Bouyon wara, le goût du mot
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TRIBUNE

Bouyon wara, le goût du mot

Emmanuella Rattier

Ça y est, le Bouyon est bien passé ? Mais au fait... savez-vous d'où vient l'appellation de ce mets ?

La fête de Pâques est l’occasion de savourer le plat traditionnel guyanais : le bouyon wara, un mets délicieux cuisiné à partir du wara. Le wara est le fruit d’un palmier amazonien dont on extrait le jus qui sera transformé en pâte ; à celle-ci on ajoute divers légumes et viande…

C’est aussi l’occasion de relancer la bataille du wara. De toute éternité, les Guyanais ne parviennent pas à s’accorder sur le nom de ce fruit. Les partisans du wara affrontent les partisans de l’awara. A la télé, on a pu lire en 2024, en titre : Lafèt wara à Macouria et en sous-titre : Le bouyon d’awara à l’honneur. Dans le même temps, la journaliste respectait scrupuleusement le mot wara dans son reportage.

Comment se retrouver entre wara et awara ?

Il faut dire que le wara est un mot du créole guyanais. Il vient, dit-on, de la rencontre des Nègres marrons et des Indiens tels qu’on nommait les Amérindiens jusque dans les années 90. Les Indiens nommaient le fruit awala ; les anciens esclaves ont retenu wara.

Dans son roman, Atipa paru en 1885, Alfred Parépou écrit ceci : « Jou nous wa contré Cayenne encô, dit Atipa, a oune bougnon wara nous wa mangé… » Et encore : « Déloenne, oune habitant Kourou té ka dit : oune bon wara kiou fendé, millô passé tout frit France… »

Ainsi le mot wara est connu bien avant 1885. Les créoles disent : ba mo roun wara ! Kal wara-a chwuit ! Lapat wara-a pès ! Que nous faut-il de plus ? Est-ce qu’un mot du vocabulaire créole doit se transformer quand il passe au français ?

J’ai dégusté un excellent bouyon wara le dimanche de Pâques. Voilà le goût du mot. Faute d’une entente collective, le bouyon d’awara a été porté sur les fonds baptismaux de l’UNESCO.

Le vocabulaire d’une langue régionale est un marqueur d’identité. Faisons en sorte de mettre à l’honneur, chaque fois que nécessaire, les mots locaux et singulièrement celui des palmiers : le wara, le wassay, le komou, le patawa, le parépou

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