Jean-Pierre Karam : « Les artistes étaient, sont et seront toujours inspirants »
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L'INTERVIEW DU PRÉSIDENT

Jean-Pierre Karam : « Les artistes étaient, sont et seront toujours inspirants »

Propos recueillis par Pierre Rossovich p.rossovich@agmedias.fr
Le 8 juillet 2011, Fanny J fait la Une de France-Guyane après avoir été huée aux Lindor, sur fond de polémique autour de son absence au One Love.
Le 8 juillet 2011, Fanny J fait la Une de France-Guyane après avoir été huée aux Lindor, sur fond de polémique autour de son absence au One Love. • ARCHIVES FRANCE-GUYANE

À l'occasion des 50 ans de France-Guyane et de la vingtième édition des Lindor, Jean-Pierre Karam, président de l'association Megamazonie, revisite les archives du journal pour retracer l'histoire de la cérémonie et des artistes qui l'ont marqué

France-Guyane fête ses 50 ans cette année. Vous qui êtes un observateur de l'actualité guyanaise, quel est votre rapport au journal ? 

Jean-Pierre Karam : Je suis très attaché à la presse papier. Cela me touche d'être à vos côtés pour vous souhaiter un heureux anniversaire. Cinquante ans, ce n'est pas rien. Une telle longévité relève de l'exploit à l'ère du numérique et de la dématérialisation. Poursuivre cette trajectoire est une forme de résistance.
Les souvenirs sont nombreux. France-Guyane est un support considérable. Ce qui me tient à cœur, c'est qu'il permet de replonger dans la mémoire guyanaise. Vous êtes un outil pour le patrimoine, comme nous pouvons l'être aussi. Dans vingt, trente ou cent ans, ceux qui nous succéderont auront à cœur de revisiter ce que vous avez fait, de rechercher des notes et de se remémorer des instants de la vie guyanaise, qu'ils soient joyeux, compliqués ou complexes. Il faut que cela perdure.

Quels sont vos souvenirs avec France-Guyane ? 

Je pense aux premières pages consacrées aux Lindor, en 1992, lorsqu'ils ont été créés à RFO.
À cette époque, nous invitions des artistes de l'extérieur. Nous avions même invité Kassav', que je salue. Le groupe a eu, et conserve, un impact très fort sur la musique caribéenne et amazonienne. On connaît son attachement à la Guyane.
C'était un moment particulier. Je vois que l'on nous compare aux Césars ou aux Molières : non, nous restons à notre place. Les Lindor sont une façon de rendre hommage à Gaston Lindor. Il était absent à cette première édition, mais il était venu en 1994. La maladie avait rendu ses déplacements difficiles.

En 1994, justement, c'était la grande année de Nikko aux Lindor ! 

Oui, un grand talent de chez nous. Avant lui, Blackwood avait tout cassé. En 1994, la musique franchissait un autre palier. C'était avant le numérique...

Faisons un bond jusqu'en 2009. Cette archive met en valeur Warren, qui, je crois, détient le record de trophées...

Non, ce n'est plus lui. C'est son épouse, Fanny J, avec dix-neuf trophées ! Nous avons l'impression que les étoiles s'alignent : cette année, ce sera la vingtième édition, Fanny a vingt ans de carrière et elle a, pour l'instant, collectionné dix-neuf trophées.
Fanny, j'espère que Warren et toi serez sur la scène des Lindor le 26. Cette année, elle sera mise à l'honneur avec le trophée Excellence, un prix spécial.

Ce n'est pas la première à recevoir ce prix spécial ? 

Le premier a été remis à Christiane Taubira en 2024. En 2025, deux autres grandes dames de la culture guyanaise ont été saluées : Marie-Françoise Pindard, professeure de musique et auteure, dont les recherches nous font comprendre la valeur, la force et l'authenticité de nos musiques traditionnelles, quelles que soient les communautés ; et Sylviane Cédia, pour ses soixante ans de carrière. C'était un passage obligé.
Cette année, nous saluons les vingt ans de carrière de Fanny. On me dira peut-être que c'est tôt. Mais, il y a son talent, sa puissance vocale, cette force incroyable et ce parcours accompli en si peu de temps. Elle est jeune. Il est important que son pays lui envoie ce message.
Cela tombe bien : j'ai cru comprendre qu'elle nous présenterait son album la semaine suivant les Lindor, après douze années d'attente.

Fanny a aussi grandi avec les Lindor... Revenons sur l'épisode de 2011, lorsque Fanny avait été huée en recevant un prix. Que retenez-vous de ce moment ?

