Du pétrole pour le Suriname, mais pas d'essence pour la police
Nos colonnes ont donné dernièrement de bonnes nouvelles sur le front de l'industrie pétrolière au Suriname. La vie au quotidien reste compliquée et les mois qui séparent le pays de la prospérité vont être tendus. Illustration avec le rationnement d'essence pour les services publics.
Il y a quelques jours, les principales enseignes de station-service du Suriname annonçaient l'arrêt de la fourniture de carburant pour les véhicules de police, des pompiers et autres services de l'État. Énième épisode d'un feuilleton qui se répète mois après mois.
Sur la corde raide
C'est une télénovela, avec, dans les premiers rôles, l'État, les distributeurs de carburant et les services publics. Tous les trois ou quatre mois, les vendeurs d'essence crient à la faillite, l'État demande de la patience et les voitures de police restent au parking.
Viennent ensuite les protestations politiques de tous bords, dénonçant la montée de la délinquance urbaine. Tout le monde finit par négocier, puis la routine continue. Le cycle est bouclé, clap de fin, et on se donne rendez-vous pour la prochaine saison de la série.
Le pays est, en ce moment, dans l'une de ces périodes de suspense. Après l'arrêt de la livraison de carburant pour les voitures des fonctionnaires, il y a quelques jours, l'accord trouvé cette fois-ci prévoit une fourniture rationnée. On ne sait pas vraiment quelle quantité a été jugée nécessaire pour courir après les voleurs. Cette situation devient criante et médiatisée lorsqu'il s'agit de la police, mais elle révèle un malaise plus profond.
Le péril d'une crise structurelle
Après l'article sur le secteur de la santé en crise ("Les soins hospitaliers craquent in France-Guyane 198"), nous exposons aujourd'hui les conséquences des tensions de trésorerie sur le fonctionnement de la police. Nous aurions pu également parler du manque d'essence pour les patrouilles militaires sur le Maroni.
Dans un prochain article, nous pourrons aborder la rentrée des classes réalisée avec des moyens de fortune, ainsi que le dénuement matériel des professeurs qui enseignent dans l'intérieur des terres. Retards de paiement des salaires et fonctionnement avec des bouts de ficelle sont deux des nombreuses causes qui engendrent la lassitude, puis l'exil des compétences vers d'autres pays.
Les poches vides
Rêvant aux lendemains pétroliers qui chantent, le gouvernement ne doit pas se laisser aller à la narcose.
Les difficultés à gérer un budget en mal d'équilibre sont criantes. L'État du Suriname, tout comme la majorité des ménages de la classe moyenne, a les poches vides. Ça tient, mais c'est dur, et chaque jour est un exploit de plus.
Avec l'ouverture de la période préélectorale en octobre, après la fin des vacances et la rentrée des classes, les revendications vont s'accumuler et les trompettes populistes vont s'employer à attiser les divisions. Une période très tendue s'annonce certainement pour le Suriname.

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