Venezuela : À un mois d'un scrutin présidentiel clé
Notre (presque) voisin est peut-être à la croisée des chemins. Le 28 juillet prochain, le Tout-Puissant Maduro doit normalement se soumettre au vote de la population. Très contesté à l'extérieur pour sa pratique discutable de la démocratie, il l'est de plus en plus, aussi, à l'intérieur de son pays.
L'héritier du défunt Chavez dort sans doute mal en ce moment. Au pouvoir depuis 2013, la situation économique du pays n'a cessé de se dégrader et le niveau de vie des Vénézuéliens a rejoint celui de la population de Cuba, inspirateur de la doctrine politique du gouvernement du Venezuela.
L'ingérence des conseillers de La Havane au sein du pouvoir est notoire et les envois de tankers de pétrole à Cuba n'aident pas le Venezuela à surmonter sa crise.
Le peuple en a assez et il semble que cette fois-ci, si des élections se tiennent sans fraudes, Maduro pourrait chanceler.
Une économie en déroute
Le pays, qui était autrefois le plus prospère du continent, subit depuis plus de vingt ans l'application d'une idéologie qui a démontré son caractère mortifère. En 1950, le Venezuela était classé au 4e rang mondial en PIB par habitant, derrière les États-Unis, la Suisse et la Nouvelle-Zélande.
Nicolas Maduro, formé à La Havane, a poursuivi la ligne politique de son prédécesseur avec nationalisations, contrôle des prix, des investissements et des importations, création de quantité de services publics, promotion d'universités bolivariennes et un encadrement orwellien de la population...
Le résultat est qu'aujourd'hui l'économie est en complète déroute. Depuis que Maduro a pris ses fonctions en 2013, l'économie a chuté de 75 %, plongeant des millions de personnes dans la pauvreté avec un niveau de salaire minimum inférieur à 10 USD. Près d'un quart de la population, soit quelque sept millions de personnes, a quitté le Venezuela.
L'économie du pays est essentiellement basée sur la vente de son pétrole. Après la grave crise politique entre 2016 à 2019, pendant lesquelles le pouvoir a pratiqué une répression féroce portant atteinte aux droits de l'Homme, les États-Unis ont mis en place de lourdes sanctions pour empêcher les exportations de brut vénézuélien, aggravant la crise.
Le sujet de l'Essequibo fut la dernière trouvaille de Maduro pour galvaniser le peuple autour du sentiment nationaliste. À moins d'un an de cette élection du 28 juillet 2024, qu'il sait difficile, il a ressorti ce thème du chapeau.
Territoire contesté avec le Guyana, le slogan ''Le soleil se lève sur l'Essequibo'' devait galvaniser les foules. Le référendum organisé a répondu positivement pour le retour de la province dans le giron vénézuélien, mais le taux de participation de 11 % fut un véritable camouflet pour le pouvoir.
Le soutien des forces armées
Maduro se maintient au pouvoir grâce à l'appui des forces armées ; il continue également de bénéficier du soutien diplomatique de Cuba, de la Bolivie, de la Turquie et de la Russie. L'actualité géopolitique internationale impose aussi de rappeler la présence au Venezuela du mouvement Hezbollah et de liens privilégiés avec l'Iran.
À l'approche du prochain scrutin du 28 juillet, la communauté internationale a fait pression pour que les élections se déroulent de manière démocratique et que l'expression du peuple soit entendue.
Ainsi furent prononcés les ''accords de la Barbade'' qui garantissaient leur déroulement impartial, libres de suspicions de fraudes et la représentation des candidats de l'opposition. Mais le vote risque finalement d'être peu fiable : peu après les avoir signés, Maduro a, en effet, dénoncé ces accords.
Les États-Unis, qui avaient opportunément assoupli les sanctions sur le pétrole, les ont alors rétablies. Maria Corina Machado, la très populaire opposante, s'est vue interdire sa candidature.
Elle entreprend donc la campagne électorale au nom d'Edmundo González Urrutia, candidat à la présidence de la Plateforme unitaire pour les élections du 28 juillet. Selon un récent sondage, 85 % des Vénézuéliens souhaitent un changement de gouvernement. Reste à savoir si Nicolás Maduro est prêt à une telle situation.
Les clefs de la reprise économique
Maria Corina Machado, figure de proue de l'opposition et ingénieure de profession, n'a pas vu ses trois enfants depuis dix ans. Ils sont tous en exil, tandis qu'elle n'a pas le droit de prendre l'avion. « Nous souhaitons tous que nos familles soient à nouveau réunies », dit-elle, dans un message très entendu par des foyers tous fracturés par l'exode. Elle promet une transformation totale du Venezuela. La gigantesque et décrépie compagnie pétrolière d'État, PDVSA, sera privatisée, comme toutes les entreprises de service public. « Nous aurons des marchés ouverts. Nous aurons l'État de droit... Ce pays deviendra le centre énergétique des Amériques ».
Henkel García, économiste membre de l'équipe de María Corina Machado, a présenté une série de mesures visant à redresser le Venezuela : « Le pays a plus de 50 % de sa population en situation de pauvreté en 2023 ; la protection des secteurs les plus vulnérables tels que la santé et l'éducation sera donc essentielle. »
Cela implique une série de travaux de récupération des infrastructures. Il expose aussi le besoin de réduire le déficit fiscal et de promouvoir le respect de la propriété privée, tant attaquée par les réformes fiscales et les expropriations du régime chaviste. L'attraction massive des investissements, en particulier dans le secteur pétrolier, est proposée comme un pilier clé pour déclencher la relance économique et améliorer les services publics.
Quand l'économiste évoque la tâche énorme qui attend les dirigeants qui devront redresser le pays, il la compare à l'Allemagne de l'après-guerre, ou, plus proche, au Pérou des années 90, pays qui est sorti de l'hyperinflation, alors qu'il n'y avait aucune confiance dans les institutions et où coexistaient deux monnaies avec une domination très claire du dollar sur la monnaie locale. Pour finir, il souligne que l'aide internationale sera, à ce moment, déterminante.
Avenir incertain
Au Venezuela, la figure de Chavez continue à être aujourd'hui un objet de culte quasi religieux par une partie de la population, qui pourtant ne supporte plus la pénurie de tous les produits de première nécessité ; l'avenir reste donc encore à écrire.
Un pronunciamiento, avec l'armée déposant le président et exerçant temporairement le pouvoir, pour ensuite le restituer aux civils, est une hypothèse crédible mais difficile à réaliser, compte tenu des rentes de situation des hauts gradés.
On parle, en coulisse, d'échec du ''modèle bolivarien'', de dictature rampante, de risque de guerre civile.
Si Maduro s'enracine, les prévisions annoncent cinq millions de nouveaux candidats à l'exode pour fuir le régime...

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