Il faut se lever tôt pour trouver des pétards. Dans le centre-ville de Cayenne, les libres-services ont visiblement pris la mesure des sanctions qui leur pendaient au nez en cas de non-respect de la législation. Il faut dire que la loi et les contrôles ont été particulièrement renforcés cette année (lire par ailleurs). Au L. S. Su, du côté de la Crique, on ne propose que des « claque-doigts » : « Le fournisseur n'a rien reçu cette année » , explique-t-on en caisse. Plus loin, au L. S. Tokyo, on apprend que : « C'est fini les pétards » . Plus de contrôles...
À Iracoubo (près du barrage de gendarmerie), un responsable de libre-service met même le client en garde : « Attention, c'est interdit » . Pourtant, quelques rares commerçants ont quand même des artifices en rayon, comme au Proxy Felix Madeleine de Cayenne. Fontaines, fusées et autres artifices de catégorie K2... c'est tout ce qu'on propose. « On s'y est pris très tôt auprès du fournisseur pour commander quelques cartons » , témoigne Céline. La responsable du magasin tient par ailleurs à préciser que « ce ne sont pas des pétards, seulement des artifices légaux » . Ceux-là proviennent de l'Hexagone. « Et ce n'est pas facile d'en faire venir ici, poursuit la commerçante, car il y a beaucoup de normes à respecter » . « De toute façon, les seuls pétards autorisés doivent contenir les indications d'usage écrites en français avec la catégorie précisée » , éclaire le commissaire Joël-Patrick Terry. Ce qui explique, entre autres, pourquoi les pétards ont disparu des magasins. Car jusque-là, la marchandise venait toujours du Suriname. ... et moins de saisies
Police, douane, Paf, gendarmerie, DDCCRF... tous les organes de contrôle ont eu des recommandations strictes. Et si les contrôles se sont multipliés depuis la mi-décembre, les saisies ont particulièrement baissé par rapport à l'an dernier. Côté police, on constate que les commerçants jouent effectivement le jeu. « Ils ont compris qu'ils avaient trop peu à gagner par rapport aux risques encourus » , commente le commissaire Terry, évoquant seulement « des quantités anecdotiques de pétards saisies, comparées aux plus grosses prises des années précédentes » . Plusieurs centaines de kilos avaient été saisies l'an dernier par les douanes de Guyane. Cette année, « cela se compte seulement en dizaines, alors que les contrôles sont plus fréquents » , note Bruno Buttier, adjoint au directeur régional des douanes. Les 16 kg (contenant 800 articles) confisqués la semaine dernière lors d'un contrôle routier à Saint-Laurent, plus quelques autres kilos découverts à Cayenne, ne changent rien à la tendance. « Pour les enfants »
Mais si les commerçants semblent se tenir à carreau, cela n'empêche pas les particuliers de prendre des risques, en s'approvisionnant de l'autre côté du Maroni. Samedi dernier, deux revendeurs de Balata ont été arrêtés par la Paf alors qu'ils stockaient chez eux 14 0 boîtes contenant deux milliers de pétards. La veille, les gendarmes en poste à Iracoubo avaient interpellé un homme qui voyageait avec 53 kg de « Ben Laden » . Lundi, ces mêmes gendarmes ont effectué deux contrôles qui se sont révélés positifs. Le premier vers 4 heures du matin (pour une saisie de 9 kg), le second dans la soirée : une Sinnamarienne d'une cinquantaine d'années a ramené 19, 1 kg de pétards d'Albina, prétendant aux gendarmes que « c'était pour ses enfants » . Enfin, comme le rappelle le commissaire Terry, « on en entendra toujours à cette période comme il y aura toujours des revendeurs sous le manteau dans les cités, mais l'histoire du pétard à l'école a fait peur à tout le monde (ndlr : sept enfants ont dû être transportés à l'hôpital. Lire notre édition du 18 décembre). Je pense qu'il y a eu une prise de conscience collective » . - Un arrêté préfectoral renforcé
De K1 à K4, les pétards sont classés en quatre catégories, selon leur puissance. Les K4 sont déjà réservés aux professionnels. Un arrêté préfectoral datant du 18 décembre rappelle que tout jet de pétard (quelle que soit sa catégorie) est interdit sur la voie publique. Cet arrêté précise par ailleurs que les contrôles concernant la vente et l'utilisation des artifices ont été renforcés. De son côté, la mairie de Cayenne a pris un arrêté interdisant la vente des K2 et K3 aux mineurs. Les pétards sont donc officiellement interdits sur l'ensemble du territoire mais pour Noël, et pour le Nouvel an, les policiers peuvent faire preuve de tolérance, si bien sûr, l'utilisation des artifices ne nuit pas à autrui.
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