Suriname : 25 février 1980, l'assassinat d’un rêve
Un avenir prometteur souriait à la jeune nation surinamaise. Ce jour, le Destin frappe et met le pays sur le chemin des turpitudes.
En 1975, alors que les Pays-Bas accordent l’indépendance au Suriname, celui-ci accède au rang de nation, avant-dernier territoire d’Amérique du Sud à écrire son indépendance.
La situation du pays était bonne, les hollandais laissaient en héritage un pays avec un haut niveau de vie, éducation et santé excellents, infrastructures développées et en bon état. La population multi-ethnique vivait en harmonie, le niveau culturel remarquable et l’art de vivre à la Surinamaise apprécié internationalement. À ce moment de son histoire, le Suriname, soutenu par les néerlandais, pouvait imaginer son avenir à l’égal de ses voisins d’Aruba ou de Curaçao, les moyens étaient là pour en faire une des nations les plus prometteuses du continent.
Les événements qui allaient survenir vont briser ce rêve, entraîner une fuite des élites, un isolement politique, et par voie de conséquences une dégradation économique et sociétale. Le coup d’État du 25 février 1980 a fait manquer le rendez-vous que le Suriname avait avec son histoire.
Bravade, goût de l’aventure, ambition, parmi les motivations, il reste que l’action fût la réussite d’un coup de poker joué sur une opportunité.
Ce n’était au début qu’une revendication salariale menée par trois sous-officiers. Le 20 février, ils sont accusés de mutinerie et arrêtés. Leurs camarades les libèrent et ce soulèvement fini par le coup d’État du 25 février avec les militaires et leurs blindés légers dans la rue. La police était restée fidèle au pouvoir et tentait de juguler le soulèvement. Le point d’orgue de la journée du 25 sera le bombardement du poste de Police du centre-ville, qui a pris feu (photo), par le seul bâtiment de la Marine.
Après des tensions au sein du groupe des militaires, ce sera Desi Bouterse qui prendra la tête du ‘’Conseil Militaire National’’ et aura la pratique effective du pouvoir.
Des gouvernements officiels seront nommés, mais l’homme fort du pays restera Bouterse.
Les détails historiques relatifs au coup d’État et ses suites sont nombreux et objets de controverses. Les archives des Pays-Bas sur le sujet sont toujours tenues secrètes, ce qui alimente les interrogations sur le niveau de leur implication dans cet épisode et son éventuelle préméditation.
Face à ce coup d’État, le Suriname est mis au ban des nations. Les Pays-Bas, indignés, déclarent couper les relations avec le nouveau pouvoir et immédiatement bloquer le programme d’aides financières prévues pour soutenir le pays dans son chemin de développement post-indépendance. Certaines théories, non vérifiées, y voient la motivation pour l’implication hollandaise dans l’événement. Les États-Unis rejettent l’idée de coopération avec la junte militaire qui l’aurait, elle, volontiers, envisagée. A la recherche d’alliance, dans l’environnement géo-politique des années 80, il ne restait plus que le bloc des ‘’non-alignés’’ avec à sa tête Cuba et l’ombre de ses alliés russes.
Cet alignement a eu de fortes conséquences économiques, les années 90 furent très dures pour le Suriname. Crise aidant, la fuite de la population s’est accentuée, et les surinamais sont presque aussi nombreux en Hollande qu’au Suriname.
Quarante ans plus tard, on peut faire le bilan et observer que le pays a globalement souffert dans son développement du retard économique engendré par l’aventure commencée le 25 février.
Malgré les turpitudes, la figure paternelle reste ancrée dans la population. Pour beaucoup, parmi les jeunes générations, ce qui s'est passé il y a plus de quarante ans est abstrait. Reste la silhouette tutélaire qui a dirigé le pays pendant une grande partie de l’histoire de la jeune nation. La figure de l’ex-dirigeant a, pour beaucoup, le charisme de la ‘’force tranquille’’ et nombre d’entre eux y voient un refuge en ces temps de crise.
Le 25 février, jour qui célèbre la révolution, n’est plus férié et c’est un symbole politique fort. Les dirigeants et militants du NDP vont, cependant, le commémorer devant le monument qui est dédié à cet événement. Bouterse et son parti tiendront un grand meeting le lendemain samedi. Alors, qu’il y a six mois, la plupart des analystes voyaient le leader en fin de course, ce retour surprend et peut interroger.

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