Ce pays possède les plus importantes réserves de pétrole de la planète. Le prix de l'essence est très en deçà de la moyenne internationale. Mais aucun gouvernement n'a encore osé l'augmenter. Une hausse permettrait pourtant de renflouer les caisses de la compagnie pétrolière publique.
« Bien sûr! » s'exclame Jecson Barrientos, pompiste à Caracas, interrogé pour savoir s'il accepterait une augmentation du prix des carburants par le gouvernement au pays de l'essence la moins chère du monde. « Elle est trop bon marché » , poursuit-il, racontant en riant qu'un moto-taxi fait le plein pour un bolivar (0,15 dollar au taux de change officiel, neuf fois moins au taux parallèle).
Gelé depuis 1996, le prix de l'essence au Venezuela, pays disposant des plus importantes réserves de pétrole de la planète, échappe à une inflation annuelle de plus de 54%. Si le plein d'une voiture coûte un demi-dollar, une bouteille d'eau de 600 millilitres est elle facturée deux dollars... Depuis presque 20 ans, le litre de super 95 est ainsi fixé à 0,097 bolivar (0,015 dollar), très en dessous des coûts de production et d'entretien des stations-essence. En comparaison, le galon (3,78 litres) est vendu entre trois et quatre dollars aux États-Unis.
Source d'innombrables plaisanteries au Venezuela, le prix des carburants n'en demeure pas moins un sujet explosif et aucun gouvernement n'a encore osé y toucher. Dernière tentative en date, au début du mois de décembre, le vice-président Jorge Arreaza a évoqué la « nécessité de payer l'essence » dans un pays soumis à une grave crise. Cette mesure permettrait d'améliorer les comptes de la principale source de richesse du Venezuela : la compagnie pétrolière publique PDVSA, asphyxiée par les dettes, la chute de sa production et de ses capacités de raffinage.
PERTES DE 2,6 MILLIARDS DE DOLLARS
Selon des analystes du secteur, le blocage des tarifs de l'essence a généré 2,6 milliards de dollars de pertes pour PDVSA en 2013. Selon eux, pour couvrir les coûts de revient, le super devrait être vendu entre 1,5 et trois bolivares le litre, 100 à 200 fois plus qu'actuellement. Certains s'opposent à un déblocage des prix. À l'instar par exemple de la principale figure de l'opposition, le gouverneur Henrique Capriles, qui critique l'éventualité de cette mesure en rappelant que parallèlement le pays offre du pétrole à ses alliés régionaux, notamment via l'alliance Petrocaribe.
Pour l'analyste Diego Gonzalez, le tarif de l'essence n'est qu'une « goutte d'eau » face aux problèmes financiers de la PDVSA, dont la production et les exportations ont chuté de 400 000 barils par jour entre 2008 et 2012, la contraignant à importer ces derniers mois 28 000 barils d'essence par jour des États-Unis, selon le département américain de l'Énergie.
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