient de métropole, pour voir comment ça se passait. »
Celle que tout le monde appelle Marly en fait partie. Les vieux costumes de touloulou - les gol - ne sont pas à son goût. « Souvent, les touloulou portaient tous le même déguisement. Ils se rendaient à pied et en bande de vingt voire trente carnavaliers au Ti Balcon ou au Casino... » , raconte Aline Belfort, dans Du touloulou au tololo, paru cette année. « L'uniformité de la gol nous dérangeait » , poursuit MarieLine Brachet-Cesto. Elle installe des volants sur ses robes. Avec sa voisine, elle revend ses robes à d'autres touloulou, après les avoir portées une fois.
Initiée par sa mère à la couture, perfectionnée au lycée Marchoux puis dans l'Hexagone, elle apporte d'autres nouveautés : « J'ai commencé à couper la taille, mettre des volants et utiliser toutes les techniques de couture que j'avais apprises. » Dans le courant des années 1980, les robes de touloulou changent. « Marie-Line Brachet-Cesto, alias Marly, est à l'origine de cette profonde mutation » , estime Aline Belfort.
Les gants remplacent les chaussettes pour couvrir les mains. Sur les visages, les masques font leur (ré) apparition à la place des loups à bavette. Pour Marie-Line Brachet-Cesto, ces anciens accessoires étaient dictés par des problèmes économiques : « Jusqu'à l'arrivée des Libanais en Guyane, il n'y avait pas beaucoup de commerces de tissus. Il y avait encore moins d'accessoires. Les personnes qui faisaient touloulou étaient souvent de condition modeste. »
LE STYLE VÉNITIEN
Les masques - souvent en papier mâché au début du XXe siècle - font leur réapparition dans les années 1980. Le style vénitien s'impose. « J'avais visité quasiment tous les carnavals du monde, poursuit Marly. J'avais beaucoup appris à celui de Venise. Je me suis dit que ça ferait une jolie alternative au loup à bavette. » Elle fait venir ses premiers masques - des arlequins blancs qu'elle peignait - d'une maison de Milan. D'autres accessoires viendront d'Allemagne. Les commerces locaux lui emboîteraient le pas. Au bonheur des touloulou...
Des robes moins anonymes
« Depuis deux ans, certains touloulou enlèvent complètement le jupon » , constate Marie-Line Brachet-Cesto. Quand on lui demande à quoi ressembleront les futures robes, la créatrice s'inquiète qu'on ne perde l'anonymat : « On peut continuer d'évoluer sur le confort et la recherche des textiles, pour qu'ils durent plus longtemps. Mais quand on est complètement compressé et ceintré dans un vêtement, les autres finissent par savoir qui vous êtes. Il faut garder l'anonymat et continuer de faire rêver avec du volume. »
(Pierre-Yves Carlier)
(Pierre-Yves Carlier)

Édition spéciale :
Rétro 2025

Revivez toute l'actualité marquante de la Martinique

Voir la boutique

Suivez l'info en temps réel
sur l'appli France-Guyane!

Télécharger