Mascarades et carnavals au musée Dapper à Paris
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Mascarades et carnavals au musée Dapper à Paris

FXG (agence de presse GHM)

Le musée Dapper réunit pour la première fois des œuvres traditionnelles d'Afrique et des créations contemporaines des Caraïbes pour faire découvrir des résonances entre les masques d'Afrique et les productions carnavalesques des sociétés caribéennes.

Un homme se promène dans l’exposition, une bouteille de Belle Capresse à la main. Il est venu verser la goutte devant quelques figures et scènes spirituelles exposées au musée Dapper. C’est Bruno Calodat, du groupe guadeloupéen Voukoum. Venu de Baillif, il a amené pour Mascarades et Carnavals un mas a fwet, construit avec son collègue Amédée, pour le carnaval de Bordeaux en mars dernier. Ce masque-costume est fait de petites lanières de papiers découpées dans France Antilles. « Quand on fabrique un tel costume, on en vient à se perdre dans la lecture des archives », s’amuse-t-il à dire lorsqu’il commente au visiteur son travail. Face à ce mas a fwet, il y a un mas a lous, paille et cornes… Il renvoie à une pièce exposée au rez-de-chaussée du musée, le masque Ejumba. Celui-ci est porté lors du bukut, l’initiation virile pratiquée chez les Jola en Casamance. Ce même masque qui faisait penser à Aimé Césaire à la figure du diable rouge…
The devil is white
L’exposition commence par une exposition des photographies du Trinidadien Zak Ové avec son terrible diable blanc... Ses images abruptes et quelque fois dérangeantes mettent en scène des êtres à l’allure fantasmatiques ; elles soulignent les codes qui structurent le carnaval en tant que pratique sociale et artistique. Cette salle contemporaine montre à quel point les mascarades constituent de véritables performances, des mises en scène qui occupent une place importante dans la cohésion sociale. Mais qui dit mascarade dit masque et c’est tout l’objet de la deuxième salle de l’exposition qui s’ouvre aux masques africains. Masques de roi au Congo, masques egungun dédiés aux ancêtres au Bénin et au Nigeria… Ceux-là apparaissent en général dans un contexte lié à l’initiation et au pouvoir masculin. Mais le terme de mascarade recouvre des pratiques très différentes où la fonction didactique côtoie le divertissement. C’est ainsi que les carnavals des Antilles, de la Guyane, du Brésil se sont développés pour dire leur histoire, leur diversité mais aussi leurs stratégies de reconnaissance identitaire. Les mas antillais, Maryann Lapo fig, mas a fwet font résonner l’univers de la plantation. Ces phénomènes urbains, ainsi que les mascarades qui gagent les villes africaines pour de grandes festivités nourrissent fortement les imaginaires.
Voukoum et Vaval au musée
La salle à l’étage du musée est consacrée aux créations actuelles du groupe Voukoum notamment, ou encore de l’artiste martiniquais Hervé Beuze qui a réalisé un Vaval sur le thème de la terre en crise, après celui nommé Pwofitasyon en 2010 à Fort-de-France… Là, le carnaval devient médiation avec la figure gargantuesque de Vaval et la ZX transformée en bwajack. C’est l’art de la dérision et de la dénonciation…
Les productions contemporaines témoignent de croyances et de savoir-faire vivants et en évolution permanente. Preuve que les carnavaliers et les porteurs de masques adaptent leurs pratiques et leurs instruments à l’inspiration du moment et aux matériaux dont ils disposent. « Leur créations traduisent un regard moderne porté sur le monde, bien au-delà de leurs propres sociétés. » C’est tout l’objet de ces Masacarades et Carnavals selon sa commissaire, Christiane Falgayrettes-Levreau : « Au-delà de leurs spécificités, ils se vivent comme des rituels au sein desquels s’édifient et se structurent des communautés. Cette orientation fonde la thématique de l’exposition. Ainsi se trouvent soulignées les caractéristiques essentielles des sorties de masques et des pratiques carnavalesques avec leurs enjeux symbolique religieux, sociétal, politique et esthétique. »

L'exposition “Mascarades et Carnavals” se déroule au Musée Dapper (Paris 16) du 5 octobre 2011 au 15 juillet 2012.

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