Nouvelle-Calédonie : "Nous sommes vraiment dans un climat de terreur"
La situation dans l’archipel du Pacifique, tendue depuis des mois, a explosé dès le lundi 13 mai, faisant des morts et des dizaines de blessés. L’état d’urgence a été décrété par le gouvernement et, alors que réapparaît le spectre d’une quasi-guerre civile, nous avons recueilli le témoignage d'une Calédonienne, arrière-arrière petite-fille d'un bagnard, qui n'a jamais quitté la Nouvelle-Calédonie.
Six morts en huit jours d'émeutes, des centaines de blessés et de commerces brûlés, une vague de violences inédite plonge la Nouvelle-Calédonie dans une situation extrêmement préoccupante.
L’adoption d’une révision constitutionnelle du corps électoral a mis le feu aux poudres, réactivant des tensions historiques entre "Kanaks", la population mélanésienne de l'île et "Caldoches", terme utilisé pour désigner, de façon péjorative, les descendants des colons français nés en Nouvelle-Calédonie.
Celle que nous appellerons Elisabeth, est une sexagénaire qui a toujours vécu dans l'archipel du Pacifique et qui y a construit sa famille. Elle préfère garder l'anonymat face au climat de terreur impulsé par les violences de ces derniers jours.
Le premier aïeul d'Elisabeth arrivé dans l'archipel, était un bagnard, déporté dans le Pacifique pour une peine de travaux forcés. Le bagne de Nouvelle-Calédonie, surnommé la Nouvelle, était un établissement pénitentiaire, en activité de 1864 à 1924, qui a vu passer près de 30 000 forçats.
À l'issue de leur peine, les "libérés" se voyaient attribuer une terre en concession pénale. Bon nombre d'entre eux sont restés dans l'archipel et ont "fait souche", une expression pour désigner ceux qui lançaient une lignée de descendants. Bon nombre de familles d'ex-bagnards ont donc grandi sur le territoire et n'ont plus d'attache dans l'hexagone. C'est le cas de celle d'Elisabeth, dont les petits-enfants représentent la 6ᵉ génération calédonienne :
"On n'a plus aucune famille ailleurs. Notre famille est ici et il y a aussi du métissage. On a tous du sang kanak dans nos familles", indique la calédonienne.
Le spectre des évènements de 1984 plane et les violences peuvent être à tous les coins de rue. Elisabeth ne peut que constater la virulence des personnes sur les barrages :
"Tout le monde espère qu'on n'arrivera pas au niveau des années 80, où il y a eu beaucoup de morts, mais la population a peur. Si on sort, on peut se faire caillasser. Ma nièce, qui habite Rivière-Salée, ne peut plus sortir de chez elle avec les enfants, ils tirent parfois avec des fusils."
Les barricades tenues par de jeunes Kanaks font de Nouméa et de sa périphérie un véritable labyrinthe, que certains conducteurs aventureux osent parcourir au pas, contournant les rangées de pierres, les carcasses de voitures ou encore des grilles portant le drapeau indépendantiste.
Les forces de l'ordre ont été renforcées sur le territoire et les gendarmes tentent, petit à petit, de déblayer les routes et de sécuriser les accès :
"Mais le problème, c'est qu'au fur et à mesure que les gendarmes dégagent les barrages, les manifestants les reconstruisent derrière."
"C'est d'une violence inouïe ! Ils ont tout brûlé, des lycées, des collèges, l'école d'infirmières, le CFA, des entreprises, tout a brûlé. Il n'y a plus d'économie. Des milliers de personnes vont être au chômage", raconte la sexagénaire désabusée.
Dans les quartiers, l'heure est donc à l'organisation. Face à l'insécurité qui règne, personne ne sort et des voisins se relaient sur des barrages, érigés aux entrées, pour se protéger des pillages et des violences, mais contrairement aux rumeurs, aucune milice armée ne serait présente selon Elisabeth :
"On a bloqué l'entrée du quartier, on a monté des barricades. Il y a des femmes sur les barrages, les hommes prennent la relève la nuit, car nous sommes vraiment menacés. Certaines familles ont été sorties de leur maison et ont vu brûler leur bien."
Des groupes se créent aussi sur les réseaux sociaux pour signaler des situations suspectes, demander de l'aide ou prévenir d'un danger imminent.
Emmanuel Macron devrait arriver sur place ce mardi soir, pour installer "une mission" de dialogue. Le président de la République part "dans un esprit de responsabilité", a déclaré la porte-parole du gouvernement, Prisca Thevenot, sans détailler la "mission" évoquée. "Le retour à l'ordre était le préalable à tout dialogue", a-t-elle déclaré.
Cependant, les interrogations restent nombreuses sur l'issue du conflit, alors que la réforme constitutionnelle doit être validée par le Congrès "avant la fin juin", selon le gouvernement.
"On sait que la jeunesse kanak est désabusée, mais ils sont endoctrinés. On leur a fait croire que l'indépendance est leur avenir. On leur dit que quand il y aura l'indépendance, ils prendront nos maisons."

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