Cours de français pour les enseignants surinamais du fleuve
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SURINAME

Cours de français pour les enseignants surinamais du fleuve

Eric GERNEZ depuis le Suriname
Les participants, lors d'une session à l'école mixte Edouard- Caman à Saint-Laurent du Maroni.
Les participants, lors d'une session à l'école mixte Edouard- Caman à Saint-Laurent du Maroni. • CRÉDIT AMBASSADE DE FRANCE À PARAMARIBO.

Cofinancé essentiellement par l'ambassade de France à Paramaribo et l'UNICEF, un programme d'apprentissage linguistique destiné aux enseignants des rives du fleuve Maroni permet des échanges linguistiques entre les deux rives.

Rive droite-rive gauche, ce n'est pas le dernier programme des théâtres de boulevard parisiens, mais celui d'un cycle d'apprentissage linguistique destiné aux professeurs du Maroni.  En septembre, il a rassemblé des enseignants surinamais et français pour une session d'immersion, marquant le début d'une coopération pédagogique.

Projet pédagogique transfrontalier

Vingt-sept enseignants des écoles primaires des villes et villages de Gakaba, Stoelmanseiland, Bigiston, Albina, Moengo, Alfonsdorp, Langamankondre et Galibi ont participé à une session d'immersion pédagogique les 19 et 20 septembre à Saint-Laurent. Accueillis par la mairie, les participants ont échangé, entre autres, sur les structures scolaires de la ville ainsi que sur le thème des nombreux enfants scolarisés en Guyane qui traversent la frontière tous les jours pour rentrer chez eux, au Suriname. Après ce moment d'échanges, les enseignants se sont rendus à l'antenne du Rectorat à Saint-Laurent-du-Maroni et ont pu observer des cours à l'école primaire publique mixte Édouard-Caman. Ils ont ainsi pu comparer les pratiques pédagogiques respectives de chaque rive, droite et gauche, du fleuve.

La direction de la culture, du patrimoine et de la création artistique a ensuite organisé une visite interactive du musée numérique Microfolies, un atelier sur l'accueil d'enfants en lecture à la bibliothèque municipale Icek-Barron, ainsi qu'une présentation de l'histoire du bagne dans la ville. Le visionnage du film Botoman a été proposé au groupe par le Pôle Image Maroni et Microfolies.

Pour terminer ce stage d'immersion, les enseignants ont suivi un cours de conception de séquence pédagogique à l'antenne de l'Institut national supérieur du professorat et de l'éducation (INSPE) avec les étudiants de Master 2 préparant le concours de professeur des écoles. Les futurs collègues de part et d'autre du fleuve Maroni ont discuté des méthodes pédagogiques, des différences de systèmes scolaires et de parcours académiques.

La suite du programme de coopération

Initié il y a un an, le projet « Rive droite-rive gauche » a déjà permis de mettre en place des cours de néerlandais sur la rive française du fleuve pour les enseignants et les élèves français. Le cycle d'apprentissage « Français Langue Étrangère », dont bénéficient les professeurs surinamais, a démarré, lui aussi, il y a un an. Cette session d'immersion de septembre constitue un premier échange avec les enseignants surinamais en Guyane. Le programme d'apprentissage va se poursuivre et l'objectif final, pour les professeurs du Suriname, est d'atteindre le niveau technique qualifié de « B2 », qualification requise pour qu'ils soient agréés à l'enseignement du français dans leurs classes surinamaises. Cette suite du programme, prévue en 2025, sera conditionnée aux financements de l'UNICEF, principal contributeur de cette action.

Ce programme pédagogique en faveur de l'apprentissage du français est résolument positif.

Il participe au rayonnement de la francophonie, en général, et plus particulièrement sur le fleuve, zone d'échange linguistique dense. Il permettra aux générations futures une polyvalence élevée de communication. Au-delà de ce constat évident, il est permis de s'interroger sur les motivations corollaires à la scolarisation en France, alors qu'on avance les chiffres de 600 enfants surinamais qui viennent quotidiennement fréquenter les écoles françaises. Apprendre le français en est-il la seule motivation ? Dans ce cas, la maîtrise de la langue de Voltaire par les professeurs surinamais éviterait les longs et parfois périlleux déplacements des enfants, en pirogues, vers les écoles françaises. Comme en termes de soins de santé, le fossé entre les moyens est évident. Les écoles du fleuve, côté Suriname, sont souvent délaissées, déshéritées, et les capacités matérielles ne sont pas au rendez-vous. Il est ainsi naturel que les parents envoient leurs enfants côté français où ils savent que les moyens répondent mieux aux besoins. L'espoir d'une intégration future en Guyane peut aussi entrer dans le champ de ces motivations pour envisager, certificats de scolarité à l'appui, de participer à la vie économique.

Un ramassage scolaire à Apatou.
Un ramassage scolaire à Apatou. • Archives

« Connaître la langue de son voisin me semble fondamental »

Vous aviez déjà été l'instigateur de l'action pédagogique en faveur de l'apprentissage du néerlandais en Guyane. Ces thèmes linguistiques vous tiennent à cœur, c'est votre expérience des pays baltes qui vous motive ?

À vrai dire, connaître la langue de son voisin me semble fondamental. Le projet ''rive-gauche, rive-droite'', n'a d'autre objectif que de rapprocher les deux rives. Les écoles des deux côtés ont un rôle à jouer, les jeunes sont plutôt enthousiastes !

Alors que vous commencez votre troisième année au Suriname, quelle est votre vision d'avenir pour le développement du fleuve ?

Le fleuve doit devenir une zone de prospérité partagée. Albina est voisine de l'Union européenne ! La lutte contre les trafics s'intensifie, grâce aux patrouilles communes sur le fleuve. L'ère de l'impunité, quand un criminel pouvait se réfugier sur l'autre rive après avoir commis ses méfaits, est terminée. Nous devons renforcer notre lutte contre l'orpaillage illicite, qui tue les populations riveraines et anéantit la biodiversité. Travailler sur la connectivité. Lutter contre les stéréotypes encore trop fréquents dans les esprits, des deux côtés du fleuve.

Vous-même apprenez le néerlandais : Hoe is het met je ? Comment ça va ?

Ik doe mijn best. Nederlands leren geeft mij veel plezier maar blijft een uitdaging. Je fais de mon mieux. Apprendre le néerlandais me procure beaucoup de plaisir, mais reste un défi.

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