Certaines personnes ont tenté de la déstabiliser. Mais, ce n'est pas ce que je retiens. Je retiens la force qu'elle a eue de remonter sur scène dans un moment compliqué, et cette autre partie du public qui s'est levée pour la soutenir, qui s'est rapprochée de la scène pour danser avec elle et l'applaudir.
Il ne faut plus faire cela à nos artistes. Ce n'est pas le but. Il faut passer à autre chose et penser à l'avenir.
Fanny J est la première Guyanaise à remplir l'Accor Arena, à Bercy. C'est cela, la réalité aujourd'hui.
Ce qui s'est passé, on ne l'oubliera pas. Mais, il faut continuer à soutenir l'artiste et son talent. Une artiste comme Fanny, c'est tous les vingt ou trente ans. Fanny, je veux te voir sur la scène des Victoires de la musique, des Grammy Awards et même plus. Tu le mérites.

Votre parcours ne se limite pas aux Lindor. Il y a aussi eu le Méga Penteng, dont beaucoup se souviennent, même ceux qui ne l'ont pas connu. 

Le Méga Penteng n'était pas destiné à devenir une manifestation grandiose. C'était une émission de variétés que nous avions voulu organiser sur la plage de Remire-Montjoly avec mon amie Catherine Lama. Avant cela, il y avait eu le Grand Penteng. C'étaient des événements ponctuels, des coups de folie. Nous avions envie de sortir des studios. Les artistes étaient, sont et seront toujours inspirants.
Avec le Méga Penteng, nous avons fait des choses incroyables. L'entrée était gratuite, mais tout le monde était payé. Nous réunissions sur la même scène des groupes et des artistes guyanais en priorité, de la Caraïbe, d'Afrique, de l'Hexagone, d'Europe, des États-Unis et du Canada. Cela commençait à midi et se poursuivait jusque dans la nuit.

Dernière archive : l'inauguration de la salle Polina, en 1994, avec vous et Man Serotte

Je suis obligé de penser à Daniel Sinaï. Daniel se saignait pour produire les artistes qui frappaient à sa porte. Il avait un grand cœur. Avec Bernadette, son épouse, ils en ont fait, des choses ! Ils ont eu cette drôle d'idée de reprendre cet hanger qui appartenait, me semble-t-il, à quelqu'un qui travaillait dans les services funéraires, et d'en faire un dancing !  Ils ont voulu concurrencer Nana. À l'époque, il fallait oser, c'était un sacrilège !

Pourquoi ce nom Polina ?

Daniel ne trouvait pas de nom pour la salle. Je lui ai dit que j'avais une idée. Nous avions lancé une émission sur RFO qui avait choqué une partie de la population. C'était une émission de variétés scénarisée, qui s'appelait Le Mariage de Polina.
J'avais eu un coup de cœur pour une biguine de [nom transcrit « Jean Bart », à confirmer], sur un album de carnaval produit par [nom à réécouter, 29:35-29:48]. J'aimais ce morceau.
J'ai proposé le nom de Polina à Daniel. Les gens avaient cette émission en tête, ils feraient le rapprochement. Polina, Nana : cela sonnait bien. C'est comme cela que Daniel a choisi ce nom.
Puisque j'avais trouvé le nom, il m'a proposé d'être le parrain, aux côtés de Gisèle Sérotte. Je ne pouvais pas refuser de me retrouver à côté d'un tel monument de la tradition.
Cette grande dame n'habitait pas loin de la maison familiale. Le vent amenait jusque dans ma chambre, tard dans la nuit, les tambours, les percussions et les voix, dont celle de Laetitia...

Un dernier mot pour les 50 ans de France-Guyane ?

Ne lâchez rien. Il faut lire, s'enrichir. Nous avons besoin de vous. Nous avons besoin des artistes, et nous avons aussi besoin de vous pour être vus, ici et dans le monde.
En 1994, France-Guyane titre sur le succès de Nikko, récompensé par trois Lindor et un prix spécial lors de la cérémonie au Zéphir.
En 1994, France-Guyane titre sur le succès de Nikko, récompensé par trois Lindor et un prix spécial lors de la cérémonie au Zéphir. • Archives France-Guyane
En septembre 1999, France-Guyane affiche en Une la foule réunie pour la troisième édition du Méga Penteng.
En septembre 1999, France-Guyane affiche en Une la foule réunie pour la troisième édition du Méga Penteng. • Archives France-Guyane
Dans son édition du 26 juin 2009, France-Guyane revient sur les cinq trophées remportés par Warren aux Lindor, au Progt de Matoury.
Dans son édition du 26 juin 2009, France-Guyane revient sur les cinq trophées remportés par Warren aux Lindor, au Progt de Matoury. • Archives France-Guyane
En 1992, France-Guyane consacre une page aux Lindor, organisés par RFO au Zéphir, avec Kassav' parmi les invités.
En 1992, France-Guyane consacre une page aux Lindor, organisés par RFO au Zéphir, avec Kassav' parmi les invités. • Archives France-Guyane
Jean-Pierre Karam, fondateur des Lindor 
Jean-Pierre Karam, fondateur des Lindor  • DR
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