Inflation, émeutes et espoir pétrolier
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L'année 2023 au Suriname

Inflation, émeutes et espoir pétrolier

Eric GERNEZ à Paramaribo
La fin du procès des meurtres de 1982, en décembre, l'ancien président Bouterse est définitivement condamné à 20 ans.
La fin du procès des meurtres de 1982, en décembre, l'ancien président Bouterse est définitivement condamné à 20 ans. • DR

Si le gouvernement clame des résultats économiques encourageants, l'homme de la rue s'interroge et ne voit pas d'amélioration. Le grand écart entre macroéconomie et panier de la ménagère n'a jamais été aussi grand en cette fin d'année 2023. Retour sur une année agitée chez notre voisin surinamais.

Première fête de fin d'année de l'après-Covid, la période de Noël et nouvel an 2022-23 avait nourri beaucoup d'espérances. Que n'allait-on faire ripailles et embrassades après ces deux années de souffrances cloîtrées à la maison par les quarantaines et les couvre-feux ?

Les émeutes  du 17 février

Finalement, la crise économique a eu le dernier mot et la fête n'a pas eu la figure attendue.

Ces jours en demi-teinte de la fin d'année, avec le fameux Oeru-Jari (l'ancienne année) ont marqué cette année 2023.

Les émeutes de la fin en février 2023 à Paramaribo, la capitale du Suriname, place de l'indépendance.
Les émeutes de la fin en février 2023 à Paramaribo, la capitale du Suriname, place de l'indépendance. • EG

Alors que la situation était dégradée depuis plusieurs mois, le point d'orgue vînt avec les protestations liées aux revendications salariales. Quand les représentations de plusieurs corps de fonctionnaires se retrouvèrent Place de l'Indépendance, les forces de l'ordre, peu entrainées et pas équipées pour le maintien de l'ordre, ne surent gérer la situation. Le moment a culminé jusqu'à voir la police mettre en joue, en tir direct, la foule. Pour disperser les protestants, des tirs de rafales automatiques vers le ciel furent opérés.

 

Au même moment, ce qui pose la question de la synchronisation des actions, d'autres émeutiers pillaient le centre-ville. Trois jours de « black-out » suivirent ce qui reste comme le moment le plus tendu de cette année. Les raisons de ce mouvement se trouvent dans la détérioration du pouvoir d'achat, la dégringolade du cours du SRD et, pas des moindres causes, le manque de vision et d'espoir pour le pays. Sur ces motifs, on ne peut que constater que la situation n'a pas évolué, le peuple ronge sa patience à attendre un signe d'embellie qui ne vient pas.

Le scandale du cyanure

Deux photos circulent beaucoup sur internet outre-Maroni : le lac de Brokopondo pendant l'activité des barges et aujourd'hui, un mois après leur arrêt (Fabian Vas)
Deux photos circulent beaucoup sur internet outre-Maroni : le lac de Brokopondo pendant l'activité des barges et aujourd'hui, un mois après leur arrêt (Fabian Vas)

Beaucoup d'émois autour du naufrage d'une pirogue chargée de sacs de cyanure dans le lac de Brokopondo. Encore aujourd'hui, on ne sait pas la vérité sur ce chargement. Avéré ou fantasmé, toujours est-il qu'il aura sensibilisé les populations sur les dangers environnementaux liés à l'orpaillage. Cet événement est aussi le marqueur de l'anarchie qui règne sur ce secteur économique, éminemment construit sur les actions clandestines. La traçabilité du cyanure, tout comme celle du mercure, est proche du zéro. On imagine facilement comment ces substances peuvent également être utilisées en Guyane.

 

Cale d'Albina

Le Malani est arrivé à Saint-Laurent le mois dernier. - ©Port de l’Ouest

Guyane, justement, avec le projet de coopération transfrontalière phare : l'amphidrome Malani. C'est en juin que les travaux de la cale d'Albina sont lancés avec la promesse, « juré, craché », que tout serait bien fini le 30 octobre. Un panel d'élus et de fonctionnaires de chaque pays était là pour donner du poids à ces belles promesses. Aux dernières nouvelles, une inauguration vers Pâques 2024 serait un espoir optimiste. Rappelons que le dossier a commencé en 2012 et que le Malani soufflera deux bougies au mouillage à Saint-Laurent en février.

 

Total

C'est une vraie bonne nouvelle qui a été annoncée en septembre par Patrick Pouyanné, le PDG de Total. Les réserves de pétrole identifiées au Suriname sont, à présent, confirmées et elles sont suffisantes pour envisager une exploitation industrielle. Un plan d'investissement de 9 milliards de dollars US est ainsi à l'étude. Derrière cette annonce, toutefois encore prudente, il faut retenir que la véritable FID (décision finale d'investissement) sera prise en octobre 2024 et entamera le cycle pétrolier du Suriname. Les premières retombées financières devraient arriver à l'horizon 2030.

 

53 % d'inflation

Bonne nouvelle pour le futur, tempérée par la réalité du terrain. Le chiffre de l'inflation sur douze mois tombe en septembre et indique que le pays a subi 53 % d'inflation. Ce chiffre se cumule avec ceux des années précédentes et donne la mesure abyssale de la dégradation économique, depuis 2020. Le taux des changes a, lui aussi, dérapé de manière vertigineuse et le quotidien des Surinamais est compliqué, toutes classes confondues.

 

Mineurs ensevelis

Mine effondrée au Suriname 14 morts
Mine effondrée au Suriname, en décembre 2023. Bilan : 14 morts. • DR

Un accident lié à l'orpaillage vient endeuiller le Suriname à la veille de la fête nationale, en novembre.

Ce sont des mineurs ''pirates'', qui viennent sur les sites industriels pour continuer à creuser les flancs de colline découverts par les outils industriels qui ont été victimes d'un éboulement. Malgré l'aide envoyée de Guyane avec le Sdis, ce sont quinze victimes qui sont à déplorer. Une fois de plus, l'anarchie qui règne dans le secteur de l'orpaillage est pointée du doigt.

 

Bouterse condamné

La fin du procès des meurtres de 1982, en décembre, l'ancien président Bouterse est définitivement condamné à 20 ans.
La fin du procès des meurtres de 1982, en décembre, l'ancien président Bouterse est définitivement condamné à 20 ans. • DR

Après 41 ans, les meurtres politiques de décembre 82 sont enfin jugés. L'ex-président écope de 20 ans de prison, avec une application de peine qui reste à définir, à cet instant. C'est une page de l'histoire du pays qui se tourne avec ce procès.

 

Message d'espoir du président Santokhi

Le président du Suriname, Chan Santokhi, remerciant la France
Le président du Suriname, Chan Santokhi, remerciant la France • EG

L'année se termine sur un message d'espoir du président Chan Santokhi. Il souligne et remercie les efforts de la population pour redresser le pays. Son message indique que les indicateurs macro-économiques sont en train de repasser au vert, tant du côté des notations internationales, que de la dette et des notations du FMI (Fonds monétaire international). Ses affirmations sont sincères et avérées, reste qu'au quotidien, elles sont encore difficiles à se concrétiser. L'année 2024 sera une année électorale avec l'échéance de Mai 2025 en ligne de mire. Une grosse partie de cartes politiques s'annonce et l'issue est très improbable.

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