Dans quelques villes brésiliennes, des milliers d'Amérindiens protestent contre cette nomination. Comme ici, à Oiapoque, mardi (DR)
Révoltées, inquiètes, les communautés amérindiennes du pays alertent après la nomination d'un militaire à la tête de la Fondation nationale de l'Indigène, une sorte de ministère qui élabore les politiques indigènes. Des manifestations ont lieu dans le pays, dans l'indifférence médiatique, comme à Oiapoque mardi.
À l'appel de l'Apib (Articulation des peuples indigènes du Brésil) entre autres, des centaines d'Amérindiens manifestent depuis avant-hier à Oiapoque, à la frontière avec la Guyane. Ils sont quelques milliers à protester ailleurs dans le pays. La nomination, par le président par intérim, d'un général de l'armée à la tête de la Fondation nationale de l'Indigène (lire ci-contre) , les fait bondir.
« Nos quatre ethnies ont décidé d'organiser un grand rassemblement, face à la rétrogradation de la Funai. C'est une grande inquiétude, répète Sergio, à la tête du mouvement d'Oiapoque. On est très inquiets, car on a déjà vécu le gouvernement du régime militaire à l'époque. Aujourd'hui, on revient en arrière! » s'exclame-t-il, avant de souligner les autres problématiques auxquelles sont déjà confrontés les peuples autochtones du pays : racisme, analphabétisation, vide en matière de santé publique, etc.
« UNE POLITIQUE ETHNOCIDE »
L'Apib a exprimé, par voie de communiqué, son dégoût et son indignation. « Il viendra certainement, s'il est effectivement nommé, militariser la politique indigène, avec son lot de conséquences imprévisibles. En renforçant la perspective d'un état policier qui est déjà en train de s'installer dans le pays, s'alarme l'Apib, et qui criminalise les mouvements sociaux. »
Ce qui inquiète grandement le collectif, c'est que le général Peternelli est clairement favorable au PEC 215 (Proposition d'amendement à la Constitution), qui fait grand débat dans le pays, proposant d'ôter au pouvoir exécutif, passant au législatif (très influencé par les lobbies), les décisions relatives aux délimitations des terres indigènes. L'entité, qui rassemble plusieurs organisations amérindiennes du pays, parle même d'une « politique ethnocide et génocide, qui veut la fin des peuples amérindiens » .
Si des médias nationaux ont évoqué la nomination du général, aucun ne relaye les manifestations. Également journaliste, seul un député s'est exprimé, Paulo Pimenta (PT-RS). Il parle d'un « réactionnaire qui prétend détruire les conquêtes et avancées de la politique indigène » .
« Respect de la Constitution de 1988! » peut-on lire sur cette pancarte. (DR)
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Sebastião Roberto Peternelli Júnior, 61 ans, a été candidat en mars 2014 aux législatives, pour le Parti social chrétien. Le même PSC qui le nomme aujourd'hui président de la Funai. Il est connu pour être un fervent défenseur de la dictature militaire (1964-85). Sur internet, Peternelli a récemment partagé un hommage au coup militaire de 1964, en commentant : « Cinquante-deux ans que le Brésil a été livré au mandat communiste. Vive nos militaires! Le Brésil ne sera jamais communiste! »
Interrogé par le quotidien national Folha de Sâo Paulo, il a indiqué ne pas vouloir commenter ses projets pour la politique indigène.
En tant que pilote, il a déjà survolé l'Amazonie, a-t-il confié à Folha. « Je n'y ai jamais habité mais rempli quelques missions. » (DR)
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REPÈRES - La Funai, qu'est-ce que c'est ?
La Fondation nationale de l'Indigène est un organisme gouvernemental qui élabore et applique les politiques relatives aux peuples indigènes du pays.
La Funai est chargée de cartographier et de protéger les terres traditionnellement habitées par les communautés amérindiennes.
Son rôle est également d'empêcher que ces territoires ne soient envahis par les gens de l'extérieur.
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