Les 100 ans d'une fanm djok
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CAYENNE

Les 100 ans d'une fanm djok

Karin SCHERHAG
Andrée Hidair vit toujours dans sa maison de la rue Barrat (KS)
Andrée Hidair vit toujours dans sa maison de la rue Barrat (KS)

Ce samedi 1er novembre, Andrée Hidair fêtera ses 100 ans, entourée de sa famille et de ses amis. Pour France-Guyane, la dame a accepté de partager un peu de ses souvenirs.

À l'aube de son centième anniversaire, Andrée Hidair nous a ouvert les portes de sa maison... et de son coeur. Coquette en toutes circonstances, la dame a revêtu une robe aux couleurs chaudes et s'est parée de jolies boucles d'oreille serties d'une pierre rouge rubis. Rien n'est laissé au hasard : ses cheveux sont tressés et attachés en un chignon blanc ; ses ongles de pied sont soigneusement vernis. Man Dédé, comme la surnomment les intimes, apprécie les compliments.
Aidée d'une paire de béquilles, témoin de douloureux rhumatismes aux genoux, elle s'avance vers nous. « Désormais, j'ai quatre jambes » , glisse-t-elle en s'en emparant. Visiblement, la Cayennaise n'a rien perdu de son humour. Ni de son caractère bien trempé. Une allusion qui fait malicieusement sourire notre hôte.
« UN PUNCH TOUS LES JOURS »
Sa recette de jouvence, c'est son fils Armand qui nous la livre : « Un punch tous les jours, c'est obligatoire! » Andrée préfère changer de sujet. Elle évoque ses souvenirs et nous raconte pêle-mêle l'achat de sa maison, au numéro 26 de la rue Bois Corbeaux (aujourd'hui rue du docteur Barrat).
À l'époque, une petite maison basse de deux pièces. Aujourd'hui, une belle demeure créole. « Mon mari, Henri, était maçon-charpentier. Nous avons fait tous les travaux nous-mêmes » , se souvient-elle. « J'allais l'aider sur les chantiers. Je faisais la peinture, le ciment. Et ça me plaisait parce que j'étais avec lui. »
Veuve une première fois à 31 ans et déjà mère de quatre enfants, elle cherche un nouvel emploi et dégote une place à l'école des garçons. « Je faisais le ménage, je surveillais la cantine... » Elle passe ensuite à l'école des filles et prend sa retraite à l'école Barthélémy trente-et-un ans plus tard.
LA BANDE DES 4 NAÎT CHEZ ELLE
Man Dédé épouse en secondes noces Léonard Adélaïde et donne naissance à quatre autres enfants. « Mes deux maris sont au cimetière » , souffle-t-elle. Mais la dame est toujours très entourée par sa famille : 30 petits-enfants, 39 arrière et 3 arrière-arrière. « Ma fille m'apporte à manger tous les jours, je n'ai rien à faire. » Ou presque. Avec Armand, Andrée Hidair se rend régulièrement sur l'abattis familial de Macouria pour y cultiver différents fruits. Des produits qu'elle revend ensuite au petit comptoir installé dans la cour de sa maison. Une maison qui a vu défiler des générations de sportifs et de fêtards. C'est ici qu'ont été créés le club Toujours fiers, qui réunissait les jeunes du quartier, et l'association carnavalesque La Bande des 4. « Quand on est arrivé dans la rue, il n'y avait que trois maisons et de la terre rouge au sol, précise-t-elle. Ça a bien changé. La ville est plus vivante maintenant. »
Notre hôte n'en dira pas davantage. Elle a besoin de se reposer. Une grande journée l'attend demain : une messe sera donnée en son honneur à l'église Saint-Antoine à 9 heures. Puis sa famille et ses amis se réuniront pour un grand repas. Deux cent personnes sont attendues...

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