La directrice des archives départementales, Sandra Montabord, a pu récupérer les documents issus du Fonds Mentelle (HG)
Aux Archives départementales, les disparitions de documents se répètent. Outre les vols, l'absence de système d'alarme et de détection incendie met en péril l'ensemble des archives. C'est toute l'histoire de la Guyane qui pourrait partir en fumée.
Quelque chose ne tourne pas rond au centre des Archives départementales de Guyane. Déjà en 2012, de très nombreux documents historiques avaient été retrouvés chez un ancien responsable des archives. D'autres étaient vendus chez les bouquinistes des quais de Seine.
Cette fois-ci, ce sont des documents d'une grande valeur historique qui se sont retrouvés vendus aux enchères sur la plate-forme eBay pour la petite somme de 269 euros. Les documents, réalisés par le géographe François Simon Mentelle (1732-1800), font partie de l'histoire et du patrimoine de la Guyane. Ses travaux ont permis de réaliser les premières cartes du territoire guyanais.
LES DOCUMENTS RESTITUÉS
C'est grâce à la détermination de Kristen Sarge, conservateur au service inventaire de la Région, et fin connaisseur de l'histoire guyanaise, que ces documents ont pu être restitués. « Je suis historien et dans le cadre de mes recherches, je suis tombé sur ce lot de documents proposé par un vendeur de métropole. C'est la nature administrative et l'ancienneté des documents qui m'ont alerté » .
Selon l'historien, il est difficile de déterminer à quelle époque ces documents sont sortis de Guyane. « Beaucoup de fonctionnaires métropolitains sont rentrés avec des documents, et ce depuis le XVIIe siècle » , assure-t-il, avant d'ajouter : « Ces fonds auraient dû se trouver aux Archives. J'ai acquis les documents par intérêt scientifique et je les ai restitués par civisme. »
UNE PLAINTE BIENTÔT DÉPOSÉE
Selon la directrice des archives départementales, Sandra Montabord, ces documents appartenaient bien aux Archives départementales de la Guyane et, selon toute vraisemblance, ont été acquis de manière frauduleuse. « Ce sont des documents qui n'étaient pas consultables par le public car ils n'étaient pas répertoriés. »
Une personne interne au service des archives pourrait donc être à l'origine du vol. Ce qui constitue un fait grave car la destruction, le détournement ou la soustraction des actes par un agent public sont passibles de dix ans d'emprisonnement et de 150 000 euros d'amende.
« C'est une situation qui se répète. On a eu de la chance que Monsieur Sarge rachète les documents. 269 euros, c'est brader l'histoire guyanaise » , commente Sandra Montabord.
C'est au conseil général qu'incombe la mission de préservation des archives départementales. Contacté par téléphone, son président, Alain Tien-Liong, a annoncé son intention de porter plainte auprès du procureur de la République afin qu'une enquête soit diligentée.
Les Archives départementales sont situées place Léopold-Héder. Ce service n'a vu le jour qu'en 1983, alors qu'il a été mis en place en 1949 en Martinique et en 1951 en Guadeloupe. (HG)
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« Une situation que l'on trouve seulement en Guyane »
Pour Sandra Montabord, la directrice des Archives départementales, « il y a eu jusqu'à présent une situation non-conventionnelle. Les archives n'ont pas été répertoriées pendant des années. Les documents vont et viennent. C'est pourquoi il est difficile de déterminer qui les a subtilisés. »
Les irrégularités aux Archives départementales sont nombreuses. Le centre d'archives n'est équipé d'aucun système d'alarme ni de prévention incendie. Un feu pourrait faire disparaître l'ensemble des archives du département. « C'est une situation que l'on trouve seulement en Guyane » , insiste la directrice.
Consciente de ces manquements, Sandra Montabord a contacté le directeur général des services afin de mettre en place les équipements de sécurité requis (alarmes, système anti-intrusion, détecteurs d'incendie).
À ce jour, les travaux n'ont toujours pas été réalisés. Et Sandra Montabord d'indiquer : « Le dossier qui contenait les plans et devis des installations de sécurité a été volé fin 2013. À ce jour, personne n'a pu le retrouver. »
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