Un doublé historique. Hier soir à Kazan (Russie), en remportant la médaille d'or aux côtés de ses camarades de l'équipe de France d'épée, Ulrich Robeiri a franchi un nouveau palier dans sa déjà longue et riche carrière d'escrimeur. Champion du monde en individuel dimanche soir, il est sans contestation possible l'homme de la campagne de Russie au sein de la sélection française. Son titre individuel, le Guyanais cavalait après depuis onze ans et sa médaille de bronze arrachée à Cuba, en 2003. Malheureusement, son épée semblait destinée à ne faire mouche que lors des épreuves par équipe. Cinq titres de champion du monde (six depuis hier), une médaille d'or olympique en 2008 à Pékin, mais rien ou presque en solo. En juin, une fois de plus, il était totalement passé à côté du championnat d'Europe en se faisant sortir en quart de finale. Un dernier échec qui l'a convaincu qu'il lui fallait changer sa préparation à l'approche des grands rendez-vous. TOUJOURS PLUS HAUT
En 2010, le Guyanais confiait dans nos colonnes que son rêve était de décrocher un titre individuel. « Ça me manque un peu, déclarait-il à l'époque. C'est d'ailleurs mon grand objectif avant d'arrêter. Cela se fera ou pas mais je suis déjà satisfait de la manière dont ma carrière s'est déroulée. Quand j'ai commencé l'escrime, je n'aurais jamais cru en arriver là un jour. » Quatre ans plus tard, Ulrich Robeiri est monté plus haut. Beaucoup plus haut. S'il a, de son propre aveu, vécu « une journée exceptionnelle » dimanche, afin de s'emparer de la médaille d'or en individuel, le chemin jusqu'à la victoire s'est révélé bien plus chaotique hier, avec ses compagnons épéistes. Les quatre tireurs ont tour à tour accusé un coup de fatigue lors de la compétition. Le Guyanais n'y a pas échappé. Un peu emprunté en début de journée, visiblement en manque de rythme, le poids de la médaille déjà glissée autour de son cou semblait lui peser. Juste une impression passagère. L'ASCENDANT PSYCHOLOGIQUE
Ainsi, en demi-finale face à la Suisse, Ulrich Robeiri a porté son équipe. Les Helvètes, qui avaient surclassé les Français lors des championnats d'Europe en 2013, ont sous-estimé l'influence du Guyanais. « Ils ont refait le même match qu'à Zagreb, a ainsi expliqué l'entraîneur français Hugues Obry. Sauf que, depuis, il y a eu l'avènement d'Ulrich. Il a pris l'ascendant psychologique et ça, ils (les Suisses) ne l'ont pas compris. » À Kazan, contre toute attente, Ulrich Robeiri a définitivement acquis un nouveau statut. Celui de grand commandeur de la campagne de Russie. Celui de double médaillé d'or. Il lui reste désormais un peu moins de deux ans pour se préparer aux Jeux olympiques de Rio. Une médaille à deux pas de la maison, ce serait beau, non ? « Je n'ai pas les mots »
Hier soir, il est près de minuit en Russie lorsque Ulrich Robeiri empoigne le téléphone de son entraîneur. Il est dans le car qui conduit l'équipe de France d'escrime à l'aéroport de Kazan. L'ambiance est manifestement à la fête. Rien de plus normal après une nouvelle médaille d'or. « On rentre à Paris ce soir, explique le Guyanais, un sourire dans la voix. On a rendez-vous demain au ministère et, pour le reste, il n'y a rien de prévu! Mais on va essayer de faire quelque chose tous ensemble. » Une fête, une vraie, par exemple.
« JE PROFITE! »
Car après sa victoire en individuel, dimanche soir, le Français n'a pas eu l'occasion de véritablement se réjouir de son triomphe, la compétition par équipe commençant dès le surlendemain. « Là, je profite, s'enthousiasme-t-il. Je ne cherche pas à réaliser. Il y a un peu de fatigue. Quand Gauthier (Grumier) a mis la dernière touche (en finale face aux Sud-Coréens), la pression est retombée. Je me suis dit que j'avais juste besoin de dormir (rires). »
Grand homme de la compétition, Ulrich Robeiri avoue que ces championnats du monde resteront comme « un marqueur » dans sa carrière. « Deux titres! C'est un championnat spécial pour moi. Rien que la médaille d'or en individuel, c'était incroyable. Alors le titre par équipe derrière, c'est exceptionnel. Je n'ai pas les mots... »
T. F.
- Suivez-nous
-
-
-
-
-
-
S'inscrire aux newsletters