Roberto Jean, au centre, avec les enfants de l'atelier théâtre qu'il anime à Nobel. (PhCh)
Ce mois-ci, Roberto Jean a animé un atelier théâtre à la maison de quartier Nobel. Les participants présenteront leur travail cet après-midi, à 15 h 30, au pôle culturel. Portrait.
Roberto Jean est de ceux dont on aime donner le parcours en exemple. Arrivé d'Haïti à Kourou à 7 ans, une mère qui l'élève avec peu de moyens, des relations familiales distendues, des mains qui se tendent pendant sa scolarité, une bourse du Cnes pour ses études et, à la rentrée, son installation à l'École nationale du théâtre de Strasbourg, un des plus prestigieux établissements d'art dramatique.
Durant ces vacances, il anime un atelier de théâtre au quartier Nobel. Il en présentera le travail cet après-midi (15 h 30) au pôle culturel. Mais il refuse le label de success-story. Il attribue la plus grande part de sa réussite aux personnes qui l'ont soutenu.
Roberto est un immigré en Guyane. Dans son enfance, il les a entendu ces mots de mépris : « Haïtien sans papiers. » Les relations familiales, notamment avec sa mère, n'ont pas été toujours faciles. Mais, il ne se plaint pas : « Ce que je conserve de mon enfance, jusqu'à 7 ans en Haïti puis à Kourou, ce sont plutôt des souvenirs marrants... et puis des moments en dents de scie. Même si ma mère avait des revenus très modestes, ça se passait bien. De ma culture d'origine, je garde surtout la musique et la gastronomie, qui me rendent parfois nostalgique. Je n'ai pas vraiment eu de contact avec mon père ; ça ne s'est fait que récemment. Les circonstances de la vie m'ont surtout donné envie de me réaliser en tant qu'individu. »
Acteur, c'est en se mettant dans la peau des autres que Roberto Jean devient peu à peu lui-même. « Je refuse que l'on me caricature en jeune démuni, issu d'un milieu pauvre qui a réussi à sortir de la gangue. Je ne suis pas différent de ceux que je côtoie ou de mes anciens camarades. J'ai peut-être eu un peu plus de chance. »
La chance ? « J'ai toujours bien accroché avec mes professeurs de français ou de théâtre (...) des professeurs aimant passionnément leur métier » , notamment Isabelle Niveau. Ils ont fait naître en lui une passion et lui ont donné le goût du travail et de l'acharnement. Lorsque le Cnes lui a octroyé une bourse d'études supérieures, il a rejoint une khâgne, une classe préparatoire aux grandes écoles littéraires.
« LA CARICATURE DU PETIT HAÏTIEN »
Sur un plan plus personnel, il s'est appuyé sur le soutien de son ami Timothée et de sa famille, « qui m'ont aidé à me reconstruire quand mes relations familiales étaient distendues, quand j'en voyais des vertes et des pas mûres. » Il y a eu aussi Louisette Faubert, comme une seconde mère. « elle m'a permis de réfléchir, beaucoup, sur ma vie. »
Tout en nuance, il finit par admettre que sa réussite, il la doit aussi à lui-même.
Cela, certains l'ont vite compris : ce sont les jeunes qui participent à l'atelier théâtre qu'il anime à la maison de quartier Nobel. Un atelier « chez lui » , à Kourou, pendant les grandes vacances. Pour ces jeunes, il est déjà un modèle.
Un modèle pour ce qu'il est, pas pour les histoires de quotas qui lui reviennent de temps à autres aux oreilles, ou à la figure. « J'évite farouchement d'entrer dans la caricature, de jouer sur les clichés qu'on a tendance à me coller du petit Haïtien noir déchiré entre sa culture traditionnelle et la fureur du monde moderne. Je ne suis pas différent des autres. Sur scène, ce qui importe pour moi, c'est ce qui émane d'une personne, son épaisseur, sa pensée. » Ce qu'on appelle aussi le talent...
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