Gabriel Serville : "Nous n'avons d'autre choix que de réussir, ensemble"
Nous publions ici le discours d'investiture de Gabriel Serville déclamé lors de la séance d'installation de l'assemblée de Guyane, le 2 juillet 2021
Le deux juillet 2021.
« Je mesure la solennité du moment, alors que nous concrétisons aujourd'hui le message clair et sans appel envoyé par les Guyanais : nous sommes prêts à écrire, ensemble, un nouveau chapitre placé sous le signe de la réussite collective.
Je veux remercier particulièrement les collègues Jean-Paul Fereira et Jessi Americain qui, loin des guerres d'ego et d'appareil, ont accepté d'unir nos forces, aux côtés des forces de progrès et toutes les forces vives, pour, enfin, sortir notre territoire du marasme dans lequel il semblait inexorablement plongé. Enfin, à travers vous, c'est toute la Guyane que je veux remercier, celle qui coule dans nos veines, celle qui fait battre nos cœurs, celle qui nous unit aujourd'hui et pour toujours, peu importe nos divergences, peu importe nos différences. Mesdames et Messieurs, la Guyane se trouve à un moment charnière de son histoire. Et je vous le dis, nous n'avons d'autre choix que de réussir, ensemble. Nous connaissons quasiment tout ou presque de la situation sociale, économique et culturelle du territoire. Les diagnostics sont posés, les études faites, les prospectives réalisées et s'accumulent depuis les 20 dernières années.
Ce n'est un secret pour personne, la Guyane dispose de tous les atouts nécessaires pour se hisser au rang de carrefour mondial d'excellences.
La posture de cette Assemblée sera fondée sur les valeurs que nous portons : le respect, l'éthique, l'équité, la solidarité, la fraternité.
Combler l'abîme qui sépare le politique du citoyen
Elle sera aussi marquée par une détermination sans faille dans le nouveau rapport que nous établirons avec nos partenaires, en premier lieu desquels l'État et ses services en Guyane, le Gouvernement et ses représentants, l'Europe et ses commissions. Elle sera vérifiable à tout moment par la population, car nous rendrons concrète la transparence de nos travaux et de nos décisions, aussi bien lors des assemblées, mais aussi à l'occasion des échanges avec nos partenaires. Nous n'attendrons pas 7 années pour rendre des comptes.
Le rééquilibrage territorial sera ainsi le grand chantier de ce début de mandature.
Cela relève de notre volonté de combler l'abîme qui sépare le politique du citoyen. Cette posture, c'est celle qui nous obligera à rechercher sans cesse la performance et l'excellence dans nos choix, dans le montage de nos dossiers, dans la force de notre unité.
Cela va donc impliquer un changement de méthode, pour une nouvelle façon de gouverner. L'État en Guyane exerce ses compétences et nous nous devrons de l'interroger autant que nécessaire sur son action dans les différents domaines qui lui reviennent. Je pense à des questions essentielles comme l'immigration et le contrôle des frontières, sa politique en matière sanitaire ou encore la lutte contre l'orpaillage illégal.
La transparence est une partie importante du nouveau contrat que nous signons aujourd'hui avec la population guyanaise, tout autant que l'exemplarité de l'action des Elus.
Oui, je l'affirme, nous sommes, en tant qu'Elus, des exemples que la population et surtout les plus jeunes d'entre nous doivent prendre en référence. Cet engament est un point fort de la nouvelle relation à mettre en œuvre avec tous nos concitoyens. Il est aussi le point d'un travail important à mener pour rétablir la confiance avec la population, mais pas seulement, il est le premier jalon d'une équité à rétablir partout où il sera nécessaire de le faire.
Nous allons devoir aussi poser les bases d'une action qui commence aujourd'hui. Ces bases nous les axerons sur 2 piliers. Le premier de ces piliers est : la transformation de la société guyanaise. Nous allons travailler à assurer l'épanouissement de tous partout en Guyane.
Aussi, nous commencerons par redonner la parole aux citoyens en mettant en place des rendez-vous citoyens réguliers sous la forme de rencontres thématiques, en partenariat avec les communes et les intercommunalités. Nous validerons le principe de consulter la population dès que les sujets fondamentaux exigeront de le faire.
Et, nous relancerons le processus d'élaboration du projet Guyane qui est acquis comme étant la base de l'évolution du statut de la Guyane au sein de la République Française. Nous lancerons une planification pluriannuelle de construction des établissements scolaires afin de réduire de façon drastique le nombre d'enfants déscolarisés.
Décréter l'excellence guyanaise
Notre épanouissement passe par l'expression la plus développée de notre nature humaine profonde.
La Guyane est issue de plusieurs cultures et c'est de la diversité de nos identités que nous puisons nos plus grandes richesses. Comme notre main, si chaque doigt peut-être une culture, chaque doigt fait partie d'une seule et même main. Et parler de cohésion, c'est aussi parler de se connaître donc de pouvoir se voir et se parler.
La transformation de notre société inclut de décréter l'excellence guyanaise en matière d'environnement et de transition verte. En ce sens, très rapidement, nous déclarerons l'urgence climatique.
Le choc fiscal
Le second pilier sur lequel nous fondons notre action qui commence aujourd'hui est celui de : l'économie. De dire que la Guyane est remplie de potentiel pour projeter notre développement économique est devenu une sorte d'incantation qui ne crée aucune réponse.
Nous connaissons les limites de l'économie de transfert issue de l'économie de comptoir. Nous savons depuis longtemps qu'il s'agit de changer de paradigme. Je propose d'agir différemment sur les leviers d'appui à l'économie guyanaise. Tout d'abord sur la base d'un choc fiscal qui va permettre de changer et d'augmenter les capacités budgétaires.
La fiscalité sera importante car il nous faudra réfléchir, avec l'État et avec nos parlementaires, à un nouveau système, mieux adapté, alors que l'Union Européenne vient de prolonger le régime de l'Octroi de mer jusqu'en 2027.
Aussi, nous engagerons avec le monde économique le travail qui proposera une alternative visant à mettre en place une fiscalité qui corresponde aux réalités des besoins des collectivités et des acteurs économiques. Ce choc fiscal induit un choc budgétaire pour faire face aux enjeux du développement de la Guyane et les responsabilités de la Collectivité la plus importante de Guyane ne peuvent se tenir avec un budget aussi faible.
Cela veut dire que nous devons lever les freins d'une économie endogène par la maîtrise d'un certain nombre de paramètres. Je parle ici de l'agriculture qui nous amènera à obtenir la maîtrise du foncier agricole pour une réelle autosuffisance alimentaire. Du bois, de la pêche et de la valorisation des ressources naturelles en général, qui exige que nous obtenions du foncier aménagé.
La maîtrise du foncier est un objectif transversal qui conditionne tout le reste. Je choisis de vous dire que nous ne gouvernerons pas éloignés des réalités et encore moins sous le dictat des intérêts venus d'ailleurs. Le projet Guyane sera, au-delà de la question statutaire, la base d'une fraternité des peuples de Guyane et de la réconciliation guyanaise. »

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