BP 134 : les constructions illégales jugées vendredi
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RÉMIRE-MONTJOLY

BP 134 : les constructions illégales jugées vendredi

Karin SCHERHAG
Comme ses voisins, Merlande Moncis est convoquée au tribunal vendredi. Et redoute l'expulsion ( KS)
Comme ses voisins, Merlande Moncis est convoquée au tribunal vendredi. Et redoute l'expulsion ( KS)

Installés illégalement sur des terrains de la Siguy, plusieurs habitants sont convoqués au tribunal vendredi. Leurs maisons pourraient être détruites bientôt.

Trois mois se sont écoulés depuis la visite du préfet Éric Spitz à la BP 134. Et la vie a repris son cours. Dans la rue du Gros Thym, les constructions illégales alors menacées de démolition par les forces de l'ordre sont toujours debout (notre article du 22 octobre). Une dizaine au total. On y retrouve Merlande, installée ici avec ses deux enfants depuis neuf mois. « Je n'ai pas l'électricité, pas de toilettes, mais ça se passe bien » , raconte-t-elle. Pas question de se plaindre. « Le coin est tranquille. On vit en « famille » ici. » Les voisins s'entraident et s'interpellent à coup de « chérie » . « C'est un peu la cité du bonheur » , sourit Merlande. Une sérénité de façade.
Car la jeune femme sait bien qu'elle n'a pas le droit d'occuper ce terrain, propriété de la Siguy. Mais elle clame n'avoir pas d'autre choix. « Je sais qu'ils (le bailleur et la mairie, ndlr) ont besoin de ce terrain pour y construire des logements mais on ne fait pas exprès de vivre comme ça. La vie n'est pas facile. On voudrait sortir d'ici » , souffle-t-elle.
« JE RESTE OPTIMISTE »
En Guyane depuis neuf ans, la jeune Haïtienne attend toujours sa carte de séjour. Arrivée sans travail, sans ressources, enceinte de son deuxième enfant, elle a perdu le logement qu'elle occupait à la BP 134 après le départ de son petit ami. « Une copine m'a hébergée pendant un mois, explique-t-elle. Et puis il a fallu trouver autre chose. J'ai vu qu'on construisait sur ces terrains alors je suis venue m'y installer. J'ai d'abord construit un petit carbet en contrebas mais il était régulièrement inondé. » La famille s'est donc déplacée de quelques mètres. Pour être au sec. Une maison un peu plus grande, faite de bois et de tôles. « Mais on n'a touché à rien, se défend-elle. On a juste coupé quelques mauvaises herbes, on n'a pas déboisé... Si on m'expulse, je ne sais pas où je pourrais aller avec mes deux enfants. »
La justice sera-t-elle sensible à cet argument ? La réponse ne devrait plus tarder. Convoqués une première fois au tribunal de grande instance de Cayenne, le 13 décembre, les habitants menacés d'expulsion doivent être de nouveau entendus ce vendredi. « J'essaie de ne pas trop y penser. Je préfère rester optimiste » , déclare Merlande. « S'ils nous demandent de partir pour pouvoir casser nos maisons, j'espère juste qu'ils nous laisseront un peu de temps pour trouver un endroit où habiter. »
Et elle ajoute simplement : « En venant ici, on savait que la terre n'était pas à nous, on connaissait les risques. On savait que tôt ou tard, on devrait partir. Mais on ne pensait pas que ça arriverait si vite... »
Le cas particulier de Luzinilde
C'est la première à avoir construit sa maison dans la rue. Luzinilde Conceicão de Lima n'est pas convoquée au tribunal. Elle n'est pourtant pas à l'abri.

Douze ans qu'elle a « fui » un Brésil « trop violent » pour vivre en Guyane. « Je suis heureuse ici. La vie est meilleure » , lâche Luzinilde Conceicão de Lima. Le confort de sa maison est pourtant sommaire. Pas d'eau, ni d'électricité. Mais elle ne partirait pour rien au monde. « C'est ma vie ici. J'ai travaillé pour ça. »
Luzinilde est arrivée ici il y a douze ans.
Luzinilde est arrivée ici il y a douze ans.
La liste des petits boulots est longue. La quinquagénaire a été la première à s'installer dans ce coin de la BP 134, où doit être menée une vaste opération de RHI (résorption de l'habitat insalubre). « J'ai peur qu'on veuille casser ma maison » , confie-t-elle.
À la différence de ses nouveaux voisins, Luzinilde n'est pourtant pas convoquée par le tribunal. Mieux, elle conserve précieusement une attestation de résidence signée par la mairie de Rémire-Montjoly. « Et je paie ma taxe » , assure-t-elle en agitant sa feuille d'imposition. 800 euros de taxe foncière.
En mars, elle sera à nouveau reçue par la Siguy pour tenter de trouver une solution de relogement. « On m'a proposé un appartement mais je ne peux pas... J'ai un chien, un chat et un poulet. »
K. S.

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