Entre terrain de foot et terrain vague, la pelouse de Césaire mériterait un petit coup de neuf. (ASM)
Albert Darnal : « J'ai vu trop de gamins du club mal tourner. » (ASM)
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En tête des championnats des catégories U11, U13 et U15, l'Olympique de Cayenne attend la réhabilitation de son terrain de la cité Césaire. En attendant, c'est plutôt les hautes herbes d'un terrain vague que foulent les jeunes du club lors des entraînements.
Une vingtaine de jeunes garçons de 13 à 15 ans, crampons aux pieds, envahissent la pelouse. Tous portent un tee-shirt rouge, aux couleurs de leur club, l'Olympique de Cayenne. Au dos, certains ont ajouté au feutre le nom de leur idole et un numéro. Nous sommes mercredi sur le terrain de la cité Césaire à Cayenne, il est 15 heures, l'entraînement des U15 débute.
Au bord du terrain, au point de corner qui n'a plus ni drapeau ni ligne blanche depuis longtemps, Wesley, 10 ans, Jonas, 11 ans, et Joshua, 12 ans, discutent en attendant leur entraîneur. Eux font partie des U13. Ils sont en tête de leur championnat et attendent la reprise avec impatience. « T'as pas une bouteille d'eau ? » demande le plus jeune. Jonas ouvre alors un boîtier électrique pour en sortir son sac : « ah non, j'ai oublié. » À part quelques fils qui pendent encore, le boîtier est vide. On comprend que malgré les pylônes et les ampoules, toujours en place, la lumière artificielle n'est pas venu éclairer les lieux depuis plusieurs saisons. « On a un terrain, c'est déjà ça » , se console Cédric Bocage, entraîneur des U15.
Des trous et de la gadoue
Au sol, seuls les poteaux de buts, pas aux normes et qui commencent à montrer de belles traces de rouille, indiquent qu'on est sur un terrain de football. Aucun marquage, des herbes hautes avec une bande pelée sur toute la longueur et une énorme flaque en guise de rond central. « Des fois, on tombe, quand il pleut, on glisse, raconte Jonas. Il y a des trous, et avec l'herbe, on ne les voit pas toujours. » « Là, ça va, on a de la chance qu'il n'ait pas plu ce matin » , lance Albert Darnal. Le président du club, qui entraîne les U13, arrive avec quelques minutes de retard et ses jeunes pousses n'hésitent pas à le lui faire remarquer. Ici, on n'a pas affaire qu'à des enfants de coeur.
Après les vacances, les jeunes ont visiblement du mal à s'y remettre et l'entraîneur doit motiver ses troupes pour qu'elles envahissent à leur tour le terrain. Il y a alors une cinquantaine d'enfants sur la pelouse. Le travail aussi bien technique que physique est donc difficile à mettre en place. « Après, on enchaîne avec les U 17 et les U19, explique Albert Darnal. Avant, on pouvait s'entraîner trois fois par semaine et profiter de tout le terrain. Depuis trois ans, il n'y a plus de lumière, donc pas d'entraînement le soir. Et maintenant que les jeunes catégories font leurs matches le samedi, il n'y a plus qu'un seul entraînement par semaine. Et voyez dans quelles conditions. » En effet, on est loin du minimum requis et, faute de point d'eau à proximité, Jonas et Wesley attendront la fin de l'entraînement pour apaiser leur soif. Et pourtant, un projet existe. Il ambitionne de réhabiliter le terrain pour le faire homologuer et y disputer des matches officiels, mais l'ambition va bien plus loin.
Du terrain vague au centre socio-sportif
Désignant tour à tour les espaces inoccupés qui entourent le terrain de foot, tous propriétés de la ville de Cayenne, Albert Darnal annonce la couleur : « Là, vers le canal, on peut faire des vestiaires avec douches, une salle de réunion et juste à côté, des ateliers comme une fosse et un terrain de tennis-ballon. De l'autre côté, dans la maison de quartier inoccupée, on peut faire une autre salle de réunion et stocker le matériel. Enfin, à la place du terrain omnisports inutilisé, un petit terrain de foot-animation pour les petits. Le tout clôturé d'une enceinte pour protéger les installations. Nous avons même proposé une convention avec la mairie pour que le club gère l'enceinte et nous nous engageons à créer deux emplois. »
A y regarder de près, le projet semble à la fois ambitieux et réalisable. Il a été chiffré à 400 000 euros par la DDJS, qui a refusé de s'exprimer sur le sujet (!), ramené ensuite à 280 000 euros à la demande de la mairie. Le financement est pour ainsi dire bouclé. Le CNDS (Centre national pour le développement du sport) apporte 200 000 euros, la FFF en donne 50 000. Des sponsors privés seraient aussi d'accord pour apposer leur pub sur le mur d'enceinte. « La plupart des interlocuteurs soutiennent ce projet parce qu'ils ont compris son objectif » , estime le président de l'Olympique qui ne veut pas se limiter à l'aspect sportif. « Nous sommes au coeur de plusieurs quartiers sensibles et nous voulons faire un projet à la fois sportif, éducatif et scolaire. On souhaite créer des partenariats avec les écoles et le collège Paul-Kapel pour qu'ils libèrent les jeunes à 16 heures. Ce serait foot jusqu'à 18 heures puis deux heures de soutien scolaire. Ensuite, on les ramènerait chez eux avec les minibus du club. J'ai vu trop de gamins du club mal tourner et finir derrière les barreaux parce qu'on ne s'occupait pas d'eux. Avec ce genre de dispositif, les moins bons en foot auraient une chance de s'en sortir au niveau scolaire et, pour les meilleurs, cela nous permettrait de créer des passerelles. »
Les pelleteuses se font attendre
Le projet du club est entre les mains de la mairie de Cayenne depuis fin août 2009. Un an après, en août 2010, le maire, Marie-Laure Phinéra-Horth, se serait engagée, selon Albert Darnal, à au moins remettre le terrain en bon état. Fin décembre, les ruines de l'ancien mur qui s'élevait entre la cité et le terrain ont été abattus. Aujourd'hui, on en est là des travaux et devant le chantier qui s'annonce peut-être, mais peut-être pas, Albert Darnal s'interroge. « Je me demande pourquoi la mairie ne réagit pas alors qu'il s'agit d'un projet d'intérêt public. Évidemment, je me suis posé la question des raisons personnelles mais j'ose espérer que ce n'est pas cela. Je me pose beaucoup de questions sur ce projet, à savoir s'il se fera un jour. Je continue de rêver, mais je ne me fais plus d'illusions. »
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