Koupeuz de kann, Jé farin, Karolin... Jusqu'au 5 mars, les visiteurs peuvent découvrir dix-sept personnages traditionnels du carnaval, exposés à l'Encre, à Cayenne. L'exposition a été montée par Robert Sébas et le groupe Manaré. Outre les explications sur l'origine des personnages, il est possible de redécouvrir les costumes de Manaré pendant ses trente et un ans d'existence (1981-2012). « C'est la fresque de ce que j'ai vécu dans le carnaval » , explique Robert Sébas. Les personnages traditionnels en vogue depuis l'Abolition jusqu'à la fin des années 1970. Puis les transformations apportées par Manaré. Le groupe a été à la manoeuvre, avec les costumes que les membres confectionnaient dans leur atelier, à partir de carton, papier, peinture... Pointe alors un peu d'amertume chez Robert Sébas, qui déplore que la musique ait, aujourd'hui, pris le dessus sur les costumes. « Oui, j'ai voulu que le carnaval se modernise, mais pas qu'il perde ses traditions. Je ne suis pas un donneur de leçons. Mea culpa. » À L'ORIGINE, L'HISTOIRE
À la fin des années 1970, Robert Sébas rejoint le groupe Katoury, de Camille Atticot. « Il m'a permis de découvrir, de m'exprimer et de créer quelques costumes. On arrivait à un creux, où il y avait beaucoup de touloulou sales. Je me suis dit que les gens avaient envie d'autres choses. Le carnaval brésilien était trop nu à mon goût. Celui de Trinidad était trop cher. J'ai voulu faire quelque chose entre les deux. » Si quelques groupes font encore vivre les Bobi, Anglé Bannan et Sousouri, il faut souvent se contenter des parades en costumes traditionnels pour les apercevoir dans les rues de Cayenne et Saint-Laurent. L'exposition fait aussi revivre des personnages traditionnels tombés dans l'oubli tels l'Annamit, le Sinégalé ou l'Arab. Tous des personnages qui trouvent leur origine dans l'histoire de la Guyane : la fondation du Village chinois à Cayenne, la révolte des tirailleurs sénégalais lors du carnaval 1946, l'intégration d'anciens bagnards nord-africains n'ayant pas eu les moyens de quitter la Guyane après leur libération. Tous ces personnages, Robert Sébas espère les exposer dans un carré consacré au carnaval, dans la future Maison des cultures et des mémoires de la Guyane à l'hôpital Jean-Martial. L'exposition est visible à l'Encre jusqu'au 5 mars, du lundi au vendredi, de 9 heures à 12 heures et de 16 heures à 19 heures. Entrée libre. « J'ai eu peur du carnaval jusqu'à 12 ans »
Quand on lui demande son plus vieux souvenir de carnaval, Robert Sébas évoque « la terreur. J'ai eu peur du carnaval jusqu'à l'âge de 12 ans, du bèf, de lanmo, du Nèg marron. Il était hirsute, avec l'awara dans la bouche et il faisait peur. Je me suis dit que le seul moyen de vaincre cette peur, c'était de passer derrière le masque. »
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