Quand le retour au pays devient un luxe pour les étudiants et les actifs ultramarins
Pour de nombreux Ultramarins installés en Hexagone, les vacances ne riment pas forcément avec retour au pays. En cause : le prix exorbitant des billets d'avion vers les Antilles et la Guyane.
Chaque été la même frustration, pour de nombreux Ultramarins installés dans l'Hexagone, les vacances ne riment pas forcément avec retour au pays. En cause : le prix exorbitant des billets d'avion vers les Antilles Guyane.
Janella, étudiante guadeloupéenne, n'a pas pu rentrer cette année. Ce sont ses parents qui ont fait le déplacement, en juin. « Les billets au départ de la Guadeloupe étaient moins chers que ceux depuis la France. Donc mes parents ont préféré venir nous voir, ma sœur et moi. Ça nous a permis de passer du temps ensemble, même si c'était ici, à Toulouse. » Une solution inversée pour pallier le problème financier. « À ce stade, même une compagnie low-cost pour les étudiants et jeunes actifs serait la bienvenue, ajoute-t-elle. Juste pour rentrer à un prix raisonnable. »
De son côté, Emmanuelle, éducatrice de la protection judiciaire, a choisi une autre option : rejoindre son groupe d'amis à Toulouse. « Malheureusement, cette année, je n'ai pas la possibilité de retourner en Guadeloupe. Pour pallier ce manque, je passe mes vacances avec mes amis ultramarins. » Un choix affectif, mais aussi identitaire : « Être entre ultramarins, c'est retrouver un peu de ma culture. On a les mêmes références, on parle créole, on écoute la même musique, on cuisine les mêmes plats. On recrée un peu ce qu'on ferait chez nous. Au final, c'est la même ambiance... mais pas le même lieu. »
Ces moments permettent de compenser l'éloignement : « On devient en quelque sorte la famille des Ultramarins isolés. On est tous loin de chez nous, alors on se soutient. C'est comme si on ramenait un petit bout de la Guadeloupe ici et ça me permet de ne pas me sentir trop déracinée. Mais malgré ça, le manque reste. »
Ce que regrette le plus Emmanuelle, c'est l'absence de ses proches et l'ambiance festive propre à son île. « Même si on s'appelle tous les jours, ne pas pouvoir être avec eux physiquement, c'est difficile. L'été en Guadeloupe, ce sont les festivals, les retrouvailles... Quand je regarde les vidéos sur les réseaux, j'ai toujours cette envie d'y être. » Et surtout, la frustration grandit en quittant le statut d'étudiante : « Quand j'étais étudiante, j'avais les billets de Ladom. Maintenant que je travaille, c'est fini. Les billets sont hors de prix. En été, si tu n'as pas au moins 1 100 euros, tu ne rentres pas. Tout le monde ne peut pas se le permettre. » Elle propose une piste de réflexion : « Il faudrait que Ladom aille au-delà des études, jusqu'à 25 ou 26 ans. Et pourquoi pas créer des tarifs préférentiels pour les Ultramarins ? Pouvoir rentrer chez soi ne devrait pas être un luxe ! »
Loin de chez elles, mais entourées d'amis, Janella et Emmanuelle ont trouvé des moyens de tenir le coup. « Les plages me manquent tant, mais le fait d'être ensemble m'aide à garder le moral, confie Janella. Je réalise que je ne suis pas la seule dans ce cas : on est tous dans le même bateau, on se réconforte mutuellement. » Entre solidarité, débrouille et nostalgie, ces « vacances par défaut » soulignent une réalité méconnue : pour un Ultramarin, rentrer chez soi relève souvent du privilège plus que du droit.

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