La nuit, en forêt, la police s'attaque aux garimpeiros
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La nuit, en forêt, la police s'attaque aux garimpeiros

Sébastien ROSELÉ

© S.R.

14 h 30, crique Kokioko : les policiers de la Paf et les soldats du Rima accostent (SR)

Dès 4 h 30, sous le carbet cuisine, les garimpeiros sont attachés et rassemblés.

Midi, le guide trace au sol le plan.

(Sébastien Roselé)

La police aux frontières et les soldats du 9e Rima ont mené une opération de lutte contre l'orpaillage clandestin la semaine dernière (1) . Nous les avons suivis sur plus de 30 km, de nuit.

Ça faisait trois heures qu'on marchait. Huit kilomètres parcourus. Il était 18 heures. Tout autour, de la forêt. On a fait une halte. Trois petites heures de répit. Les crapauds faisaient un vacarme du tonnerre. Les hamacs étaient attachés. On ne savait pas encore, à ce moment-là, que le plus dur n'avait pas encore commencé.
La mission était partie à midi du barrage électrique de saut Maman Valentin, au bout d'une piste qui part de la RN1, juste avant le pont métallique de la Mana. Les cinq fonctionnaires de la police aux frontières (Paf) avaient retrouvé les quatorze marsouins du 9e Régiment d'infanterie de marine (Rima) et surtout... le guide.
« C'EST QUOI VOS CHAUSSURES ? »
Dans ses bottes de pluie, le guide peut avaler des kilomètres de forêt sans sourciller. C'est lui qui nous conduira jusqu'aux orpailleurs clandestins, GPS dans une main, sabre dans l'autre. Quand on est arrivé au barrage, l'homme a bombardé le journaliste de questions. « Vous avez l'habitude de marcher en forêt ? Vous parcourez quelle distance ? Montrez votre sac (il le soupèse). C'est quoi vos chaussures ? » Sur le sol, le guide (son identité doit rester secrète) a tracé des traits.
C'était le plan d'attaque. Le capitaine du Rima et les policiers regardaient, écoutaient, hochaient de la tête.
On est monté dans deux pirogues. On a filé pendant une heure et demie. On a remonté la Mana puis on s'est engagé sur la crique Kokioko.
Plus assez d'eau, on a dû accoster. Il était 14 h 30. La marche a commencé.
Le guide en premier. Il tranchait la végétation. Suivaient les policiers. Les militaires étaient encore derrière. Tout le monde en file indienne. On progressait en silence.
14 h 30, crique Kokioko : les policiers de la Paf et les soldats du Rima accostent (SR)
14 h 30, crique Kokioko : les policiers de la Paf et les soldats du Rima accostent (SR)
LA FATIGUE ÉTRANGLE
Il est 21 heures. Fin de la halte en hamac. On marche. Toujours une douzaine de kilos sur le dos. Le sac pèse vite des tonnes et scie les épaules. Les bouteilles d'eau tombent à sec. On les remplit dans des petites criques. On ne compte plus celles qu'il a fallu traverser, de l'eau jusqu'aux genoux ou sur des troncs glissants. La progression est de plus en plus harassante. La fatigue nous étrangle.
Même manger un morceau ou boire quelques gouttes devient difficile. Plus on avance, plus les sites d'orpaillage clandestin semblent reculer.
On quitte la forêt profonde pour s'engager sur une piste à quads. Ça devrait être plus simple. Mais on s'enfonce, on glisse, on chute sur un terrain boueux. On croise quelques carbets, tous vides. Faux espoirs.
Dès 4 h 30, sous le carbet cuisine, les garimpeiros sont attachés et rassemblés.
Dès 4 h 30, sous le carbet cuisine, les garimpeiros sont attachés et rassemblés.
TROIS COUPS DE FEU DANS LA NUIT
On finit par arriver sur un camp habité. Il est 4 h 30. Soulagement chez les policiers. Les garimpeiros dorment encore dans leurs hamacs. Un petit groupe de fonctionnaires et de militaires s'arrête là, les autres continuent vers d'autres sites. Ils sont déjà loin. L'arrestation est rapide. Ils surprennent les garimpeiros et les maîtrisent. Les clandestins, deux femmes et six hommes, sont regroupés et attachés sous le carbet cuisine.
Trois coups de feu déchirent le calme de la nuit. Un homme hurle. L'officier qui fouillait un carbet sort précipitamment. Un orpailleur a pris la fuite. Un autre policier s'est mis à ses trousses et a voulu l'arrêter. Le clandestin a pris l'arme du policier et a tiré des coups de feu. Par miracle, le fonctionnaire n'a pas été atteint. Le tireur a pu être maîtrisé et ramené auprès des autres orpailleurs. Plus tard, un chasseur, fusil à la main, fera irruption. Il sera désarmé et ramené au carbet, avec les autres. Il prendra la fuite. Vers 9 heures, il faudra revenir sur nos pas, jusqu'à un site dégagé. Dans un mouchoir de poche, un hélicoptère se posera. Il devra faire des rotations jusqu'à la fin de la journée pour ramener les policiers et les garimpeiros sur le littoral.
Dans le camp, 425 grammes d'or ont été saisis (2). Un couple a été jugé et condamné à un an ferme, vendredi. L'homme qui avait volé l'arme du policier sera jugé le 22 février. Au début de la mission, il était prévu de parcourir 12 km. On en a parcouru plus d'une trentaine.
Midi, le guide trace au sol le plan.
Midi, le guide trace au sol le plan.
(1) Notre édition du week-end dernier.
(2) Notre édition du week-end dernier
- La Paf et Harpie
En 2012, la Paf a mené 22 opérations sur des sites d'orpaillage clandestin. Ils ont saisi 256 grammes d'or, 9,2 kg de mercure et 15 armes. Ils ont interpellé 226 garimpeiros. Ils ont détruit 114 carbets et 68 motopompes. Le groupe de la Paf qui mène des opérations Harpie est composé d'une vingtaine de policiers. Tous sont volontaires.

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